Dorine Bertin a été opérée en juin à l’hôpital Jeetoo après une rupture d’une grosseur (hémangiome) de 13 centimètres de diamètre au foie. Il s’agit là d’une première médicale à Maurice et du 34e cas dans le monde depuis 1898. Ce cas est extrêmement rare, a expliqué ce matin le Dr A.M.D. Joomun, chirurgien qui a effectué l’intervention d’une durée de 4 h 30. La patiente est une miraculée, la mortalité liée à cette pathologie étant élevée : trois malades sur quatre en meurent et 36 % des patients décèdent pendant l’opération. Seulement huit personnes dans le monde ont survécu à une rupture d’un hémangiome du foie.
Dorine Bertin, 40 ans et habitant Engrais Martial à Castel, se souviendra longtemps du jour de la fête des mères de cette année. Souffrant de violentes douleurs à l’abdomen et de nausées, elle s’est rendue à l’hôpital de Candos où le médecin a diagnostiqué une gastrite aiguë. Après une hospitalisation d’une semaine, des examens, un CT Scan et les douleurs continuant de plus belle, le praticien a référé la patiente à l’hôpital Jeetoo.
Prise en charge par l’équipe du Dr Joomun, chirurgien spécialisé du foie, Dorine Bertin subit un deuxième CT Scan à l’hôpital de Port-Louis. Le diagnostic est sans appel : une grosseur géante sur toute la moitié gauche du foie est dépistée ainsi qu’un saignement à l’intérieur. La décision de l’opérer est vite prise, cette pathologie étant fatale dans 75 % des cas. « Dans le passé il y avait 33 cas similaires dans le monde, la patiente mauricienne est le 34e », souligne le Dr Joomun. « C’est un cas extrêmement grave. La grosseur du foie avait éclaté. Nous avons décidé de procéder à un traitement conservateur. Le saignement du foie, après s’être arrêté spontanément, a recommencé et sa vie était menacée », explique le chirurgien.
L’hémangiome du foie est une pathologie congénitale caractérisée par une malformation des vaisseaux sanguins du foie. Relativement courant, il est commun chez 4 % de la population mondiale et ne nécessite pas d’intervention dans la majorité des cas. « L’hémangiome est dit géant quand le diamètre est de plus de quatre centimètres de diamètre. La complication la plus dramatique est une rupture spontanée qui est une urgence chirurgicale », précise le chirurgien.
La patiente a été opérée le 14 juin et est sortie des soins intensifs le 20 juin. La période postopératoire n’a pas connu de complications. Une vingtaine de membres de l’équipe médicale a surveillé son état 24 heures sur 24. Dorine Bertin, employée de check-in dans une firme privée, est depuis rentrée chez elle. « Je me sens bien », a-t-elle déclaré ce matin face à la presse. « J’ai eu peur lorsque le médecin m’a dit qu’il fallait enlever la moitié de mon foie. »
Dorine Bertin confie toutefois qu’elle a fait confiance au chirurgien. « Je lui ai demandé si je pouvais vivre avec la moitié de mon foie et il m’a dit oui. » Au Dr Joomun de préciser que le foie prend trois à quatre mois pour repousser. La patiente, ajoute-t-il, n’avait aucun antécédent médical, son pouls était normal avant l’opération.
Le chirurgien rappelle par ailleurs que le foie est l’organe qui nettoie le sang. « Sans foie une personne ne peut pas vivre », souligne le Dr Joomun. « Le foie est sensible au toucher et a une consistance un peu plus dure que celle du beurre et son saignement est la hantise du chirurgien », fait-t-il ressortir.
La patiente, en congé maladie pendant encore un mois, a recouvré aujourd’hui une fonction hépatique normale. Le premier cas d’hémangiome géant du foie dans le monde avait été détecté au cours d’une autopsie chez un patient décédé.