À l’occasion des trois ans du gouvernement de Lalians Lepep, Scope dresse un parallèle entre deux nations, dans un duel qui met Pravind face à Donald.

Le rêve américain s’éclipse, il vire au cauchemar sous l’emprise de Donald Trump. Le paradis mauricien disparaît, il s’érode sous la dynastie politique. Les deux démocraties croulent sous un déluge de scandales reliés à l’exécutif. Et des décombres émerge une structure au terme méconnu : une kakistocratie.

Depuis l’élection de Donald Trump aux États-Unis, le terme kakistocratie a été vulgarisé. Sa signification : “Gouvernement par des personnes considérées comme particulièrement médiocres.” Un reflet de Trump et de sa présidence jalonnée de scandales. Et quand Merikin kas so lerin, Maurice le rejoint sur la piste. Dans cette danse désarticulée défile un lot de controverses politiques. Une polémique vient en effacer une autre, reléguant certaines aux oubliettes.

Depuis décembre 2014, trois ministres (Raj Dayal, Ravi Yerrigadoo et Showkutally Soodhun) et un PPS (Kalyan Tarolah) ont été forcés à la démission. Un autre ministre (Roshi Bhadain) a abandonné son siège et a provoqué une élection partielle. Le Grand Argentier (Vishnu Lutchmeenaraidoo) a été rétrogradé aux Affaires étrangères.

Le gouvernement a dû subir un important remaniement suite au désistement du PMSD. “L’île Maurice dans l’impasse politique après la démission de plusieurs ministres”, titrait en 2016 Jeune Afrique.

L’administration Trump connaît une pluie de départs de personnes occupant des fonctions-clés. Reince Priebus a été renvoyé en juillet comme Chief of Staff, un des postes les plus élevés de la Maison Blanche. Un mois plus tard, c’était au tour du très controversé Steve Bannon d’être remercié comme Chief Strategist.

Audrey Jourdan

Le rejet des prédécesseurs.

Le Health and Human Services Secretary, Tom Price, a été poussé à la porte en septembre. Il avait voyagé en jet privé aux dépens du contribuable américain pour des déplacements personnels qui ont coûté plus d’un million de dollars. Showkutally Soodhun, l’ancien vice-Premier ministre, n’a pas été inquiété après être rentré en jet privé d’Arabie Saoudite. À l’Assemblée nationale, le leader de l’Opposition a voulu savoir qui avait déboursé la somme de Rs 3,6 millions pour les frais d’affrètement de l’avion. Aucune réponse du Premier ministre…

Le gouvernement Lepep s’évertue à s’opposer à tout ce qui représente l’ancien régime. En atteste son rejet du permis à points. Trump se comporte de la même manière. Le 1er juin, il s’est retiré partiellement de l’accord de Paris sur le climat, défendu par Barack Obama. Le changement climatique pour le président des États-Unis, c’est “un concept inventé par les Chinois”.

Au grand dam des moins fortunés, l’administration Trump détricote l’Obamacare. Une mesure qui a permis à 20 millions d’Américains de bénéficier d’une couverture maladie. En tant que ministre de la Santé, Anil Gayan avait mis fin à l’accès à la méthadone pour les nouveaux patients souffrant de dépendance aux drogues dures. Raison évoquée lors d’un rassemblement : ces patients avaient voté pour Rajesh Bhagwan, un adversaire politique. Face à la levée de boucliers, Gayan avait précipitamment introduit la Naltrexone et le Subroxone, qui avaient été choisis “après mes recherches sur Google”, s’en était-il vanté. Accédant à la Santé, le Dr Anwar Husnoo a réinstauré la méthadone. Le coup de tête de Gayan a été dévastateur : les crimes liés aux drogues ont considérablement augmenté.

Politique archaïque.

Le président des USA, lui, ne flanche pas et continue à nourrir la droite qui l’a mené au pouvoir. “Trump parle et pense comme ses électeurs. Cela le rend bien plus redoutable”, observe Jean-Eric Branaa, spécialiste des questions relatives aux États-Unis. L’érection d’un mur à la frontière du Mexique“pour protéger l’Amérique des violeurs et des drogués” s’inscrit dans cette mouvance. Une utopie à USD 25 milliards pour le contribuable américain.

