Le prélèvement de tissus et d’organes humains suscite nombre de questions, notamment éthiques, religieuses, juridiques sans compter les risques de commerce illicite. Mais, au-delà de toutes ces questions, la transplantation d’organes peut aussi mettre fin aux souffrances d’un patient, l’aider à vivre plus longtemps et mieux, comme l’a fait ressortir le Dr Raj Purgus, néphrologue à Marseille. C’était hier, lors d’un colloque organisé par le ministère de la Santé, à Quatre-Bornes. Le ministre Anil Gayan s’est pour sa part demandé « si l’on doit faire la différence entre le don de sang, qui est bien accepté par la société, et don d’organes ». De son côté, le Dr Reshad Noordally, néphrologue à La Réunion, a mis en avant un fait : « La dialyse ne pourra jamais remplacer un rein. La transplantation, elle, vous redonne votre liberté. » Pour rappel, la Human Tissue Removal, Preservation and Transplant Act, votée en 2006 et amendée en 2010, n’est pas encore en vigueur.
En entamant son discours hier, dont il avait choisi pour thème La Vie après la mort, le ministre de la Santé a précisé qu’aucune décision ne serait prise au terme du colloque mais qu’il était de son souhait de débattre du sujet en toute confiance et franchise. Il a invité à des discussions « sans passion et sans préjugés ». « Nous étudierons toutes les options et nous viendrons avec des projets de réforme à la loi éventuellement après consultations ». Anil Gayan a estimé que le colloque est d’une importance capitale pour ceux qui souffrent et « qui auraient pu mettre fin à leur souffrance si seulement il y avait une banque d’organes humains ». Il a rappelé que le don d’organes est une pratique très courante tant en Asie qu’en Europe. « Le don de reins et du foie se fait régulièrement. En Inde également le don d’organes prend un envol spectaculaire. Récemment, les organes d’une personne qui est morte dans un accident de circulation dans une ville ont été transportés par avion à une autre ville pour sauver la vie d’un patient. Le 24 juillet 2015, Neelakant Sharma, âgé de 46 ans, était dans un état de mort encéphalique. Sa famille a accepté de faire don de son coeur. La personne qui devait recevoir le coeur était à des centaines de kilomètres et il fallait, selon les médecins, respecter le délai de 4 heures pour que l’opération de transplantation soit un succès. Une ambulance aérienne a fait le déplacement et le coeur de la personne décédée bat aujourd’hui dans le corps d’une autre personne. Donner la vie après la mort, c’est le sujet de notre colloque », a déclaré Anil Gayan.
Le ministre a soulevé la question qui fait débat : « Est-ce que le cadavre peut être utile comme source d’organes pour sauver des vies ou améliorer la qualité de vie de certains patients ? » Il a reconnu que tout cela suscite des questions éthiques, religieuses, juridiques, sans compter les risques de commerce illicite et « des crimes médicaux ». Mais, selon lui, si l’on ne se pose pas de question en ce qu’il s’agit du don de sang, « on ne se demande pas si c’est d’une personne d’une autre religion, les religieux encouragent même cela, est-ce qu’on peut faire la différence entre le sang et les organes ? »
Après avoir énuméré les principes rattachés à la transplantation d’organes par l’OMS, et que notre loi a incorporés dans la mesure du possible, Anil Gayan a ajouté que « la qualité de la vie de patients peut être grandement améliorée si nous arrivons, après ce colloque, à dégager une politique de don et de transplantation d’organes ». Il a d’autre part parlé de la possibilité de la coopération régionale « parce que les organes ne peuvent être gardés longtemps et il faut privilégier un transport aérien efficace entre La Réunion et Maurice pour qu’une transplantation se fasse dans les meilleures conditions ». Et de conclure que « nous ne saurons jamais quelle est la solution idéale mais ne rien faire n’est plus une option ».
Le Dr Raj Purgus, néphrologue de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, avait pour sa part choisi d’intituler son exposé « One chance, one life ». Il a estimé bon de partager les réactions de patients ayant subi une transplantation. « Une des réponses est souvent celle-ci : “J’ai eu ma chance. J’ai une nouvelle vie” ». Pour le médecin, « une telle réaction est très touchante à entendre après une transplantation réussie ».
La transplantation moins coûteuse que la dialyse
Pour argumenter le fait que la transplantation sauve des vies, le néphrologue a démontré que « depuis 65 ans qu’on fait des dialyses et malgré les progrès réalisés, les résultats sont très pauvres. La durée de vie est toujours très courte. Il y a toujours 15 % de mortalité ». Pour le médecin, il importe de combattre ce fort taux de mortalité. « Nous devons trouver des stratégies. Plus de 25 % de ceux souffrant d’une maladie rénale ne le savent pas. C’est pour cela que nous devons mettre en place des moyens de dépistage ». Le Dr Purgus est catégorique : la transplantation aide à la survie et augmente la durée de vie. « Pour vivre plus longtemps et mieux, il faut avoir recours à la transplantation. Nous devons agrandir la banque de donneurs ». Par ailleurs, elle est moins coûteuse qu’une dialyse. « Une transplantation en France coûte pareil qu’un traitement de dialyse la première année, soit Rs 200 000. La deuxième année, alors que la dialyse coûte toujours Rs 200 000, la greffe coûte Rs 50 000 ».
Parmi les patients avec une maladie rénale chronique, 75 % sont sous dialyse. Et parmi ces derniers, « seuls 25 % subissent une transplantation ».
Il existe deux types de donneurs d’organes : les donneurs vivants et les donneurs décédés. Mais, indique le Dr Purgus, la World Health Assembly a recommandé de ne pas avoir recours aux donneurs vivants. S’agissant des donneurs décédés, poursuit le Dr Purgus, ce sont souvent des personnes de moins de 65 ans qui sont mortes dans un accident, qui ont eu une crise cardiaque ou qui sont dans le coma de manière irréversible mais dont les organes fonctionnent encore. Les proches doivent consentir à la donation. « L’Autriche et la France sont deux pays où les prélèvements de donneurs décédés sont très importants ». S’agissant des donneurs vivants, il y a une limite soit parce qu’il y a incompatibilité soit à cause des risques pour les donneurs eux-mêmes. « L’obsession est de garder le donneur en bonne santé le plus longtemps possible ». Mais, tout don d’organes « est un acte altruiste, pouvant être fait seulement avec le consentement des personnes concernées ». Dr Raj Purgus a appelé le gouvernement à mettre en place un programme national de don d’organes et de transplantation.
Le Dr Reshad Noordally devait pour sa part rappeler les fonctions d’un rein. « C’est un organe épurateur mais il régule aussi la tension artérielle ». Selon lui, quand on annonce à une personne qu’elle doit subir une dialyse, « la nouvelle est accueillie comme un tsunami. Toute votre vie bascule. Trois fois par semaine, vous devez vous rendre à l’hôpital. Comment faire pour travailler ? Le seul traitement qui vous permettra de retrouver votre liberté est une transplantation ». Et de poursuivre : « Nous connaissons la souffrance d’une personne qui sait qu’elle n’a d’autre choix que la dialyse. En revanche, nous connaissons le bonheur d’une personne à qui l’on dit : “Il y a un rein pour toi”. » Pour le Dr Noordally, également, « il n’y a pas d’autre solution que les donneurs d’organes ».