Le rapport de la Commission Manraj sur les anomalies des recommandations salariales du Pay Research Bureau (PRB) est au centre d’une controverse dans le secteur public. Les manoeuvres attribuées au ministère des Finances en vue d’apporter des changements aux recommandations initiales de Dev Manraj irritent déjà la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP) au point où la question de qui du rapport du Committee on Errors and Anomalies sur le rapport du PRB de 2013 ou de la révision préconisée par le secrétaire financier, Ali Mansoor, sera adopté par le Conseil des ministres probablement vendredi prochain. Le coût des recommandations Manraj est estimé à Rs 900 millions.
En fin de semaine, les commentaires sibyllins du Premier ministre, Navin Ramgoolam, à l’effet qu' »il y a encore deux ou trois éléments à revoir dans le rapport (sur les anomalies) », laissent la porte à des spéculations quant au sort qui pourra être réservé au rapport Manraj. Entre-temps, le président de la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP), Rashid Imrith, a lancé un ultimatum au gouvernement lui demandant de publier le rapport original de Dev Manraj au plus tard jeudi prochain en brandissant une menace de grève de la faim.
La dernière tentative d’adopter le rapport Manraj par le Conseil des ministres avait échoué le vendredi 3 mai en raison du dramatique accident de la route à Sorèze avec dix morts. Le ministère des Finances, qui ne se sentait nullement à l’aise avec les recommandations en vue de corriger les anomalies du PRB de 2012, a sauté sur l’occasion de ce nouveau renvoi. Il a mis à exécution son plan de contestation du rapport commandité par le gouvernement suite à un engagement pris par le Premier ministre avec les syndicalistes concernés le 26 octobre de l’année dernière.
Le principal point en litige porte sur la date de la mise à exécution du rapport sur les anomalies du PRB. Le ministère des Finances, qui a obtenu que le règlement des arriérés de salaires soit payé à partir de la fin de janvier de l’année dernière, maintient la pression pour imposer d’autres modifications, dont la date de la mise à exécution du rapport sur les anomalies du PRB.
La position du ministère des Finances est que le rapport Manraj, ou encore ce qui reste de ces recommandations, devra entrer en vigueur à partir du 1er juillet 2013 au lieu du 1er janvier de cette année. Il est difficile de dire si ceux qui soutiennent que la correction des anomalies salariales ne peuvent être effectives avec un décalage de six mois seront en mesure de faire prévaloir leur point de vue face aux arguments élaboré par les Finances.
Une autre exigence que veut imposer le ministère des Finances est — comme il a été le cas en janvier dernier — que les fonctionnaires et les employés des corps para-étatiques ne devront pas bénéficier du paiement de la compensation salariale face à l’érosion du pouvoir d’achat à partir de janvier de l’année prochaine. Cette proposition risque de soulever un véritable tollé au sein du mouvement syndical dans le secteur public. Le principe des Increments annuels dans le service Civil est également menacé dans la conjoncture.
Face à ces manoeuvres du côté du ministère des Finances, le président de la FSSP, Rashid Imrith, a écrit officiellement en fin de semaine au vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, pour réclamer des précisions. Il demande au Grand Argentier une série de confirmations, parmi lesquelles
si les officiers du ministère des Finances sont déjà en présence d’une copie du rapport Manraj, qui n’a pas encore été présenté au Conseil des ministres ;
si c’est vrai que le ministère des Finances envisage d’apporter des modifications majeures au rapport Manraj, soit par rapport à la date de l’entrée en vigueur au 1er juillet au lieu du 1er janvier 2013,   l’élimination de la compensation salariale aux fonctionnaires et au paiement des Increments annuels.
« It has also inferred to the Federation that Dev Manraj, Chairperson of the EOAC has been pestered after the submission of his report by officers of your ministry with a view to bringing important changes in the recommendations of the report. This is also a first time in the history of the Civil Service », déclare Rashid Imrith.
Dans une autre correspondance adressée au Premier ministre, Rashid Imrith fait état d’une réunion, jeudi après-midi, entre le secrétaire financier, Ali Mansoor, avec, à ses côtés, son adjoint, Patrick Ip, et Dev Manraj. « The Federation strongly fears that the ministry of Finance is bringing drastic changes to the original  report of the Committee on Errors, Omissions and Anomalies arising out of the PRB report », note-t-il.
Poursuivant son analyse de la situation, le président de la FSSP trouve que la démarche du ministère des Finances constitue une usurpation des prérogatives du Premier ministre, qui a institué le comité sur les anomalies. « The alleged unprecedented behaviour of your ministry and its officers is an outrageous defiance of the status of the Prime Minister as the head of government and a worst form of violation of an employment agreement between the Prime Minister as head of government and trade union representatives of employees of the public sector as a whole », soutient le syndicaliste, qui ajoute que tout silence du coté de Xavier-Luc Duval dans la conjoncture peut être interprété comme « your (auto) promotion as super Prime Minister above the Prime Minister ».
En tout cas, les jours menant à la publication par le gouvernement soit du rapport Manraj sur les anomalies, soit de la révision des recommandations à l’initiative du ministère des Finances s’annoncent littéralement bien chauds…