Le compte à rebours pour la publication du rapport du Pay Research Bureau (PRB) pour le secteur public a été enclenché. A partir de mardi, le personnel du PRB sera appelé à faire des heures supplémentaires en semaine et même le week-end en vue de soumettre offi ciellement le rapport le 31 mars prochain au plus tard. Même si, à ce jour, très peu d’indications ont transpiré quant à l’enveloppe fi nancière qui sera accordée par le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, pour la mise à exécution des recommandations, l’équipe du PRB, menée par le nouveau directeur, Jaivassen Curpen-Naick, se dit confi ante de pouvoir être fi dèle au rendez-vous du 31 mars avec la mise en application du rapport à partir du 1er janvier dernier. Toutefois, dans les rangs du secteur public et parmi les syndicalistes, hormis la question de la révision salariale, deux autres dossiers délicats suscitent des appréhensions. Aux interrogations concernant l’âge de la retraite est venue se greffer une éventuelle introduction d’un Medical Scheme contributif dans le secteur public.
Tirant la sonnette d’alarme au sujet de ce projet de Medical Scheme pour fonctionnaires et employés des corps paraétatiques, le président de la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP), Rashid Imrith, a pris au mot le ministre de la Fonction publique, Alain Wong. Ce dernier a récemment soutenu qu’il n’est pas question que le gouvernement s’engage dans des dépenses supplémentaires pour le financement de ce projet, qui pourrait faire partie des recommandations du PRB. « Le décodage de cette déclaration du ministre Wong n’est autre que le Medical Scheme envisagé sera à 100% contributif à la charge des fonctionnaires. Ce sera une charge supplémentaire pour les employés du secteur public avec un début du démantèlement du Welfare State. Un cadeau empoisonné. Avec ce Medical Scheme, les fonctionnaires se feront soigner dans le privé », s’insurge Rashid Imrith.
Le président de la FSSP dénonce l’absence de consultations des autorités avec les différents Stakeholders d’autant qu’un projet de cette envergure devrait affecter entre 250 000 et 300 000 Mauriciens, soit des employés du secteur public et des membres de leurs familles. « Avant d’entériner une telle décision, y a-t-il eu une étude en vue de déterminer le montant des contributions pour cette assurance maladie dans la fonction publique et les corps para-étatiques, ou encore en vue d’identifi er la compagnie d’assurance qui pourrait offrir the Best Service At the Least Cost ? Ce choix se fera-t-il par voie d’appel d’offres ou autre ? Autant de questions qui demandent à être éclaircies avant que ce projet de Medical Scheme contributif ne soit imposé dans le prochain du PRB », poursuit Rashid Imrith, qui lance un appel à la vigilance des employés du secteur public.
Un autre sujet qui passionne le secteur public à la veille de la publication du rapport du PRB est l’âge de la retraite. A ce chapitre, les avis sont partagés. Le président de la Fédération des Syndicats du Service Civil, Narendranat Gopee, est en faveur d’un abaissement de l’âge de la retraite qui obligatoirement passera à 65 ans à partir de 2018. « Nous nous attendons à ce que l’âge de la retraite soit ramené à 60 ou 62 ans avec une option de travailler jusqu’à 65 ans », soutient le président de la FSSC.
Un alignement intégral des salaires
Ce point de vue est soutenu par Ram Nowzadick, président de la Nursing Association en raison de la spécifi cité des responsabilités des employés du secteur para-médical. « Nous estimons que l’âge de la retraite devrait être revu à 62 ans et le métier d’infi rmier nécessitant de la précision et de l’acuité, il sera diffi cile d’exercer et de perform jusqu’à 65 ans », laisse-t-il entendre.
Le président de la FSSP prône le statu quo jusqu’en 2018 dans le débat sur l’âge de la retraite à 65 ans. « Depuis le rapport de 2008, il y a un plan de dix ans pour faire passer l’âge de la retraite graduellement de 60 à 65 ans. Le mieux, c’est de ne pas précipiter les choses avec la possibilité de partir à la retraite entre 55 et 65 ans. Il y a encore le fait, aujourd’hui, que les fonctionnaires n’intègrent plus le service à 20 ans comme autrefois, mais des fois au-delà de 30 ans. Ces implications demandent à être étudiées avant toute décision », déclare Rashid Imrith.
Dans le camp des employés des corps para-étatiques, de gros espoirs sont fondés sur un alignement intégral des salaires et des conditions de service. Du moins, c’est ce que fait comprendre Deepak Benydin, président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions (FPBOU), qui souhaite voir la concrétisation d’un salaire minimal de Rs 16 000 par mois. « Toutefois, notre plus grande attente demeure que nous souhaitons un alignement intégral avec le service public. Jusqu’ici, nous avons l’impression qu’il y a une politique de deux poid, deux mesures, alors que les qualifi cations sont les mêmes. Bien qu’il y ait un Desk pour les problèmes des corps para-étatiques, nous souhaitons avoir les mêmes privilèges que les fonctionnaires de l’Etat, qui, eux se tournent vers le ministère du Service civil », dit-il.
Le président de la FPBOU regrette également l’absence d’un représentant des syndicats des corps para-étatiques sur le conseil du Civil Service College en vue de faciliter la formation et souhaite voir la mise sur pied d’une ParaStatal Bodies Service Commission pour assurer la coordination au niveau du recrutement, de la promotion, des mesures disciplinaires.
A l’approche de l’échéance de la publication du prochain rapport du PRB, les syndicalistes du secteur public s’inquiètent des pressions de dernière minute du Management imposant des mesures. « Nous pensons qu’à ce stade, le PRB doit fermer ses portes à toutes représentations tardives du Management. Nous faisons un appel au PRB et au Secretary to Cabinet pour que tel ne soit pas le cas à cause des bouleversements sur le calendrier de travail. Nous ne pouvons également que regretter l’opacité pratiquée par le gouvernement sur des questions fondamentales », déclare Rashid Imrith, qui exprime le souhait que le prochain rapport du PRB dote le secteur public d’outils nécessaires pour un Re-Engineering complet et surtout une refonte de la Public Service Commission et du ministère de la Fonction publique.
De son côté, le président de la FSSC proteste de manière énergique contre l’attitude du PRB. « Jusqu’ici, nous n’avons pas été convoqués par le PRB. Selon nos informations, ils sont toujours à consulter le Management. Nous en avons fait part au PRB et avons appris que les négociations étaient fermées. Nous ne comprenons pas pourquoi le protocole établi n’a pas été respecté. Il est important que la Fédération puisse soumettre ses propositions, car le PRB a un impact direct sur les conditions d’emploi », ajoute-t-il.