Entrées en fonction dans les années 80, les premières puéricultrices des écoles maternelles du gouvernement approchent de l’âge de la retraite. Elles sont plus de 350 puéricultrices, sans compter la centaine de “school attendants”, à compter beaucoup plus de 25 années de service qui percevront une pension ne correspondant pas à de si longues carrières. Ce n’est qu’en 2005 que leur poste est apparu dans la grille salariale du Pay Research Bureau (PRB), leur conférant le statut de “public officers”. Cependant, leur temps de service antérieur à cette date n’a pas été reconnu. « C’est injuste ! », s’écrient les employées de ce secteur, frappant à toutes les portes depuis quelques jours pour plaider leur cause. Dans une lettre au ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun, la Pre-Primary School Employees Union (PPSEU) demande au gouvernement de « reconnaitre leur contribution » à l’éducation des enfants mauriciens.
Dans la lettre qu’elles lui ont adressée cette semaine, les dirigeantes de la PPSEU interpellent la ministre Leela Devi Dookun en tant que ministre, femme et mère. « We humbly request an urgent meeting with you, so that the ministry and the governement recognizes our contribution to the children of Mauritius and recognizes our past years of service in the name of justice and humanism », écrivent-ils, sollicitant une « rencontre urgente » avec la ministre.
Environ 75 % des 500 enseignantes travaillant dans ces maternelles de l’État sont âgées de plus de 50 ans et sont préoccupées par le montant de leur “lump sum”. Déçues et amères face à cette situation, elles commencent à alerter d’autres syndicats et l’opinion publique sur cette question. « Pendant toutes ces années, nous avons servi les enfants mauriciens avec fidélité et beaucoup de dévouement. Avant notre entrée dans le PRB, nos salaires étaient très faibles, mais nous sommes restées parce que nous aimons ce métier. Maintenant, quand sonne l’heure de la retraite, nous allons obtenir une pension dérisoire. Des “peanuts” ! », réagit avec colère une enseignante exerçant depuis 1988.
Le préscolaire d’État existe depuis 1982. Depuis cette date, ces classes maternelles fonctionnent dans les écoles primaires du gouvernement, mais le personnel n’avait pas le statut de fonctionnaire. Jusqu’en juillet 2000, les salaires des enseignants et autres employés étaient à la charge des Parents/Teachers Association (PTA), d’où les inégalités ! En effet, pendant toutes ces années les salaires variaient d’une école à l’autre, dépendant du nombre d’enfants inscrits et du bon vouloir des PTA. Certains enseignants touchaient Rs 2 000 et d’autres Rs 3 500. Souvent, des employés se sont retrouvés sans salaires à la fin du mois quand les parents ne payaient pas. À maintes reprises, les dirigeantes de la PPSEU sont descendues dans la rue, pancartes en main, pour dénoncer leur situation et pour revendiquer un employeur commun. Depuis le début de leur combat, elles ont souhaité que le ministère de l’Éducation devienne leur employeur.
En juillet 2000 se dessine une petite lueur d’espoir avec la décision du gouvernement de placer ces écoles maternelles sous le contrôle du Pre-School Trust Fund (organisme parapublic désormais connu sous le nom d’Early Childhood Care Education Authority). Fini les inégalités de salaires, tout le monde percevant une somme de Rs 3 000 comme salaire de base malgré les différences dans les années de service. En février 2004, les autorités s’intéressent davantage au sort de ces puéricultrices, leurs salaires passant alors à Rs 6 125. À cette date, ce personnel est cependant toujours considéré comme des employés du service privé.
Enfin, en mars 2005, après un combat de plusieurs années, le syndicat annonce la bonne nouvelle à ses membres : le PRB inclut leur poste dans la grille salariale de la fonction publique. Dès lors, leurs salaires sont garantis et elles obtiennent aussi d’autres avantages liés à leur nouveau statut. Une joie qui sera cependant en demi-teinte lorsqu’elles apprennent que leurs années de service jusqu’à mars 2005 ne seront pas comptabilisées pour le montant de leur “lump sump”. Toutefois, leur temps de service est reconnu lors de demandes de “vacation leave”… « All these years of service have been lost », souligne le syndicat dans sa lettre au ministre Dookun. La PPSEU affirme que la non-reconnaissance de ces 25 à 30 années de service est un facteur de découragement pour le personnel et leur cause de « sérieux préjudices ».