Le Best Loser System et l’obligation de déclarer son appartenance ethnique servent aussi à ériger des murs entre les communautés. Showkutally Soodhun a fait les frais de cette politique archaïque. Ne sachant pas qu’il était enregistré, l’ancien ministre du Logement a déclaré qu’il ne pourvoira pas de maison NHDC à “X communauté”, car “zot pou amenn prostitision” et “ladrog”. Cette affaire a conduit à sa démission, après des critiques venant de toutes parts. Au grand regret du deuxième dans la hiérarchie gouvernementale, Ivan Collendavelloo, qui n’a fait qu’aboyer rageusement contre celui qui avait enregistré le ministre Soodhun.

En janvier, Trump avait émis un décret temporaire interdisant aux ressortissants de sept pays majoritairement musulmans d’entrer aux États-Unis. Le juge James Robart l’a toutefois abrogé en février. “L’opinion de ce soi-disant juge (…) est ridicule et sera annulée”, avait tweeté un Trump furieux.

S’élever contre les institutions indépendantes, Trump en a l’habitude. Début mai, il a renvoyé le directeur du FBI James Comey, qui avait ordonné une enquête approfondie sur les relations entre la Russie et son entourage. Le président pourrait être forcé à la démission si ses connivences russes s’avèrent.

Au-dessus des lois.

Deux Attorney General traînent entre-temps Trump en justice. Non pas parce qu’il refuse de déclarer ses impôts. Mais ils accusent le président américain d’avoir, à travers ses compagnies, accepté des paiements de gouvernements étrangers. Une violation de l’Article I, Section 9 de la Constitution, qui interdit aux officiels du gouvernement de recevoir des paiements de pays étrangers pour éviter d’être corrompus.

Pravind Jugnauth a une épée de Damoclès sur sa tête avec l’affaire MedPoint. Grand Argentier en 2010, il avait accepté que l’État acquière MedPoint pour la somme surévaluée de Rs 144 millions. Sa sœur, Shalini Devi Jugnauth Malhotra, comptait des parts dans cette clinique privée de son époux. Ce qui s’apparente à un conflit d’intérêts.

“L’exécutif détient une majorité et peut modifier à tout moment la Constitution”, avertit le juriste Milan Meetarbhan, dans une interview au Mauricien. Le 27 février 2015, le conseil des ministres a décidé d’inclure sous la tutelle de l’Attorney General le bureau du DPP. Ce dernier dispose des pouvoirs pour contester l’acquittement de Pravind Jugnauth dans l’affaire MedPoint. Selon l’article 72 (6) de la Constitution, le DPP ne peut être sujet à aucune direction ou contrôle. L’affaire a été portée en cour suprême et la décision du conseil des ministres a été gelée. En décembre 2016, le gouvernement a voulu à nouveau amender la Constitution pour adopter une Prosecution Commission, destinée à contrer les jugements du DPP. Mais ses desseins ont échoué.

Monarchie et diatribes. 

Malgré les lois, la politique constitue une affaire de famille. À la Maison Blanche, Trump s’est entouré de sa fille Ivanka et de l’époux de celle-ci, Jared Kushner. Ce dernier a été propulsé Senior Advisor, installé dans le local très convoité à proximité du bureau ovale.

Anerood Jugnauth a légué à son fils Pravind le siège de Premier ministre. Il a ensuite inventé et endossé le titre de “ministre mentor” (sorte de super-conseiller), en s’appropriant le ministère de la Défense et celui de Rodrigues. Dans cette île en octobre, Anerood Jugnauth a été exposé aux réclamations de la population, victime d’un grave manque d’eau. Il a rétorqué : “Mo’nn vinn isi pou fourni dilo mwa? Taler mo bizin vinn bengn zot osi !”.

Trump préfère régler ses comptes sur Tweeter, la base navale depuis laquelle il bombarde ses adversaires à travers le monde. Il a taxé de “Little Rocket Man” le leader suprême de la Corée du Nord, Kim Jong Un. Ce qui n’arrange en rien les menaces de guerres nucléaires. Las, un employé de Tweeter avait désactivé pour onze minutes le compte du président des États-Unis.

Une autre de ses cibles : les médias dits traditionnels, porteurs, selon Trump, de fake news. Son dédain, il l’a exprimé dans une vidéo de lui tabassant un homme au visage recouvert du logo de CNN. Avec mépris lors d’un discours, Ravi Rutnah, Deputy Chief Whip, a déclaré à l’égard d’une journaliste qu’elle ne vaut pas une “femel lisien”.

Show télévisuel.

