ALEXANDRE LARIDON

Les Jeux des îles de l’océan Indien nous ont encore démontré à quel point le sport pouvait être un vecteur de lien social, permettant ainsi de rassembler un peuple, un pays et une nation. Au fi l des années, cet événement sportif a pris de l’ampleur et est accueilli à chaque fois avec énormément d’enthousiasme et de ferveur par les différents pays hôtes.

Un rendez-vous des sportifs de l’océan Indien qui éveille un sentiment de fierté, de patriotisme mais aussi de fraternité, surtout entre les habitants des différents pays de la région. Même s’il y a eu des impairs qui ont fait souffler un vent d’amateurisme sur l’organisation des Jeux des îles : une vidéo, qui était censée promouvoir l’événement mais qui, au final, a été soupçonnée d’être le fruit d’un plagiat, l’absence de billets pour les proches des athlètes, l’utilisation abondante de l’argent des contribuables avec au summum les Rs 4,6 milliards consacrées à la construction d’un éléphant blanc à Côte-d’Or, les Jeux des îles ont permis aux Mauriciens d’échapper durant 10 jours à leurs préoccupations quotidiennes et surtout d’avoir un répit de la chose politique qui bouillonne de plus en plus, avec l’approche à grands pas des élections législatives.

Bref, les Mauriciens ont pu se retrouver durant cette trêve, qui a non seulement ranimé la fierté de tout un chacun mais aura permis de se sentir avant tout Mauricien. Cela n’a pas pour autant empêché nos politiciens de profiter de cette vague de ferveur pour faire de la récupération politique et d’en tirer un capital sur les efforts de nos champions, d’ailleurs dénoncés et condamnés à outrance par l’opinion publique sur les réseaux sociaux. Comme le soulignait Machiavel, « tout n’est pas politique mais la politique s’intéresse à tout », n’est-ce pas ? Fort heureusement, cet esprit rassembleur autour de notre deuxième passion nationale a pu faire fi de cette gangrène pour se concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire nos athlètes… Nos sportifs qui, sans leurs efforts, leurs persévérances, les sacrifices et les difficultés encourues, n’auraient jamais pu mener l’île Maurice au top du tableau des médailles pour cette 10e édition.

En parlant de sacrifices et de difficultés, saviez- vous par exemple qu’une jeune sportive, qui a décroché la médaille d’or en voile, faisant donc elle aussi la fierté du pays, a dû quitter son boulot pour pouvoir s’entraîner et se préparer pour les jeux ? Elle n’a malheureusement pas eu le soutien de ces employeurs qui lui ont mis devant un dilemme des plus infects : choisir entre les jeux et garder son boulot. Ne voulant cependant pas jeter les armes après plus de quatre ans de préparation, la sportive avait préféré opter pour les jeux et porter haut le drapeau de son pays. Combien donc de nos sportifs se retrouvent-ils dans une telle situation, devant une telle incompréhension de leurs employeurs afin de pouvoir parvenir à un équilibre entre leurs boulots et leurs entraînements ?

Kevin Perticots, 23 ans, nouvelle coqueluche du Club M et chômeur, en est un autre exemple puisqu’il avait déclaré lui aussi récemment dans un quotidien, qu’à chaque fois qu’il cherchait du travail et qu’il informait les recruteurs de ces entraînements qui ont lieu trois fois la semaine, ceux-ci ne revenaient jamais vers lui ! Après la belle parenthèse des JIOI, les Mauriciens, patriotes dans l’âme, sont-ils conscients du retour à la dure réalité pour la plupart de nos médaillés ? Une réalité qui se résume malheureusement au chômage et à un avenir incertain ! Même si les athlètes ayant décroché une médaille aux JIOI auront droit à une somme entre Rs 20 000 et Rs 100 000 chacun, pensez-vous que ceci permettra-t-il à nos sportifs d’avancer dans leur quotidien ? Posez-vous donc la question.

Soutenons-nous vraiment nos athlètes comme il se doit sur le long terme ? Le cas d’Alougen Canjamalay, qui avait ému plus d’un, devrait nous ouvrir encore plus les yeux. Ce jeune judoka, qui s’était blessé au talon lors d’une compétition de judo en 2015 et qui avait eu plusieurs complications de santé par la suite, dont une tumeur et l’amputation d’une jambe, est décédé le 5 juin dernier à l’âge de 23 ans. Serait-il toujours parmi nous s’il avait été mieux suivi, encadré et soutenu par les autorités ? Ou s’il avait une couverture médicale adéquate ? Même si les sportifs ont fait la fierté de toute l’île Maurice, il ne fait aucun doute qu’ils sont loin de bénéficier d’un encadrement correct. Inutile de vous rappeler ici ce que l’Alliance Lepep, enfin de ce qu’il en reste, avait proposé dans son manifeste électoral au sujet de la jeunesse et des sports, puisqu’il répète chaque année quasiment la même chose, tout comme dans son dernier budget de 2018-19, où il prévoyait de « faciliter l’employabilité des sportifs de haut niveau et de leur donner la reconnaissance nécessaire pour leur contribution dans le domaine sportif », l’éternelle promesse !

Par contre, cela n’est pas sans rappeler que, dans un parti politique, la méritocratie n’est peut-être pas aussi importante que l’appartenance ethnique ou clanique alors que, dans une discipline sportive, les efforts et le dépassement de soi sont plus importants que la puissance d’un patronyme ou l’épaisseur des comptes en banque. Les athlètes nous ont procuré un sentiment unique durant ces Jeux des îles en nous propulsant au top du podium et en nous donnant leurs meilleures performances. À notre tour maintenant de leur rendre la pareille en les soutenant co