« L’obésité et le manque d’exercice physique sont des facteurs majeurs de risques du cancer du sein en sus d’être des facteurs de risque du diabète et des maladies cardio-vasculaires », a déclaré le Pr Clement Adebamowo, Consultant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’épidémiologie du cancer au département de santé publique de l’université du Maryland à Baltimore (États-Unis). C’était jeudi lors d’une conférence au Domaines Les Pailles.
« Le cancer du sein, dit-il, est une maladie de la civilisation moderne associée à une transition démographique. Maurice, note le Consultant, compte plus de personnes du middle age, ce qui signifie qu’il y a moins d’enfants et plus de vieux. Or, le cancer du sein s’observe davantage chez les femmes plus âgées. » Les causes hormonales sont également un facteur majeur. « Les femmes ont moins d’enfants et l’âge de leur première grossesse est tardive. Ce sont des causes hormonales endogènes du cancer du sein », explique l’épidémiologiste de l’OMS. Et d’affirmer : « Les policy makers auront à faire face à un nombre croissant de femmes ayant besoin de services médicaux pour la prise en charge du cancer du sein. »
Chaque décennie, dit le conférencier, l’indice de masse corporelle augmente et l’incidence croissante de l’obésité est un policy challenge pour le pays. À Maurice, 20 % des femmes âgées de 25 à 74 ans sont obèses et 34 % sont en surpoids. L’exposition des femmes aux hormones sexuelles endogènes sont une autre cause de l’augmentation du nombre de cancer du sein. 1 600 de nouveaux cas sont dépistés chaque année dans l’île, selon le National Cancer Registry. La puberté de plus en plus tôt, la ménopause tardive, une durée plus courte de l’allaitement maternel, les grossesses plus tard au lieu de 19-20 ans en moyenne autrefois et une fertilité peu élevée (1,9 à Maurice) sont des facteurs de risques. L’interférence de produits chimiques avec les tissus du corps sont susceptibles de provoquer un cancer. « Il existe 800 produits chimiques connus et suspectés d’interférer avec les récepteurs hormonaux. Seulement un petit nombre ont été étudiés jusqu’ici », note le Professeur. Autre facteurs cancérogène : les polluants organiques, les solvants et les biophénols.
Les services de Santé auront, dit-il, à mettre en place des guidelines pour les traitements, privilégier une prise en charge multidisciplinaire des patientes. « Le traitement des patients doit être discuté au sein d’un panel de professionnels de santé. Cela est beaucoup plus confortable pour le personnel soignant et plus bénéfique aux patients », dit-il. Le Pr Adebamowo note que l’une des évolutions majeures du traitement du cancer du sein est génétique et personnalisée. « Maurice, dit-il, est dans une position pour évoluer vers ce type de soins. » L’autre traitement qui doit être privilégié est le traitement hormonal après la chirurgie et la radiothérapie. Le Consultant de l’OMS note que chez les jeunes femmes, le cancer du sein a tendance à être plus agressif et a un mauvais pronostic. Il constate que la survie des Mauriciennes atteintes d’un cancer du sein est plus élevée malgré une prévalence élevée de ce type de cancer dans l’île. Ce n’est pas le cas, dit-il, d’autres pays africains qui comme le Soudan ou le Ghana ont la plus une faible incidence du cancer du sein sur le continent noir mais ont une mortalité très élevée.
Le Consultant de l’OMS se prononce pour un centre de soins centralisé du cancer. « C’est connu, dit-il, que les patients ont plus de complications dans les hôpitaux où peu de cas sont traités. » Il recommande également des spécialisations ou de super-spécialisations en oncologie et une formation médicale continue basée sur les avancées scientifiques modernes.