Plus de mille interventions depuis le passage du cyclone Berguitta. Nos pompiers ont eu du pain sur la planche. Malgré un retour au calme, eux ne baissent pas la garde. Week-End est allé à la rencontre des officiers de la Swift Water Ressue Unit de la MFRS. Derrière ces casques et ces combinaisons rouges se cachent des anonymes qui donneraient leur vie pour sauver celle d’un autre.

« Nous sommes toujours là. C’est notre métier. Qu’il y ait le feu ou pas, nous sommes là pour aider et sauver des vies », explique Dorsamy Ayacouty, assistant Chief Fire Officer à la Mauritius Fire and Rescue Service (MFRS). « Il faut aimer ce métier et avoir le sens du devoir. » Il est 11h30. À Coromandel, les pompiers défilent. Impeccables dans leurs uniformes, ils essaient de cacher, pour certains, la fatigue des derniers jours. « Je suis sur pied depuis 26 heures ! Je ne sais pas si ma femme et mes enfants vont bien », lance un officier les yeux bouffis. En effet, durant la semaine, plusieurs vidéos de sauvetage ont circulé sur les réseaux sociaux, où l’on voit les sapeurs-pompiers à l’œuvre. Dans leurs grands uniformes, l’on voit à peine le visage de ces hommes et de ces femmes, et pourtant ils sont là.

Lorsque nous les rencontrons, Dorsamy Ayacouty est assis à la caserne de Coromandel aux côtés de Jean-Philippe Paya, coordinateur de la Swift Water Rescue Unit. « Un des moments phares de ma carrière a été le sauvetage d’un van scolaire sur le point d’être emporté par les eaux dans un champ de cannes, en 2011. Nous n’étions pas équipés, nous n’avions rien, ni corde ni camion, et pourtant sans aucune hésitation, nous nous sommes jetés à l’eau pour sauver ces enfants. Aujourd’hui, ils sont au collège », raconte l’Assistant Chief Fire Officer, qui compte 34 ans de bons et loyaux services à la MFRS.

Puis, il y eut les inondations de 2008. Coup de massue pour les pompiers qui se retrouvent alors dans des situations qu’ils parviennent difficilement à contrôler. Un wake-up call pour les sapeurs-pompiers qui voient alors l’urgence de former des officiers qui soient aptes à intervenir en eaux troubles. D’ailleurs, « dans la Mauritius Fire Rescue Act de 2013, il est clairement indiqué que nous devons être préparés à cooperate with any entity that provides a service in case of emergency, including intervention at sea. C’est suite à cela que nous avons décidé de former cette équipe spécialisée », explique Dorsamy Ayacouty.

56 officiers formés et équipés

En effet, les sapeurs-pompiers sont dans le feu de l’action, que ce soit pour les grands incendies, pour des inondations ou pour sauver des chats coincés dans un arbre. Toutefois, ces soldats du feu sont depuis peu confrontés à la force de l’eau. Avec des enjeux climatiques et de nouveaux dangers auxquels ils sont confrontés, une nouvelle unité est mise en place en 2017 : la Swift Water Rescue Unit. Composée de 56 officiers formés et équipés, cette unité spéciale est prête à se jeter à l’eau. « Nous travaillons dans les eaux troubles. Nous intervenons là où il y a le plus de danger », soutient Jean-Philippe Paya. Et c’est justement eux que nous rencontrons lors de notre entretien. Avec une discipline hors-pair, les officiers enfilent leurs combinaisons de plongée et se jettent à l’eau.

Agés entre 20 à 45 ans, ces derniers ont été formés par le célèbre nageur Lilian Eymeric. S’entrainant plusieurs fois par semaine en piscine, ils sont amenés à faire des parcours en mer toutes les semaines. « Nous avons nagé de Macondé à La Prairie. Nous devons nous entraîner pour pouvoir aider des personnes en difficulté. Nous devons même être capables de nager dans les ressacs », explique Jean-Philippe Paya.

