La dernière analyse des spécialistes de The Economist Intelligence Unit Limited (EIU) sur les retombées du scandale du siècle avec le rachat de la clinique MedPoint au coût de Rs 144,7 millions privilégie la piste d’élections anticipées, soit bien avant la fin du mandat de cinq ans. C’est ce qui ressort du dernier Country Report en date de l’EIU sur la situation politique en général, rendu public à la fin du mois dernier. Ces jours-ci, cette thèse se voit renforcée par la contestation menée au sein du Parti travailliste par Kalyanee Juggoo, qui n’a pas été nommée ministre par le Premier ministre Navin Ramgoolam lors du dernier remaniement en deux temps.
Pour l’EIU, les prochaines décisions de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) par rapport aux enquêtes intéressant deux ministres, en l’occurrence Michaël Sik Yuen dans la nomination du Liaison Officer à la Small and Medium Enterprises Development Authority (SMEDA) et Satish Faugoo dans le cas de Rose Garden Residences, pourraient également peser dans la balance pour un retour du pays aux urnes plus tôt que prévu.
Au chapitre consacré à « Election Watch » après la cassure de l’Alliance de l’Avenir il y a un mois, The Economist Intelligence Unit trouve que même s’il a cité l’exemple de son père sir Seewoosagur Ramgoolam, qui a dirigé le gouvernement de 1976 à 1982 avec une majorité d’un député, tôt ou tard, le Premier ministre pourrait avoir recours à la dissolution de l’Assemblée nationale et solliciter un nouveau mandat de l’électorat.
Dans son analyse, l’EIU laisse comprendre que ces élections générales anticipées pourraient être « on the card » pour l’année prochaine. Deux principales raisons sont avancées par le Think Tank britannique pour soutenir cette thèse. L’EIU cite d’abord la conjoncture économique sur le front international et les éventuelles répercussions sur le plan local.
La seconde raison est davantage de nature politique. En rappelant le pays aux urnes prématurément, le leader du Ptr pourrait prendre à contre-pied les efforts du MSM dans sa reconstruction après les coups essuyés dans le scandale MedPoint. « Une telle d?cision devrait d?boucher sur une lutte frontale entre le Ptr et son rival principal, le MMM, men? par Paul B?renger, qui se r?gale des difficult?s internes du gouvernement », ajoute l’EIU qui va même jusqu’à prévoir le vainqueur de cette joute électorale.
Fronde au Ptr
Le Think Tank britannique ajoute que « the reputation of the MSM leader, Pravind Jugnauth, has fallen, not only for apparently seeking to curb the corruption probe, but also for precipitating such a crisis at a time of renewed global economic instability ». Pour l’EIU, la réduction de la majorité gouvernementale avec l’éclatement de la coalition porte un sérieux coup à l’agenda de la réforme économique face à des incertitudes sur le plan international.
Par ailleurs, avec l’inclusion au sein de l’équipe gouvernementale de Mireille Martin, qui a déserté le MSM, le Premier ministre a cru se donner une marge de manoeuvre parlementaire moins risquée, une des conditions pour éviter le recours à des Snaps Elections. Le cours des événements s’avère avoir généré des effets contraires avec une véritable fronde secouant le Ptr.
La colistière de la ministre Mireille Martin, Kalyanee Juggoo, n’a pas encore digéré l’affront de n’avoir pas été choisie par Navin Ramgoolam pour intégrer l’équipe gouvernementale. Une véritable agitation anime la circonscription N°4 (Port-Louis Nord/Montagne-Longue) et la présence du président du Ptr Patrick Assirvaden à une réunion des activistes du Labour du N°4, lundi, n’a guère calmé les ardeurs.
Cette réunion politique a failli se terminer en eau de boudin. Devant le compte rendu de ces échanges, le leader du Parti travailliste s’est donné pour mission de jeter son poids dans cette médiation, dont un tête-à-tête avec Kalyanee Juggoo en début de semaine. La principale concernée s’est rendue à l’étranger avec une proposition formulée par le Premier ministre. Ce ne sera qu’au retour de la députée rouge pur-sang du N°4 que l’on pourra se prononcer sur les conclusions de cette affaire.
Entre-temps, les yeux politiques de l’hôtel du gouvernement restent tournés vers l’ICAC pour autre chose que l’enquête sur le scandale MedPoint.
Entre-temps, les yeux de l’hôtel du gouvernement restent tournés vers l’ICAC pour autre chose que l’enquête sur le scandale MedPoint. Les retombées de deux autres dossiers soumis à l’ICAC sous les dispositions de la Prevention of Corruption Act (POCA) sont suivies de manière intéressées en raison de leurs répercussions potentielles sur l’échiquier politique.
Le premier cas concerne la nomination d’un ancien conseiller municipal de Curepipe en tant que Liaison Officer à la SMEDA avec des salaires rehaussés pour pouvoir bénéficier de privilèges hors taxes. À ce stade, l’ICAC poursuit son enquête en vue de collecter des informations sur les procédures adoptées pour cette nomination par le conseil d’administration de la SMEDA alors que le ministre Sik Yuen affirme n’avoir rien à faire avec cette décision.
Néanmoins, le dossier confidentiel de cette nomination à la SMEDA comporte une note compromettante du chef de Cabinet de ce ministère du temps où Michaël Sik Yuen avait la responsabilité de ce portefeuille. La Permanent Secretary (PS) avait objecté et rejeté formellement à la procédure et aux conditions envisagées dans cette affaire.
Le prochain interrogatoire du Principal Assistant Secretary à ce même ministère, qui s’était vu confier la tâche de mettre à exécution cette décision devra être déterminant pour l’enquête ; il n’est pas à écarter que Michaël Sik Yuen soit convoqué à l’ICAC pour des explications vers la fin de cette enquête.
L’autre dossier traite de la controverse sur le projet de Rose Garden Residences sur la propriété sucrière de Rose-Belle. Le ministre Satish Faugoo maintient qu’il n’est pour rien dans cette affaire et continue à multiplier ses explications de presse alors que l’ICAC poursuit son enquête. À ce stade, très peu de détails ont transpiré des initiatives envisagées par l’ICAC dans ce dossier avec les premières décisions pour la vente de ces 28,01 arpents appartenant à la propriété de Rose-Belle remontant à 2004.