Combien de temps encore va-t-il se comporter comme un gamin en cour de récrée et répéter que c’est comme ça aujourd’hui parce, hier aussi, on a fait pareil. Cela finit par lasser, en effet, que d’entendre les ritournelles qui finissent souvent, en plus, par se révéler des autobuts. On ne sait pas si c’est par faute d’arguments valables ou si cela cache une certaine nervosité, mais on en a vraiment marre d’entendre Pravind Jugnauth dire que certaines choses se déroulent de telle manière aujourd’hui parce que Navin Ramgoolam en avait fait de même hier et parfois pire. Comme si les Mauriciens n’avaient pas déjà réglé son compte au leader du PTr.

Mardi dernier, à l’Assemblée nationale, l’exercice était encore plus pénible et il révélait en même temps comme une forme de faiblesse de la part de Pravind Jugnauth. Rajesh Bhagwan voulait, à juste titre, savoir ce qu’il était advenu des Fact Finding Committees sur les cas de Vijaya Sumputh et Youshreen Choomka. Et qu’est-ce qui a nous été servi comme réponses ? Après les litanies sur la supposée indépendance de l’ICAC, ce qui est risible en elle-même, le Premier ministre a tenté de justifier la non-publication des rapports de ces comités d’enquête parce que, entre 2000 et 2005 aussi, il y a eu des rapports qui n’avaient pas été rendus publics. Il a servi le même plat réchauffé à Reza Uteem, qui n’a fait que rappeler que, depuis que ce gouvernement est aux affaires, tous les traités de non-double imposition ont été maltraités.

Sa réponse : en 2004, l’accord avec l’Indonésie avait été résilié et jusqu’aujourd’hui, il l’est toujours. Pas encore en politique à cette époque, le député du MMM, qui est devenu la « bête noire » du MSM depuis ses remarques sur MedPoint, rappelle qu’à l’époque il était lui-même ministre des Finances. Non, dit le Premier ministre, c’est Sushil Khushiram qui était le ministre des Services financiers.  Oui, c’était lui mais c’est aussi lui qui avait créé la FSC, avait fait voter la première Insolvency Act, pour ne citer qu’une partie des avancées réalisées alors. Pourquoi s’en prendre à Sushil Khushiram ? Parce qu’il a été une des nombreuses voix à avoir dénoncé le recours aux réserves de la Banque de Maurice pour éponger les dettes en dérèglement exponentiel par le fait du gouvernement actuel ? L’ancien ministre lui a donné la réplique dans la presse vendredi. Tout en mesure, en élégance et surtout dans le strict respect des faits.

Tout cela désigne le Premier ministre comme un personnage assez peu sûr de lui. Passons sur le fait qu’il était partie prenante du gouvernement de 2000-2005 et pas, en tant qu’un obscur petit backbencher, mais comme un ministre du frontbench et même un Premier ministre adjoint entre 2003 et 2005 et qu’il y a, de la lâcheté, que de tenter de se dissocier des décisions de l’époque.  Mais revenir quinze ans en arrière pour justifier les manquements d’aujourd’hui alors même qu’une Freedom of Information Act et la transparence absolue dans la conduite des affaires publiques avait été promise au peuple en décembre 2014 relève de la malhonnêteté intellectuelle.

Comme il aime bien les parallèles et les comparaisons, il ne lui reste plus qu’à nous dire que des gouvernements précédents avaient eux aussi réalisé le rare exploit d’avoir cinq directeurs de la MBC en cinq ans, que tous les accords, même celui de la plus pure banalité comme celui conclu avec Liverpool, doivent rester des secrets d’État. Et que Heritage City et non pas ses 40 voleurs, mais ses Rs 40 millions parties en fumée, qui vient tout juste d’être dénoncé dans le rapport du Public Accunts Committee, était soit une création du PTr, du MMM ou du PMSD.

Et pourquoi pas nous dire aussi que ses prédécesseurs au poste de Premier ministre l’ont, eux aussi, hérité directement de leur père qui se sont retirés en plein mandat législatif pour les installer sur le trône? Il y a des décisions du présent et des records qu’il faut aussi savoir assumer et non convoquer en permanence des fantômes tirés de vieux placards. C’est plus qu’enfantin que de vouloir s’approprier tout ce qui est correct et populaire, et mettre tout ce qu’il y a de négatif sur le dos des autres.

C’est dans ce même état d’esprit qu’une liste de voyages entrepris par les députés de l’opposition a été rendue publique cette semaine. Un peu à la sauvette. Sans que la presse-relais ne nous ait dit qui avait posé la question, si ces députés étaient partis tout seuls aller se balader, pour l’essentiel, en Afrique et sans leurs collègues de la majorité, alors qu’il s’agit de délégations de parlementaires de tous bords, décidés finalement par la Speaker.

Qu’ont voulu démontrer les stratèges d’opérette de Pravind Jugnauth ? Que, pour une quarantaine de déplacements, l’État a, en deux ans, déboursé Rs 2,6 millions ? Il y a d’autres chiffres qui sont autrement plus scandaleux, comme les Rs 31,8 millions pour les voyages des ministres et de leurs accompagnateurs englouties en cinq mois sur la période se terminant en décembre 2016 ou les 98 déplacements ministériels de décembre 2016 à octobre 20I7 pour un budget de Rs 18 millions et les Rs 8 millions mobilisées pour les 19 déplacements de Roshi Bhadain entre février 2015 et décembre 2016.

Lorsqu’on veut se poser en modèle, comme le fait Pravind Jugnauth à l’occasion de certaines de ses sorties publiques, on essaie pour commencer à prendre un peu de hauteur, comme accepter les amendements tout à fait raisonnables de l’opposition sur le Children’s Bill au lieu de toujours continuer à se justifier en invoquant sans cesse le passé. En fait, soit on est vraiment dans la modernité et en phase avec son temps, on tient ses promesses, soit on est déjà un petit vieux qui a le regard braqué sur le rétroviseur.