Des programmes les plus importants, dont le logement social, la distribution de matériel scolaire et le Training and Placement Programme de la National Empowerment Foundation, devraient connaître des réajustements en vue d’atteindre tous les bénéficiaires méritants. Ces changements, assure Pradeep Roopun, ministre de l’Intégration sociale et de l’Autonomisation économique, se feront dans la transparence, un mode qu’il se chargera d’appliquer. Il annonce également des mesures à venir pour répondre au problème des mauvais payeurs de La Valette, la création d’une Monitoring and Evaluation Unit, la mise en place d’une hotline à l’intention des bénéficiaires.
Avez-vous eu l’occasion de faire une évaluation des programmes implémentés par votre ministère depuis sa création ?
 Nous avons commencé par la distribution de matériel scolaire. Je me suis rendu compte à travers des contre-vérifications que bon nombre d’enfants que je considère éligibles ne sont pas sur la liste des bénéficiaires qui est de quelque 28 000. Nous avons dû faire un nouvel exercice pour apporter des rectifications. Par ailleurs, comment se fait-il que des enfants vulnérables pris en charge par des organisations non-gouvernementales ne bénéficient pas de matériel scolaire ? J’ai demandé à la National Empowerment Foundation de me soumettre non des explications mais des recommandations et un rapport complet pour que le prochain exercice ne connaisse pas les mêmes lacunes.
S’agissant des maisons sociales, je ne suis pas entièrement satisfait. Quels sont les critères pour la rénovation et l’attribution des différents types de maisons ? J’ai demandé la liste des bénéficiaires. Des réunions sont à venir car j’ai l’intention de m’attarder sur ce dossier. Aussi, je veux voir comment les programmes de formation peuvent fonctionner plus efficacement pour répondre aux besoins des personnes au plus bas de l’échelle. J’ai remarqué que le Training and Placement Programme est généralisé et non axé sur les bénéficiaires. Je dois voir comment rectifier cela.
Vous avez la mission de faire reculer la pauvreté. Quelle est votre vision de l’intégration sociale et de l’autonomisation économique ?
 Je considère qu’un des piliers de notre mandat auprès du peuple est le combat contre l’inégalité et la misère des gens. Dans cette optique, la mission qu’on m’a donnée est un véritable challenge. Pour y réussir, la collaboration de plusieurs ministères sera nécessaire, car la cause de la pauvreté est multiple et pour trouver des solutions durables, nous devons trouver une approche intégrée, laquelle j’ai remarqué manquait à ce ministère. J’ai eu une réunion avec l’Ombudsperson pour les enfants qui m’a confié qu’elle avait contacté plusieurs ministères mais n’a pas pensé à consulter l’Intégration sociale. Cela veut dire beaucoup ! Offrir un logement ou du matériel scolaire à un bénéficiaire ne signifie pas pour autant qu’il est sorti de la misère. Son autonomisation requiert plus de temps, parce que nous devons considérer des aspects multidimensionnels – économique, social, éducatif, le regard des autres, l’attitude du bénéficiaire – relatifs au processus d’empowerment. À lui seul, le ministère de l’Intégration sociale, qui est la voix des sans voix, ne pourra combattre la pauvreté. J’ai démarré un travail de coordination entre différents partenaires et ministères avec un intérêt particulier pour les enfants, les plus vulnérables des vulnérables. Par exemple, les enfants en situation d’échec scolaire et qui ne sont pas dans le circuit de l’école. Qui sont-ils ? Combien sont-ils ? Je suis en quête de données à ce sujet. Une fois ces détails en main, je réunirai les responsables des différents ministères pour voir comment les intégrer dans la société.
L’allocation du contrat par la NEF pour la fourniture de matériel scolaire s’est faite sans appel d’offres et fait l’objet de mécontentement auprès des distributeurs lésés et il y a une enquête par l’Independant Commission against Corruption. Comment vous y prendrez-vous pour garantir la transparence dans les procédures du genre ?
 Je vais admettre que je suis plus intéressé à voir comment je peux améliorer le système, le rendre plus transparent et voir l’avenir que m’attarder sur le passé. Si enquête il y a, qu’elle aboutisse pour nous aider à voir clair. Actuellement, avec la Sécurité sociale, nous travaillons sur l’enregistrement impératif de tous les bénéficiaires sur le Social Register. Jusque-là, cela n’a pas été le cas ! J’ai entendu pas mal de choses. Ceux qui ne sont pas enregistrés ne bénéficieront pas de matériel scolaire.
La transparence s’appliquera-t-elle aussi dans le cas de la distribution de matériel de construction pour les maisons CIS/CCIS ?
 La réorganisation de la NEF figure sur le discours présidentiel et il est évident que l’accountability sera revu et je compte en ce sens implémenter une Monitoring and Evaluation Unit. Celle-ci aura un regard sur ce qui se fait à la NEF et consultera les différents ministères pour combiner nos activités
Mais il se trouve qu’il y a un certain nombre de quincailleries qui opèrent théoriquement et sont censées pourvoir du matériel de construction.
