Un projet de culture expérimentale de blé à Maurice monté par le Mauritius Research Council et la Compagnie sucrière de St-Antoine a livré sa première récolte hier après-midi sur une superficie d’un millier de mètres carrés au Verger Baudot à Poudre d’Or. La sécurité alimentaire du pays commence à inquiéter le gouvernement, à en croire les ministres Rajesh Jeetah (Éducation tertiaire) et Lormus Bundhoo (Santé), présents à cet événement.
La sécurité alimentaire est devenue l’une des préoccupations majeures de Maurice vu qu’elle est considérablement dépendante des importations. Environ 80 % de ses besoins alimentaires proviennent de l’étranger. En ce qu’il s’agit du blé, environ 166 000 tonnes qui sont importées annuellement. C’est dans cette optique que le Mauritius Research Council (MRC) a entrepris une étude de faisabilité portant sur la culture du blé à Maurice. D’où le projet de culture expérimentale à Poudre d’Or qui a débuté en juin dernier, dans le centre à Montagne-Blanche et dans le sud à Savannah. Six variétés ont été testées dans ces endroits en vue de déterminer leur adaptation aux différentes conditions climatiques, leur résistance aux maladies et aux insectes et leur rendement.
Le ministre de l’Éducation tertiaire rappelle la première crise alimentaire en 2005. « On n’aurait pu avoir de l’argent en poche mais il n’y avait pas de farine », a dit Rajesh Jeetah. « Nous avions fait face à d’énormes difficultés pour en trouver. Nous en importons environ 100 000 tonnes. Ce qui est aussi le cas pour le riz, le maïs le poulet et le bétail. »
Il arrive aussi que des fois il n’y a pas assez de céréales sur le marché mondial ou chez les pays producteurs et exportateurs. Sans oublier le problème de prix de ces produits qui ne cessent de grimper. « Nous ne pouvions rester les bras croisés et laisser aux autres de produire ces céréales pour nous », ajoute le ministre. Il pense à l’Afrique où Maurice a obtenu de grandes superficies de terre à être cultivées. La prochaine étape, selon lui, est de produire le blé sur une base semi-commerciale.
Pour le président du MRC Sudarshan Jugessur, il faut impérativement un changement de direction à Maurice par rapport à la sécurité alimentaire. Pendant des années, on a cultivé la canne à sucre sans diversifier nos activités agricoles, comme il le fallait. « Maintenant, nous avons la crise alimentaire qui continue et aussi le problème de changement climatique créé par nous-mêmes. Il faut changer de direction pour s’adapter », dit-il. Selon lui, l’avenir n’est plus dans la culture de la canne à sucre « même si elle nous a aidé énormément jusqu’ici ». Il estime que Maurice peut devenir autosuffisante en blé et en riz à l’avenir.
Le directeur exécutif du MRC, Arjoon Suddhoo, rappelle que beaucoup de gens étaient pessimistes au sujet de cette démarche. « Même moi, j’avais pensé qu’elle ne marcherait pas mais nous l’avons fait, en l’espace de quatre mois », déclare-t-il. Le pays n’est pas à sa première expérimentale sur la culture de blé. Des essais ont déjà été faits sur une plus petite échelle à Réduit, il y a quelques années, et les résultats étaient concluants.