« Nous avons 56 officiers postés dans six stations de l’île, soit à Coromandel, Tamarin, Curepipe, Flacq, Triolet et Port-Louis. Ils interviennent dans le plus bref délai. Dès que l’on reçoit un appel, on intervient immédiatement. C’est un peu notre point fort », avance-t-il. Ce dernier explique qu’il est essentiel d’avoir des spécialistes qui accompagnent chaque équipe d’opération. Il ajoute cependant que ces officiers n’interviennent pas uniquement lors des inondations, etc., « ils ont tous suivi une formation de pompiers ».

Nous avons de la chance. Ce jour-là, l’unité spéciale s’entraîne. Direction le pont de Grande Rivière Nord-Ouest. Dans leurs combinaisons rouges, les officiers de la Swift Water Rescue Unit restent concentrés. Jean-Philippe Paya ne laisse rien au hasard et ordonne à ses officiers de se jeter dans l’eau froide et dangereuse. « Vous voyez, nous utilisons un nouvel outil, soit le shot gun, qui peut aider à sauver une victime en mer. Avec le courant, il est impossible de nager en ligne droite, il faut donc se laisser porter par le courant tout en s’accrochant à la corde. C’est ce qu’on appelle le pendule », explique Jean-Philippe Paya, ne lâchant pas ses hommes des yeux.

Jean philippe Paya, responsable de l’unité

« Bien sûr, nous avons encore énormément de choses à améliorer. Nous devons aussi acheter d’autres équipements, mais nous sommes sur la bonne voie. C’est surtout grâce à la confiance de notre Chief Fire Officer que nous avons pu mettre en place cette unité spéciale », explique Jean Philippe Paya, en service depuis 1977. La MFRS ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Nous voulons désormais former nos officiers en hazard materials », dit Dorsamy Ayacouty.

Bien conscients des risques qu’ils prennent, ces officiers se sont préparés au pire. « C’est notre devoir », disent-ils. Sans une once d’hésitation, ces jeunes gens sont prêts à braver les eaux les plus boueuses, les courants les plus forts pour sauver une vie.

 

Pehrine Banoo, une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux

Pehrine Banoo n’a pas froid aux yeux. Agée de 23 ans, elle réalise son rêve d’enfant. « J’ai toujours rêvé d’être pompière. C’est une noble profession », confie-t-elle. Loin d’être impressionnée par cet univers dominé par les hommes, elle est l’une des deux femmes de l’équipe de la Swift Water Rescue. « J’ai rejoint les sapeurs-pompiers il y a trois ans. Après plusieurs mois de formation, je suis intervenue plusieurs fois sur le terrain », dit-elle. Bien consciente des risques, elle se dit prête à tout pour venir en aide aux citoyens. « Que ce soit pour enlever des nids de guêpes ou pour éteindre un feu, on est là. On nous a formés pour faire face à ce genre de situation et nous ne devons pas avoir peur. Car si nous avons peur, comment vont faire ceux qui nous ont appelés à l’aide ? » avoue la jeune femme. Présente elle aussi à l’entrainement, Pehrine Banoo aime ce métier, et cela se voit.

Intervention des pompiers au Goulet

Ces derniers jours ont été marqués par de malheureux événements, dont plusieurs cas de noyades. Si les gardes-côtes sont vite intervenus pour tenter de sauver les personnes en difficulté dans d’autres cas, ils ont été un peu moins réactifs. Au Goulet à Baie-du-Tombeau, une fillette de 11 ans a péri noyé avec son beau-frère. Cependant, ce ne sont pas les gardes-côtes qui sont intervenus mais la Swift Water Rescue Unit de la MFRS. Formés pour ce genre d’intervention, ils ont pu repêcher le corps de la fillette après plusieurs heures de recherche. Les gardes-côtes ont, eux, été pris à partie par la famille des victimes.

La Swift Water Rescue Unit

La nouvelle unité spécialisée de « sauvetage aquatique » au sein de la Mauritius Fire and Rescue Service (MFRS) a été lancée en octobre dernier, à la Caserne des pompiers de Tamarin. Le ministre des Collectivités locales et des îles éparses, Mahen Jhugroo, y était présent. Les officiers ont été depuis appelés à intervenir lors des récentes inondations.