 Des quincailleries fantômes ? J’ai eu vent de cette affaire et le premier qui m’en a parlé est le Chef Commissaire de Rodrigues. S’il y a lieu de revoir le fonctionnement du système, nous le ferons et je le redis, ce qui m’importe aujourd’hui, c’est comment faire pour qu’il y ait plus de transparence dans les exercices de distribution de matériel à l’avenir.
 Comment comptez-vous vous y prendre pour régler le problème des mauvais payeurs du village intégré de La Valette, alors que vos prédécesseurs n’ont pu y parvenir ?
 Je n’ai pas de solutions miracles et ce, même si je suis conscient de ce problème. J’ai eu une réunion avec la Mauritius Housing Coorporation car ces cas impliquent des arrérages. J’attends d’être en présence des profils de tous les bénéficiaires afin d’étudier leur cas individuellement. Entre-temps, j’ai demandé à la Mauritius Housing Coorporation d’envoyer des reminders aux concernés et là où il faudra agir de manière drastique, nous le ferons !
 Qu’entendez-vous par «drastique» ?
 Nous aurons recours au moyens légaux qui sont à notre disposition. Mais nous étudierons les cas respectivement, et ce, avec compassion selon les situations. Mais s’il s’avère qu’il y a des bénéficiaires qui peuvent payer et qui ne le font pas, nous sévirons.
 À ce jour, il n’y a qu’un field officer de la NEF qui intervient auprès de 200 familles de La Valette. Vous faites face à un manque de travailleurs sociaux
 Il manque des travailleurs sociaux sur le terrain. Il faudrait augmenter ce nombre. Augmenter ne veut pas pour autant dire recruter. Il n’en est pas nécessaire. Mais nous devons pouvoir harmoniser et faire la coordination de tous les travailleurs sociaux des différents ministères sur le terrain.
 Des ministères qui, eux-mêmes, ne disposent pas assez de field workers !
 Je sais ! Mais c’est là qu’intervient l’approche intégrée. La présence des agences gouvernementales à même le terrain devrait pouvoir nous servir à quelque chose.
 À quand la livraison des maisons de Gros Cailloux, un autre village intégré en devenir ?
 En décembre dernier, j’ai visité Gros Cailloux. J’ai demandé que les travaux pour le handing over se fassent le plus vite. Nous aurons à déterminer qui seront les bénéficiaires et surtout voir les modalités pour l’attribution des maisons et leur remboursement pour que le schéma de La Valette ne se répète pas. Le 23 prochain nous aurons une réunion pour faire un état des lieux.
 Y a-t-il un mécanisme visant à analyser les objectifs fixés dans le processus d’intégration économique et sociale de vos bénéficiaires et ce, afin que l’assistanat ne devienne un soutien permanent, voire vous donner un laps de temps pour atteindre ces objectifs ?
 Pouvez-vous présumer que nous pouvons empower everybody ? Le renforcement de la capacité économique d’une famille peut passer par l’éducation de son enfant. L’éducation à son tour est une garantie d’emploi et par ricochet empower la famille. La cause de la pauvreté étant multidimensionnelle, il n’est pas possible de mettre un time-frame spécifique pour les objectifs fixés. Certainement, il y a des cas qui peuvent être résolus en peu de temps et d’autres non ! Le fait de donner une maison, régler un problème légal peut suffire pour empower un bénéficiaire.
 Il existe encore de nombreux foyers pauvres qui n’ont pas accès à vos programmes.
 Je peux comprendre que ceux qui sont en situation de pauvreté ayant des problèmes personnels n’auront pas le temps de se renseigner. Ce qui explique la nécessité d’avoir plus de ressources humaines sur le terrain. Et en sus de cela, je pense introduire une hotline au ministère, ce qui préviendra toute lacune qui pourrait survenir à la NEF. Avec une hotline, nous saurons s’il y a des lacunes et nous pourrons intervenir et demander des comptes.
 À quand un impact assessment du Corporate Social Responsibility sur la pauvreté ? D’ailleurs, faudrait-il revoir la politique du concept ?
 Le CSR relève du ministère des Finances. En 2013, il y avait 20% des fonds CSR, représentant une somme de Rs 120 millions, que des compagnies n’ont pas cru bon investir dans le CSR Programme. Somme qui a été à la Mauritius Revenue Authority. C’est une somme que je voudrais bien utiliser. Je me suis adressé à différents partenaires du CSR pour qu’ils nous fassent des recommandations. J’attends des suggestions. Et dans l’optique de la réorganisation du ministère de l’Intégration sociale, j’ai demandé qu’il y ait un comptoir afin d’aider les compagnies à préparer leurs projets en fonction des guidelines du CSR.
Le board de la NEF constitué de nominés du PTr est toujours en place. Pour combien de temps ?
 Des ajustements vont venir.
 
 
 P.S. : Pradeep Roopun compte introduire une hotline à l’intention des personnes en situation de vulnérabilité sociale et économique.