Sa légitimité est désormais pleinement acquise. Pravind Jugnauth a remporté les élections même si c’est sur un vote minoritaire, 37% des voix, mais avec 42 députés au final. C’est incontestable. Et pratiquement seul. Parce que le Muvman Liberater, qui avait fait élire 7 députés en 2014, ne se retrouve plus qu’avec son seul leader comme membre élu aux élections de 2019. Et encore, il a peiné pour se glisser à la 3e place face à la néophyte Jenny Adebiro.
Il doit probablement son élection à un couper/trancher en faveur des candidats comme Patrick Belcourt de Lalians Lespwar. Ces “citoyens” dont certains plus poussés par leur ego et un sens de la mission quasi-messianique qu’autre chose doivent aujourd’hui se sentir très fiers de leur “exploit”. Ils sont d’ailleurs à mettre à la même enseigne que ces groupuscules de gauche qui ont appelé à voter contre Pravind Jugnauth et qui se sont finalement déguisés en agents du ramgoolamisme défaillant.
Si l’apport du ML a été nul, celui des anciens du MMM a été autrement plus significatif. Le retournement de veste n’a visiblement plus rien de répugnant pour les électeurs mauriciens. Si les Alan Ganoo et les Kavi Ramano ont confirmé qu’ils contrôlent toujours leurs baronnie du no 14 et du no 18, l’élection de Steve Obeegadoo à Curepipe/Midlands est autrement plus surprenante.
Il semble avoir, lui, bénéficié du vote MSM mais aussi du panachage du vote militant plus qu’ailleurs, où ce sont les mots d’ordre de ne pas voter bloc venant des milieux socio-religieux qui ont marché. Avec son propos sur “un vote pour le MMM est un vote pour Ramgoolam”, l’épouvantail désigné, il a dû provoquer quelques craintes et des réactions à la base.
Le résultat du 8 novembre confirme aussi que lorsqu’il y a à choisir, une partie de l’électorat du MMM, qui est prêt à céder aux sirènes des “réalités” mauriciennes, penche définitivement plus du côté du MSM que du PTr, surtout celui qui est incarné par Navin Ramgoolam.
Si tous les anciens du MMM qui se sont associés au MSM ont été élus, à l’exception de Françoise Labelle, aucun de leurs collègues du Mouvement Patriotique qui ont choisi le PTr n’a recueilli les suffrages de la population. Jean-Claude Barbier est renvoyé du No 1 et n’est pas repêché en tant que best loser comme en 2014. Pradeep Jeeha, qui évoquait les 120,000 votes des petits planteurs acquis, est balayé au no 4, tandis que  l’ancien colistier de Navin Ramgoolam au no 5, Atma Bumma, réalise une piètre performance au no 8.
En croyant que le PTr offrait plus de perspectives de se retrouver à l’Hôtel du gouvernement, alors même que l’expérience de 2014 avait clairement indiqué le contraire, les candidats du groupe Barbier ont fait une mauvaise lecture de la situation.
Si Pravind Jugnauth est le grand gagnant des dernières élections, le grand perdant est, lui, Navin Ramgoolam. Il est battu une deuxième fois dans deux circonscriptions différentes alors qu’il s’était présenté comme le principal challenger du Premier ministre sortant, Pravind Jugnauth.
Et au lieu de se montrer paranoïaque et voir des complots partout pour lui nuire, il devrait se pencher sur ses propres dérapages, son attitude autoritaire, ses propos déplacés et ses choix de candidats. Dans certaines circonscriptions, les activistes ne comprenaient absolument pas les choix imposés, à la dernière minute, comme ceux de Norbert Marcel, un parfait inconnu, à Beau-Bassin, trois semaines avant le scrutin.
Et ce n’est qu’un exemple des choix qui ont laissé plutôt perplexe la base rouge. Embarquer le PMSD ne s’est pas, non plus, avéré aussi mobilisateur que cela pouvait paraître. Il est clair que Xavier Duval qui, de Premier ministre adjoint à leader de l’opposition, a cru pouvoir s’imposer comme un élément incontournable, a dû rapidement redescendre sur terre et se rappeler au bon souvenir de la partielle de décembre 2017.
Le MMM, lui, qui a respecté son engagement de se présenter seul aux élections et qui a choisi de mener une campagne atypique, sans dérapage, sans étalage de moyens, sans distribution de roupies sonnantes et trébuchantes, sans faire appel aux plus bas instincts de l’électorat, a réalisé une performance visiblement en deçà de ses attentes. Surtout dans ces circonscriptions qui, jadis, étaient considérées comme ses bastions, le 1, le 4, le I4 et le 17. Sans viser la majorité des sièges, ce qui était une utopie, il s’attendait, néanmoins, à une meilleure performance pour pouvoir peser sur la suite du débat politique. L’électorat qui aime le pouvoir en a décidé autrement.
Son projet n’est manifestement pas encore en phase avec les attentes de l’électorat mauricien. Cela, il faut l’admettre. Ses anciens cadres l’ont compris, d’où leur désir d’aventure ailleurs pour être plus proches du centre du pouvoir, du pouvoir. Lorsqu’il n’y a plus d’idéologie, lorsque l’intégrité ne compte plus que pour des prunes ou des discussions de salon, lorsque c’est “nou bann” qui compte, lorsque ceux que l’on sollicite sur le terrain n’ont plus que la question “be ki pou gagné ar zot?” et que votre adversaire est capable d’accorder des fortunes pour s’acheter des voix, il y a une réflexion urgente à engager.
Retourner aux sources et essayer de former les gens à la citoyenneté responsable, à l’impartialité de l’État, à la méritocratie et à la justice pour tous, quelle que soit son origine, est peut-être la voie à emprunter. Si tant est que ce discours passe auprès des plus jeunes qui, on l’a vu, sont plus gourmands, plus pressés, plus intéressés. Neuf députés pour un parcours en solo, c’est pas trop mal, diront les plus optimistes, mais il va falloir assez vite décider de ce que sera l’avenir.
Ce que nous écrivions le 20 octobre ici même est toujours d’actualité. “Le pari du MMM est audacieux et même peut-être un peu fou, mais il a le mérite d’être courageux, digne et honorable. Jusqu’à maintenant, c’est sérieux, c’est propre, c’est décent et c’est respectueux de l’électorat. Sa reconstruction, voire sa refondation, est probablement en marche et elle ne devrait pas s’arrêter avec cette élection.”  À charge pour les mauves de construire sur les bases qu’ils ont posées au scrutin de 2019.