L’horreur s’est déroulée sous ses yeux. Impuissante, elle a vu l’eau des débordements envahir le tunnel du Caudan Waterfront et emportant tout sur son passage. Les ultimes appels au secours : « Tire nou ladans ! Tire nou ladans » de son époux, Amrish, 24 ans, de son beau-frère Trishul, 19 ans, de Keshav Ramdharry et de Vikash Khoosye résonnent encore dans sa tête. A ce moment précis, ce samedi 30 mars, Sarah Tewary, 23 ans, qui venait à peine de grimper les dernières marches de la sortie du tunnel, entretenait un mince espoir, soit celui de l’existence d’une porte de secours. Mais il n’y en a point et après six heures de recherches laborieuses, des plongeurs du Groupement d’Intervention de la Police Mauricienne (GIPM) émergeaient du tunnel avec le corps sans vie de son époux. Une véritable image choc quasi indélébile dans la tête de cette jeune mère de deux enfants en bas âge, Diya et Khushal.
Face à ce véritable coup du sort, Sarah Tewary place tous ses espoirs dans l’avenir de ses enfants même si le quotidien comporte un arrière-goût amère avec les enfants s’interrogeant sur leur père et leur chacha Trishul. A peine quatre semaines après ce drame, elle affiche une détermination sans égale pour reprendre le chemin de la vie non pas pour elle, mais pour ses enfants.
« Je dois me battre pour rester en vie pour mes enfants et pour faire leur avenir », lance Sarah Tewary, qui se dit consciente de son devoir et de ses responsabilités vis-à-vis de ses deux enfants. Les enfants constituent sa seule force, celle qui lui permet de reprendre goût à la vie : « Diya est le portrait de son père, tandis que Khushal est le portrait de son oncle Trishul. Ils ne sont plus là mais ils ont laissé une partie d’eux. Les enfants sont les seuls qui peuvent encore me faire sourire. C’est encore eux qui nous donnent la force, à ma belle-mère et moi, de continuer… »
Hélas, malgré toutes les bonnes volontés, se déroule, depuis ce 30 mars fatidique, en de douloureux souvenirs. Sarah Tewary ne cesse de ressasser les derniers instants de la vie de « son seul et unique amour ». Une unique consolation de mère : « Si je n’étais pas remontée quelques secondes plus tôt, j’aurai été moi aussi emportée », laisse-t-elle échapper. « Que serait-il advenu de mes enfants, sans père ni mère », ajoute-t-elle avec littéralement des larmes aux yeux.
Cela fait bientôt 10 ans qu’Amrish et elle se sont connus. Jeunes adolescents à peine sortis de l’enfance, ils sont tombés amoureux l’un de l’autre : « Il fréquentait le collège Hamilton et moi j’étais à la section pré-vocationnelle de Lorette de Mahébourg. Nous nous sommes connus à travers un ami à moi et ce fut presque le coup de foudre. Nous avons aménagé ensemble lorsque je suis tombée enceinte de ma fille », se rappelle-t-elle.
Si pendant la journée, son esprit est occupé avec d’autres préoccupations, les circonstances tragiques ne la laissent point dormir, confie-t-elle. Et d’ajouter : « Nous ne nous sommes jamais quittés en dix ans. Pas un instant ! Entre nous, c’était fusionnel. Ni lui ni moi ne pouvions vivre l’un sans l’autre. Amrish était protecteur et aimant. Il était très attaché à moi. Je ne pouvais aller nulle part car il me demandait toujours de retourner. Et pendant la journée, lorsqu’il était au travail, il m’appelait sans arrêt. Et dans l’après-midi, on s’asseyait ensemble et on discutait. Voilà de quoi notre vie familiale était faite. Rien ne pouvait nous séparer, sauf la mort… « .
Pour ses enfants non plus, la vie depuis le 30 mars n’est nullement facile. Sa fille de 9 ans se réveille chaque nuit, victime de véritables cauchemars. « Elle hurle et me dit qu’elle rêve de son père. J’ai même dû l’amener chez un psychologue », explique-t-elle. De son côté, Kushal a laissé entendre à ses camarades : « Bondie inn pren mo papa, li pren mo chacha osi. »Il refuse que les photos de son père et de son « chacha » soient placées dans le salon. « Mo na pa kapav get zot », implore-t-il.
Depuis deux ans, le jeune couple qui s’est religieusement et civilement marié en septembre 2012, avait aménagé à l’étage du domicile de Brinda Tewary, 52 ans, la mère d’Amrish. Faute de moyens financiers, la construction de la maison n’a pu être achevée. « C’était le projet immédiat d’Amrish. Il voulait à tout prix finir la maison. Les jours de pluie, l’eau pénètre à l’intérieur », indique-t-elle. Une semaine après le drame, Sarah Tewary avait lancé un appel pour bénéficier d’une aide afin de finir la maison. Transinvest, la compagnie où travaillait son époux, a répondu favorablement à cet appel.
Et durant la semaine écoulée, le ministère de la Sécurité sociale lui a remis un chèque de Rs 10 000. Les démarches en vue de bénéficier de sa pension de veuve sont toujours en cours, de même qu’une social aid pour ses deux enfants. Pour elle qui n’a jamais travaillé de sa vie, trouver rapidement du travail sans pour autant négliger ses enfants est une priorité absolue. « C’est dur de trouver du travail. Je préfère en avoir un où je n’aurai pas à travailler la nuit. Je ne peux pas quitter mes enfants seuls, surtout ma fille de 9 ans. Nous habitons une cité », dit-elle
La jeune mère de famille réitère son appel au gouvernement pour qu’une aide financière lui soit dispensée de manière soutenue afin d’accompagner ses enfants le plus sereinement possible. Jusqu’ici, elle a pu compter sur la générosité des habitants de Cité-la-Chaux, Mahébourg, mais en fin de semaine, il y a eu une remise de chèques par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, parents des victimes.
Aujourd’hui plus que jamais, sa priorité reste l’avenir de ses deux enfants. Sarah Tewary tente tant bien que mal de survivre malgré que « li bien difisil pou amen enn lavi normal ». Mais elle fait preuve de la volonté nécessaire pour affronter les obstacles que les inondations meurtrières du 30 mars ont placés sur sa route de jeune mère de famille et de veuve…