POV (William Rasoanaivo), connu dans le milieu des caricaturistes de la région, est un dessinateur engagé dans ses choix d’illustrations pour la politique, le social ou l’histoire. Du « Fou du roi » au « Faiseur de petits dessins »: les étiquettes collent souvent à la peau des dessinateurs de presse. Mais c’est une profession qui peut ouvrir plusieurs portes, comme le dit POV lui-même. Depuis son installation, en 2006, à Maurice, il est arrivé à faire le va-et-vient entre la caricature et la BD. Cependant, il précise que son métier a toujours été dessinateur de presse. L’expérience remonte à 1991, à Madagascar, lorsque POV faisait des esquisses sur la crise politique malgache. Le jeune homme résume ainsi le dessin de presse : mettre dans une seule image une foule d’idées alors que dans la BD on fait exploser une idée. Créateur, dessinateur : comment travaille POV au quotidien. Ce lauréat du Prix 2010 (RFI Reporters sans frontières, liberté de la presse) nous l’explique, de même que son parcours, ses inspirations, ses projets.
D’où viennent la verve et la subjectivité qu’on perçoit dans les sujets que POV traite. Le dessinateur parle volontiers de ses influences : l’Almanach humoristique Vermot contenant des images qui l’intriguaient enfant, les BD belges et surtout sa rencontre avec le dessinateur Plantu qui l’a beaucoup influencé dans son métier de dessinateur de presse. Grâce à son coup de crayon, POV glisse aujourd’hui au quotidien un grain de folie, de l’humour dans une actualité souvent austère. L’humour est caustique et les pics sont lancés sans égard aux appartenances politiques. De fait, le ton et le trait d’humour caractérisent la démarche de POV. Pour lui « la caricature est un catalyseur des actualités, des opinions… on essaie de rendre les choses sérieuses ou, à l’inverse, tourner en dérision les choses sérieuses… Il faut se permettre d’être irrévérencieux, de réveiller les consciences, sinon on tombe vite dans la léthargie. Après tout, c’est une question de dosage pour ne pas tomber dans l’excès… » Le dessinateur nous dit qu’il faut savoir, par le dessin de presse, provoquer la réflexion et le débat. Il utilise l’humour noir, tire à boulets rouges moins sur les personnes, mais sur ce qu’il appelle le caractère intérieur, les attitudes, l’arrogance. C’est dans ce sens que sa démarche peut être considérée comme irrespectueuse. Comment travaillez-vous comme dessinateur de presse? « C’est beaucoup plus du journalisme et moins le côté artistique… », déclare POV. En fait, il fait passer le trait en deuxième plan. Ce qui compte le plus c’est la réflexion et le sujet journalistique. C’est ce qui fait éviter la diffamation et atteindre l’efficacité du dessin. La création graphique s’arrête à l’idée : « Parfois je dessine mal, parce que je cherche l’efficacité au niveau du concept… l’image est reléguée au deuxième plan d’autant plus que le dessin est reproduit sur papier journal (pas toujours de bonne qualité)… » Quand on demande à POV si sa profession peut concurrencer l’écrit par le trait, il répond que ça pourrait frustrer les journalistes. Un dessin de presse ramasse un article en un trait. Le journaliste raconte des faits alors que le caricaturiste fait une synthèse de l’actualité et aussi du dessin éditorial. Ce sont deux démarches différentes. « Je travaille d’abord seul pour ce qui est du concept, ensuite je me nourris du travail des journalistes. Nous avons des échanges de point de vue. Je préfère le dessin de presse à l’illustration… j’aime l’actualité, l’histoire contemporaine, les faits de société… », avoue POV. Il ajoute qu’un dessin de presse est exécuté rapidement (entre 5 minutes et 1 heure). Il trouve une certaine liberté dans des espaces qui lui sont accordés (Crayon de POV) dans des dessins éditoriaux ou à côté des articles de presse.