L’ingénieur environnemental, Vassen Kauppaymuthoo, estime que c’est le manque de préparation et la mauvaise gestion des catastrophes naturelles qui ont causé la perte de vies humaines et les dégâts qu’on connaît dans les inondations de Port-Louis, la semaine dernière. « Il faut que les autorités se réveillent et réagissent de manière scientifique et claire pour éviter que d’autres catastrophes prennent encore des vies », fait-il ressortir.
M. Kauppaymuthoo rappelle d’emblée que la catastrophe de samedi dernier a lieu un mois et demi après un événement similaire du 13 février dernier et cinq ans après celui du 26 mars 2008, qui avait causé des pertes de vies humaines. « Il faut mettre en place un système de gestion des catastrophes naturelles. Dans ce cas, malgré les événements du passé, les autorités ont eu l’air d’être prises au dépourvu », dit-il, en ajoutant qu’effectivement, il y a un problème de changement climatique. Mais, ajoute-t-il, c’est le manque de préparation et la mauvaise gestion des catastrophes naturelles qui ont causé les dégâts et les pertes de vies humaines. « On a négligé les catastrophes naturelles et on a vu le résultat samedi dernier », poursuit-il.
L’ingénieur environnemental rappelle également que depuis les dernières années, on est en train de remplacer les espaces verts par du béton à Maurice. Il est clair, soutient-il, que lorsqu’il pleut, une partie de l’eau est absorbée par le sol, une partie ruisselle et une autre s’évapore. « À force de bétonner, on a diminué de manière drastique les surfaces d’absorption de l’eau. Forcément, l’eau ne peut rentrer dans la terre et cela crée un problème important », fait-il remarquer. Il ajoute que lorsqu’on bétonne, ou qu’on asphalte des superficies les rendant imperméables, il faut mettre en place un système de drains adapté pour pouvoir capter les eaux qui ne peuvent être absorbées par la terre. « Ce système de drains n’a pas été mis en place, c’est ce qui a aggravé le problème. »
Vassen Kauppaymuthoo commente également le projet de la Ring Road qui, selon lui, constitue une partie du problème. Il estime que si on met en place des structures qui viennent altérer l’écoulement naturel des eaux, lorsqu’on modifie les drains naturels en les coupant par des infrastructures routières, on pose un vrai problème. Dans les flancs des montagnes, ajoute notre interlocuteur, des drains naturels se sont créés durant des millions d’années. L’ingénieur environnemental montre aussi du doigt les drains construits à Port-Louis à l’époque des Français et qui n’ont pas été entretenus. Certains sont obstrués à la fois par des constructions mais aussi par des débris. « Les eaux n’ont pas pu s’évacuer correctement », dit-il.
Cette « triste » catastrophe est venue, selon lui, secouer les autorités mais aussi la population mauricienne, parce qu’on a tendance à croire à Maurice « que rien ne va nous arriver, qu’on est souvent trop alarmiste. » « J’ai tiré la sonnette d’alarme depuis pas mal d’années. On dirait, et c’est triste de le dire, qu’il fallait un événement pareil pour que les autorités se réveillent », déclare-t-il. Il est d’avis qu’il faut commencer par sensibiliser les écoliers, les jeunes et les familles aux risques naturels. « Nous sommes le pays le mieux préparé en cas de cyclones. Les Mauriciens prennent la situation très calmement ; ils savent quoi faire. Mais par rapport aux autres catastrophes naturelles, ils ne sont pas préparés », observe-t-il. M. Kauppaymuthoo appelle à la mise en place d’un plan de gestion et aussi d’un organisme spécialisé pour la gestion des catastrophes naturelles. Celui-ci doit être en alerte 24 heures sur 24 et doit pouvoir prendre des décisions rapides pour sauver des vies et des biens matériels.
S’agissant du projet Maurice Île Durable (MID), il estime qu’il est très loin des catastrophes naturelles. « Il est supposé gérer tout ce qui est environnemental, gérer le développement urbain pour être sûr qu’on n’est pas en train de détruire des espaces naturels et de limiter les zones d’absorption et de drainage des eaux », fait-il ressortir en ajoutant : « Dans ce cas, le MID n’a pas été efficace. »