Adoptant la posture de Business As Usual après l’ultimatum du Premier ministre Navin Ramgoolam lundi dernier, les services de la State House ont confirmé officiellement la participation du président de la République sir Anerood Jugnauth à toutes les manifestations officielles dans le cadre des célébrations du 44e anniversaire de l’indépendance et du 20e de la République. Ce développement après un début de semaine politique agité semble confirmer qu’il faudra s’attendre à une trêve du 12 mars même si les seconds couteaux au sein du Parti travailliste pourront continuer à narguer politiquement le président de la République. Dans les rangs de l’opposition, la réunion MSM/MMM de ce soir marquera une nouvelle étape dans les consultations sur le Remake 2000 par le volet des modalités de cette éventuelle alliance électorale avec les premiers rôles politiques attribués à sir Anerood Jugnauth.
Le message codé de sir Anerood Jugnauth à Navin Ramgoolam est en substance un « J’y suis, j’y reste ! » sans équivoque. En effet, le Prime Minister’s Office est en présence de la confirmation formelle que le président de la République participera pleinement aux manifestations officielles pour la fête nationale avec comme Chief Guest le président des Seychelles, James Alix Michel. Ce dernier sera reçu avec tous les honneurs dus à son rang au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport dans la matinée du 12 mars.
Le président de la République entretiendra le Chief Guest Michel à un déjeuner officiel lors de sa visite de 24 heures. Un autre volet des manifestations pour l’indépendance relevant de la présidence de la République concerne la Garden Party du mardi 13 dans les jardins du Réduit. La liste des invités et les cartons d’invitation ont déjà été dressés par les services de la présidence de la République à cet effet.
Si du côté du MSM, cette démarche du président ne surprend pas car dès le début de l’escalade entre la Government House et la State House, la position était que sir Anerood Jugnauth devrait se tenir à l’écart de ces escarmouches, la riposte des membres du gouvernement pour le week-end prolongé du 12 mars sera suivie avec un intérêt particulier. Le mot d’ordre pourrait être un boycott du Labour à la Garden Party du Réduit.
Mais une fois le président James Michel reparti pour les Seychelles via la Réunion, il faudra s’attendre à une reprise des hostilités politiques entre le camp du Premier ministre et celui du président de la République. L’un des premiers champs de manoeuvre devrait être le dossier du redécoupage des arrondissements urbains sous la Local Government Act 2011, contestée formellement par voie de pétition au président de la République par le MSM de Pravind Jugnauth.
Avec la décision, hier, des maires des cinq villes et du ministre des Administrations régionales Hervé Aimée de défier sir Anerood Jugnauth par rapport à sa convocation pour des consultations, la présidence de la République compte mettre les bouchées doubles pour conclure ce dossier dans les prochains jours. « Le président de la République, qui est déjà en présence de la lettre des maires, qualifie leur décision de refus de participer à des consultations. Point à la ligne. Sans aucun état d’âme, sir Anerood poursuit le travail aux termes de la section 9 de la Local Government Act avec à la clé la proclamation au sujet de la délimitation des arrondissements urbains », indiquent des sources proches de ce dossier relatif aux élections municipales.
Du côté de l’hôtel du gouvernement, l’on conteste la légitimité du président de la République d’agir « in his own deliberate judgement » quant à la contestation du redécoupage des arrondissements en vue des prochaines élections municipales. Pour étayer cette argumentation, l’entourage du Premier ministre cite l’article 64 (1) de la Constitution définissant les champs d’intervention du président de la République, et en particulier son devoir de passer par la filière du conseil des ministres par rapport à des amendements à être apportés à la Local Government Act, et notamment les modifications aux délimitations.
Le ministre des Administrations régionales Hervé Aimée a participé, hier après-midi, à une séance de travail de haut niveau au Prime Minister’s Office en vue de coordonner la riposte à l’éventuelle proclamation signée du président de la République au sujet de la Local Government Act. Pour l’une des rares fois dans les annales de la Constitution, une proclamation présidentielle pourrait faire l’objet de bataille juridique en Cour suprême, initiée par le gouvernement.
Le dossier sur l’éventail de l’argumentation légale du gouvernement est déjà prêt pour ce clash constitutionnel entre la State House et la Government House. « C’est un cas de figure à ne pas négliger. Juste après la déclaration du Premier ministre, lundi, sommant le président de démissionner s’il est partie prenante de l’accord électoral MedPoint II, c’est le ministre des Administrations régionales, avec ce dossier du redécoupage, qui a pris le relais avec le défi à sir Anerood », fait-on ressortir à l’hôtel du gouvernement.
Toutefois, le camp de l’opposition trouve que dans la conjoncture « Navin Ramgoolam has jumped the gun. Il est allé un peu vite en besogne ». Du côté du Sun Trust, l’on s’évertue à faire comprendre que « the making of the Remake is a political initiative. Cela n’a rien à faire avec les institutions de la Constitution. Les partis politiques sondent actuellement leurs instances au sujet du principe d’une alliance politique. Ce n’est qu’à une étape ultérieure que le scénario devait être présenté à qui de droit pour sa décision. Nous n’en sommes pas encore là ».
En tout cas, il ne fait aucun doute que les développements politiques de ces derniers jours seront passés en revue lors de la réunion conjointe MSM/MMM de ce soir au sujet du Remake 2000. Après le vote de principe de 33 contre 10 de samedi dernier, les premières modalités de cette éventuelle alliance électorale devront être abordées et délimitées par le leader du MMM Paul Bérenger.
Les dirigeants des deux partis d’opposition procéderont à des échanges sur la stratégie à être adoptée pour la prochaine rentrée parlementaire, que ce soit au niveau du Question Time ou encore des débats. En ce qui concerne la motion de censure, dont la prérogative revient au seul leader de l’opposition, l’on affirme que Paul Bérenger ne se prévaudra de cette arme parlementaire que s’il est convaincu de mener cette barque à bon port…