C’est ce qui a fait sa singularité, sa force et c’est ce qui lui a aussi joué de bien mauvais tours tout au long de sa carrière publique. Leader de l’opposition, Premier ministre ou président de la République, Sir Anerood Jugnauth n’a jamais fait dans la nuance, dans la mesure ou dans la retenue. Dans son propos comme dans ses actes d’ailleurs. Déclarations sans fioritures, piques directes et cassantes, sa carrière en est jalonnée. Le verbe s’est, en quelque sorte, fait chair et la verve a été retrouvée pour défendre cette semaine ce fils convoqué par l’ICAC avec les conséquences qu’il devinait et que l’on connaît depuis. Du haut de ses 81 ans et de sa charge présidentielle, aucun signe encore qui suggère que le vieux routier a gagné en sagesse. Au contraire, avec lui, c’est, l’âge de raison, connais pas !
A l’origine de cette sortie intempestive du mardi 20 septembre, il y avait d’abord cette rencontre improbable et ce secret bien gardé. Sir Anerood recevait son vieux pote « Paul » à la State House. C’est le leader de l’opposition qui avait demandé audience et obtenu ce rendez-vous et c’est lui-même qui prend la précaution de le faire savoir, une manière d’éviter tout embarras pour l’hôte de la State House.
En sus de quelques proches des protagonistes impliqués, le Premier ministre avait lui aussi été mis au parfum, le président de la république l’ayant informé avant son départ que le leader de l’opposition souhaitait le rencontrer et que l’entretien allait se faire « some time next week ». Si le chef du gouvernement peut rencontrer Paul Bérenger en sa qualité de l’opposition pour discuter de réforme électorale, pourquoi le chef de l’Etat ne pourrait-il en faire autant ?
La rencontre a donc lieu ce mardi matin et c’est après ce tête à tête que la presse s’empare de l’information. A priori plus disponible, c’est vers Paul Bérenger que Radio Plus se tourne pour une réaction et elle est minimaliste : les discussions ont porté sur la situation dans le pays. Radio One, de son côté, tente sa chance auprès du président de la République et obtient une déclaration où SAJ commence par dire que le leader de l’opposition a parlé de law and order.
Au fil des questions des deux radios, le président se laisse aller à dire ce qu’il a sur le coeur à 48 heures d’un départ pour une mission en République populaire de Chine et, surtout, de la convocation de son fils par I’ICAC qui était, c’était un secret de polichinelle, assorti de la probabilité d’une interpellation.
Interrogé sur cette affaire qui le concerne au plus haut point et oubliant qu’il n’est pas seulement le « père de » Pravind mais aussi le président de la République, SAJ lâche que « l’ICAC pé fané » et va même jusqu’à ajouter que, si la situation l’exige, il démissionnerait de son poste. La bombe lâchée, son retentissement s’en trouvera prolongé.
Certains, comme Yousouf Mohamed, un autre « père de », Shakeel ministre travailliste de l’actuel gouvernement, très présent dans le débat politique depuis quelques temps s’en offusquent et déplorent que le président de la République se soit mêlé de la politique et suggèrent qu’il aille au bout de sa logique et qu’il débarrasse le plancher de la State House. Même si son commentaire est intéressé dans la mesure où son fils se trouve aujourd’hui dans le camp opposé aux Jugnauth, il a raison de dire qu’un président de la République doit rester loin de la politique partisane et ne pas s’immiscer dans les querelles politiciennes.