Intervenant lors d’une causerie sur le thème “SMEs : From backseat to backbone !” à la salle de conférences de la Business School de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Maurice, À Ébène, le vice-président de la Mauritius Economic Society, Parama Valaydon, après une analyse circonstanciée du secteur des Petites et moyennes entreprises à Maurice, est arrivé à la conclusion qu’il s’agit d’un secteur d’avenir. Il a également balisé les grandes orientations que devrait prendre la nouvelle SME Bank, que le gouvernement se propose de créer.
Parama Valaydon a d’emblée expliqué qu’à Maurice, une petite entreprise est définie comme étant une compagnie ayant un chiffre d’affaires annuel ne dépassant pas Rs 10 millions. Une moyenne entreprise, elle, est caractérisée par un chiffre d’affaires annuel dépassant Rs 10 000 mais en deçà de Rs 50 millions. Citant les statistiques officielles disponibles, l’orateur a affirmé que l’on compte 93 072 petites entreprises, contre seulement  876 moyennes entreprises. Il y a, en outre, 1 299 SML (Small Medium & Large enterprises). « Ainsi donc, des 93 072 PME, moins de 1% sont des moyennes entreprises, le reste étant des petites entreprises. Comme nous comptons sur les moyennes entreprises pour créer de la richesse, nous constatons qu’il y a par conséquent encore beaucoup de place pour les PMEs ! » s’est-il félicité.
Pourquoi tant d’accent sur les PMEs aujourd’hui ? Parama Valaydon répond que les PMEs sont des facteurs de création d’emplois (54%) et de croissance économique (40% du PIB). En outre, elles contribuent à la diversification économique et à la stabilité sociale tout en jouant un rôle important dans le développement du secteur privé. Enfin, elles permettent une redistribution des revenus et allègent la pauvreté.
L’orateur soutient qu’à Maurice, il existe une panoplie de plans d’aide financière, technique et logistique ainsi que des programmes au développement mis à la disposition des petits entrepreneurs. Il cite notamment des plans de la DBM, de la SMEDA, de banques commerciales, de compagnies d’assurances, de « leasing companies », d’Enterprise Mauritius, du Board of Investment et, même, de l’Agence française de développement. Sans compter les possibilités qu’offrent les accords commerciaux signés avec la SADC, la COMESA, la COI et l’IOR, et pas moins de 32 accords bilatéraux signés avec des pays amis.
Dans ce contexte, Parama Valaydon déplore que seulement 7% des PMEs ont recours aux programmes de soutien existants, bien que 60% de celles-ci savent que des plans existent.
« Pourquoi les PMEs sont-elles encore les parents pauvres (« at the back seat ») de l’économie mauricienne ? Et que doit-on faire pour qu’elles en deviennent l’épine dorsale ? » se demande Parama Valaydon. Avant de répondre à ces questions, l’intervenant affirme qu’il y a des leçons à tirer de notre « échec » en matière de promotion des PMEs. Il en décline tout un catalogue : la réticence des institutions financières et leur  faible participation au capital; nos PMEs qui ne se tendent ni vers la technologie, ni vers le marché; le mismatch entre l’offre et la demande des compétences; les hauts coûts de production qui réduisent la compétititivé; les difficultés d’approvisionnement et de sous-contracter avec les grosses entreprises au niveau national et international; le regroupement (« clustering ») limité, qui ne permet pas des économies d’échelle, le partage des risques et la hausse de la compétitivité; des investissements limités en Recherche et Développement (RD) et le manque d’innovation; l’exploitation insuffisante des accords bilatéraux et régionaux; la faiblesse des institutions du fait de l’interférence politique immodérée; le manque de coordination entre la multitude d’acteurs soutenant les PMEs (la clé du développement, selon l’orateur);  l’insuffisance des alliances stratégiques avec les multinationales (en termes d’expertise et de marché, entre autres); ou encore le lien organique des PMEs mauriciennes avec des secteurs traditionnels, qui ont déjà atteint leur sommet. « Singapour a su attirer de très grosses multinationales », commente-t-il.
Parama Valaydon propose par conséquent quatre stratégies pour promouvoir les PMEs. D’abord, l’identification de six secteurs de croissances à travers desquels on pourrait lancer des PMEs. Ces six secteurs d’avenir, selon l’orateur, seraient l’ocean enonomy, la biotechnologie, l’économie verte, la modernisation de notre port et le soutage (« bunkering »), l’agro-industrie et la « knowledge-based economy ».
L’intervenant propose ensuite le développement « cohérent » d’une stratégie nationale d’exportation, accompagnée d’un programme de mise en oeuvre ciblant les PMEs à travers ces six secteurs de croissances d’avenir précités.
Troisième stratégie : réorienter et regrouper les institutions et les plans existants sous une unique ombrelle. Parama Valaydon se félicite ici du projet du gouvernement de créer un One-Stop Shop pour les PMEs sous la SME. « Il faut réduire les tracasseries administratives au minimum ! », dit-il.
Et enfin, Parama Valaydon suggère l’élaboration d’une « SMEs Intelligence » qui concernerait, entre autres, la collecte des statistiques, des recherches et autres analyses, ainsi que la création de banques de données touchant les PMEs. « Nous ne manquons pas d’idée. Mais par où commencer ?» s’interroge l’orateur.
Selon Parama Valaydon, nous devons commencer par une étude de marché pour déterminer, d’une part, la taille du marché ainsi que les opportunités ouvertes aux PMEs mauriciennes et, d’autre part, évaluer la nature dans laquelle évoluent les PMEs, dans chacun des six secteurs prioritaires de croissance précités.
L’orateur a ensuite énuméré les conditions pour qu’une SMEs Bank puisse réussir. « Nous n’allons pas réinventer la roue. Nous avons des idées. Mais il s’agit avant tout de définir nos six secteurs prioritaires de croissance et de “strategize” ! Car les PMEs ont un grand avenir à Maurice : elles seront les moteurs de notre 2e miracle économique ! » a conclu Parama Valaydon.