Hormis des injures, Trump se plaisait à balancer des “You’re Fired” dans sa téléréalité The Apprentice pour éliminer des candidats. À Maurice sont diffusées en direct les séances parlementaires mettant en scène les politiciens. Un show hebdomadaire réputé pour les “I order you out”stridents de la Speaker Maya Hanoomanjee, lancés afin d’expulser des députés de l’hémicycle. Usant de techniques soviétiques, les parlementaires détournent volontiers les débats sur les écarts de leurs adversaires. Les délibérations dans l’enceinte de l’Assemblée nationale vacillent dès lors qu’entrent les Soornack du PTr, les Lysol du MMM, les Sun Trust du MSM.

Une stratégie similaire est prônée par l’administration Trump, sous la férule de la conseillère Kellyanne Conway. “You say that I did “that”, but what about the time when you did “this”?”, rétorque-t-elle aux questions embarrassantes. Dans Les Simpsons, elle est comparée à Joseph Goebbels, ministre de la propagande sous Hitler.

La MBC est utilisée à outrance par le régime au pouvoir. Placée sous le joug de Dan Callikan à l’ère Ramgoolam, elle a ensuite été sous l’emprise de Roshi Bhadain. Ses journalistes pétitionnent désormais en vue de bénéficier de plus d’indépendance.

Les péchés capitaux.

Pour la presse libre, Trump est l’une des pires catastrophes qu’aura connues l’Amérique. “Trump a la colère d’Andrew Jackson, l’intolérance de Millard Fillmore, l’incompétence et la malveillance de James Buchanan, l’autoglorification de Theodore Roosevelt, la paranoïa et le mépris de droit de Richard Nixon, l’absence de retenue et la malhonnêteté de Bill Clinton”, commente le professeur Jack Goldsmith dans The Atlantic. Maurice souffre de maux semblables, partagés entre différents politiciens.

Les exemples ne manquent pas : l’arrogance de Roshi Bhadain, qui insulte la mère d’un député à la radio; l’avarice de Vishnu Lutchmeenaraidoo qui, comme ministre des Finances, contracte un emprunt auprès de la banque d’État pour miser sur l’or; la passivité de Pravind Jugnauth, incapable de sévir dans l’immédiat là où il y a dérapage des siens; la colère d’Anerood Jugnauth face à ceux qui l’interrogent. Sans oublier la luxure de Navin Ramgoolam, partagé entre sa femme Veena et la mère de son enfant, Nandanee Soornack. Ou encore l’envie de Paul Bérenger, prêt à tout pour devenir Premier ministre, quitte à s’allier à ses adversaires. Et n’oublions pas la sournoiserie de Xavier-Luc Duval qui, tel Gríma Wormtongue dans Le Seigneur des Anneaux, s’associe aux partis en force avant de leur planter un couteau dans le dos après un déclin de popularité.

Révolte. 

Aussi bien dans les 21 circonscriptions de Maurice que les 50 États des États-Unis, l’indignation accumulée du peuple forme une nouvelle vague de mouvements. La révolte se traduit désormais sur le terrain. À l’image des joueurs de NFL, qui s’agenouillent lors de l’hymne national pour protester contre la politique en cours. Ou quand des familles se réunissent à Pomponette pour lutter contre la privatisation des plages.

La révolte est aussi institutionnelle. Le DPP a demandé que l’acquittement de Pravind Jugnauth dans l’affaire MedPoint soit reconsidéré par le Privy Council. En parallèle, il a logé 23 charges contre Navin Ramgoolam sous la FIAMLA. L’ancien Premier ministre est accusé d’avoir accepté des paiements supérieurs à Rs 500,000, après que Rs 220 millions ont été saisies à son domicile.

Quant à Trump, le FBI poursuit son enquête sur les connivences russes avec un nouveau souffle. Le Congrès en a aussi ouvert une. Un procureur spécial a été nommé pour ce dossier : Robert Mueller, ancien directeur du FBI. De plus, après l’affront à l’accord de Paris, les gouverneurs de Californie, de New York et de Washington, ainsi qu’une dizaine de maires ont décrété une alliance pour le climat. Ils poursuivent les objectifs établis par l’accord universel.

La démocratie telle que nous la connaissons semble avoir atteint ses limites. À force de modeler la Constitution et les lois à leur profit, les politiciens l’ont transformée en une kakistocratie. Le dernier exemple étant la réforme de la taxe promise par Trump et votée le 2 décembre. Une structure qui bénéficie à l’élite riche, aux dépens de la majorité, beaucoup moins aisée.

Mais comme toute ère, celle-ci a une fin. L’orée de la révolte se profile…