Les 15 753 school candidates ayant décroché le Certificate of Primary Education se préparent à faire leur entrée au collège. Le meilleur grade aggregate au CPE se situe dans la fourchette de 20 à 24 unités tandis que l’obtention de 15 unités est considérée comme la note minimum qui permet à un enfant de s’adapter au curriculum de la Form I. Or, 3 000 school candidates ont décroché moins de 15 unités et parmi eux, 427 ont obtenu seulement 6 à 10 unités. Des directeurs de collèges privés sont stupéfaits de voir pour la première fois sur leur liste d’admis référés par le Mauritius Examinations Syndicate des élèves avec sept unités. Avec une telle performance académique à la sortie du primaire, ces 3 000 jeunes pourront-ils suivre le programme d’études uniforme proposé par le ministère de l’Éducation ? Pourront-ils aller jusqu’à la Form V ? « Non », répondent catégoriquement des chefs d’établissement du secondaire. Quels sont les collèges qui accueillent généralement les low achievers du CPE ?
Tout le monde souhaite que tous les enfants entrant au primaire puissent aller le plus loin possible dans leur parcours scolaire, ce qui nécessite qu’ils aient le potentiel académique nécessaire et qu’ils soient bien encadrés tant au niveau de l’école que dans leur environnement familial. Si l’augmentation du taux de réussite au CPE enregistré cette année parmi les schools candidates a été salué, en revanche, la qualité des résultats obtenus fait sourciller plus d’un dans les milieux du primaire aussi bien que du secondaire.
Les 2 122 détenteurs de A+ et de 24 unités ne doivent pas faire oublier au ministère de l’Éducation qu’il y a plusieurs milliers d’élèves qui entreront au collège avec une base très faible, à l’instar de ces 3 000 candidats qui ont obtenu moins de 15 unités. Pour rappel, pour l’obtention du diplôme du CPE tout candidat doit avoir réussi dans au moins quatre matières. La notation la plus forte est le A+ et la plus faible en est le”. Les grade aggregates sont comme suit : A+ = 6 unités ; A = 5 unités ; B = 4 unités, C = unités ; D = 2 unités et E = 1 unité. Les détenteurs de 24 unités ont la priorité pour les places en form I dans les National Colleges.
« Leur niveau est trop faible »
C’est le cas des 400 récipiendaires du certificat du CPE avec seulement 6 à 10 unités et qui ont obtenu leur visa pour la Form I qui est diversement commenté parmi les pédagogues. Dans les collèges où ont été dirigés ces élèves on entend la même réaction : « Leur niveau est trop faible ». Dans les collèges catholiques où l’on a adopté le concept de mixed abilities depuis 2005 en admettant des élèves ayant obtenu 15 à 20 unités, les enseignants avouent leurs difficultés à faire progresser des élèves en dépit de leurs efforts. « Même avec 15 unités que nous avons jugé comme un critère académique raisonnable à l’entrée du secondaire beaucoup d’élèves éprouvent des difficultés à continuer et certains abandonnent après la form IV », dit un enseignant de carrière d’un collège catholique. Plusieurs recteurs dans les collèges privés ont été stupéfaits en prenant connaissance des résultats des admis envoyés par le MES. « Nous n’avons jamais eu auparavant chez nous des élèves avec sept unités. Avec seulement six unités cela veut dire que ces enfants ont obtenu la note la plus basse et ne maîtrisent pas les concepts de base en lecture, écriture et calcul. Ils ne pourront suivre le curriculum de la Form I. C’est mentir à ces élèves et à leurs parents que de leur faire croire qu’avec de tels résultats ils peuvent aller jusqu’au SC », dit avec colère un recteur d’un collège du Nord qui a été témoin ces dernières années de nombreux départs avant la Form V des élèves qui avaient décroché entre 12 et 15 unités au CPE et qui n’arrivaient à suivre le rythme du curriculum.
Le président de la Mauritius Head Teachers Association abonde dans le même sens. « Il est quasiment impossible pour un élève ayant seulement six unités de suivre le programme du secondaire et on est en train de lui cacher la vérité. Il sera plus tard amèrement déçu en constatant ses faiblesses et son incapacité à avancer. We are postponing failures at a later stage. Le système est en train de leurrer l’enfant et ses parents », réagit Moonsamy Sunassee.
Il est bon de souligner que les low achievers au CPE sont dirigés généralement vers le secondaire privé. Les collèges catholiques situés en milieu rural ont eux aussi obtenu cette année des élèves avec moins de 10 unités. « C’est la première fois que cela arrive dans notre secteur. Cela risque de provoquer une démotivation générale parmi les enseignants. Veut-on avoir des écoles de second grade ? » s’indigne un recteur d’un collège catholique.
Faire des miracles
Des responsables des collèges reconnaissent qu’il faut un encadrement pédagogique différent et adapté aux besoins de ces low achivers avec moins de 15 unités. « Si le ministère veut faire entrer tout le monde au collège il faut qu’on puisse s’occuper de ceux qui entrent avec un niveau très faible », dit un ancien cadre du ministère de l’Éducation très connu, aujourd’hui à la retraite. Par “s’occuper d’eux”, il entend une pédagogie différenciée, une prise en charge individuelle et un suivi régulier de leur progrès, de nouveaux outils de travail et une formation constante pour le personnel. « Si le ministère veut que le secondaire privé fasse des miracles avec ces low performers du CPE, alors donnez-nous les moyens nécessaires », lance pour sa part un recteur.
Mais ils sont nombreux aussi dans les milieux du secondaire privé à se demander si le ministère n’a pas commencé déjà à mettre en pratique le concept de nine-year schooling avec cette nouvelle politique de faire entrer le maximum d’élèves au secondaire malgré la très faible performance de plusieurs centaines d’entre eux. D’autant que le ministre a confirmé au Parlement mardi dernier dans ses réponses à une question de l’opposition que la filière Prevocational Education disparaîtrait avec l’introduction du Nine-Year Schooling. Il est bon de savoir qu’un grand nombre de collèges privés dont des collèges catholiques n’ont obtenu jusqu’ici aucune demande d’admission en première année dans cette filière d’études alors qu’il y a environ 6 000 school candidates (incluant les repeaters) qui ont échoué aux derniers examens du CPE. L’examen de repêchage qui a eu lieu, lui, devait concerner moins de 2 000 candidats.