Alors qu’elles sont en poste dans les préscolaires du gouvernement depuis 1988, les puéricultrices n’ont obtenu le statut de “Public Officer” qu’à partir de 2005 après un long combat, et obtenant par là même des conditions de travail beaucoup plus satisfaisantes. Cependant, le PRB a ignoré complètement leurs années de service antérieures à cette date. Elles sont 350 au total et, du coup, celles qui approchent de l’âge de la retraite, cette année et l’an prochain, percevront une “lump sum” comptant seulement 11 à 12 années de travail, malgré leur contribution à ce secteur depuis plus de 25 ans. Après les vaines tentatives de la Pre-Primary Schools Employees Union ces dernières années pour amener les autorités à reconnaître leur temps de service in toto, les dirigeantes de l’Early Childhood Teachers Union sont montés au créneau il y a quelques jours pour exprimer leur « frustration et tristesse » devant ce refus des autorités et pour prendre le relais dans ce combat. Une action commune des trois syndicats du préscolaire d’Etat, afin de sensibiliser l’opinion publique sur cette revendication, est prévue pour très bientôt.
D’autres syndicalistes ne sont pas indifférents à cette demande des « miss » travaillant dans les maternelles de l’État. « Le préscolaire est la base de la formation de tout individu. Et c’est donc une étape importante dans l’apprentissage des enfants mauriciens. Malgré de très faibles salaires pendant longtemps, ces enseignantes du préscolaire d’Etat sont restées dans le service et ont une grande contribution dans le façonnement de ce secteur. Elles ont consacré leur vie à l’éducation des enfants et, en toute justice, les autorités doivent revoir leur décision concernant leur temps de service », soutient Radakrishna Sadien. « Il se peut que les autorités avancent l’argument légal pour se prononcer, mais la solution relève beaucoup plus du moral que du côté légal », croit le syndicaliste.
Le parcours professionnel de ces 350 puéricultrices au sein des écoles publiques met en lumière la complexité du problème concernant le temps de service. Les classes maternelles ont débuté en 1984, d’abord dans une poignée d’écoles primaires du gouvernement, et elles ont été recrutées pour leur part en 1988 lorsque le préscolaire a été étendu à d’autres établissements à travers le pays. Elles avaient répondu à un appel à candidatures lancé par le ministère de l’Education. « Le ministère avait organisé des interviews pour sélectionner les candidats et j’ai encore ma lettre de recrutement », témoigne l’une d’entre elles.
Actuellement, on dénombre 189 unités préscolaires dans les écoles primaires du gouvernement. Depuis le début, ces écoles maternelles sont sous le contrôle d’un organisme parapublic, à savoir le Pre-School Trust Fund, créé en 1984, et devenu en 1998 l’Early Childhood Care and Education Authority (ECCEA). Le personnel enseignant doit suivre scrupuleusement les directives émanant de cet organisme, qui définit la stratégie de ce secteur de l’éducation. Ce dernier s’occupe donc de l’organisation et du fonctionnement de ces maternelles – formation du personnel, contenu du programme scolaire, transfert du personnel si besoin, aménagement de l’espace, équipements et matériel scolaire requis. Mais s’agissant des salaires, la situation était ambiguë de 1988 jusqu’à juin 2000. En effet, durant cette longue période, les puéricultrices étaient rémunérées par les… PTA. Elles avaient donc des employeurs différents. D’où des inégalités criantes dans les montants des salaires, allant de Rs 1 500 pour certaines à Rs 3 000 pour d’autres, dépendant du nombre d’élèves figurant sur le registre et de la capacité des parents à payer la scolarité, mais aussi du bon vouloir des responsables de ces PTA. Une pratique vivement décriée pendant plusieurs années et à laquelle Kadress Pillay a mis fin en 2000, à quelques mois de la fin de son mandat en tant que ministre de l’Education. À partir de juillet 2000, le personnel enseignant est rémunéré par l’ECCEA et obtient une somme de Rs 3 000 comme salaire de base. Mais elles sont toujours considérées comme des employées du privé. En 2004, Steven Obeegadoo, ministre de l’Education d’alors, appuie leur demande auprès du PRB pour inclure leur poste dans la grille salariale des fonctionnaires. Elles deviennent officiellement des Public Officer en 2005.
Mais ces 350 puéricultrices n’ont pas pour autant abandonné leurs revendications pour une reconnaissance officielle de leur temps de service dans ces maternelles depuis 1988. La Pre-Primary Schools Employees Union avait d’ailleurs logé une plainte en Cour en 2008 contre l’ex-PSTF à ce sujet. Le plaignant n’a pas obtenu de jugement favorable. L’ECCEA avait affirmé à la Cour qu’elle ne pouvait accéder à la demande du syndicat, car elle ne reconnaissait pas les précédents employeurs des personnes concernées. Cet organisme avait aussi ajouté, pour sa défense, qu’il ne détenait « no records of thier past employment » et qu’il n’existait aucun contrat d’emploi de ces enseignantes durant cette période.
Les dirigeantes de l’Early Childhood Teachers Union ne sont pas d’accords que les autorités affirment n’avoir aucune donnée officielle du parcours du personnel du préscolaire avant 2000. « C’est un argument inacceptable ! », tonne Artee Choytooa, présidente de ce syndicat. « Le ministère peut vérifier auprès du ministère de la Sécurité sociale que nous avons payé la contribution obligatoire de la NPS pendant toutes ces années. Si nous n’avions pas été là, comment alors expliquer que ces écoles ont fonctionné toutes ces années ? Qu’a-t-on fait des registres de présences ? S’il n’y avait pas de liste officielle des employés, comment l’organisme de contrôle aurait-il pu procéder aux transferts d’enseignants pendant tout ce temps ? », lance, avec une certaine justesse, Artee Choytooa. Celle-ci ajoute qu’à l’époque où elles étaient payées par la PTA, les inspecteurs du PSTF ainsi que ceux du primaire venaient régulièrement contrôler leurs classes. « Le ministère était parfaitement au courant que les PTA payaient nos salaires. La PSTF nous invitait régulièrement aux réunions de travail et aux sessions de formation. Et nous avons reçu des attestations pour tous les cours que nous avons suivis », indique A. Choytooa. Celle-ci ajoute que les enseignantes de ce secteur sont « très déçues par l’attitude » des autorités sur cette question d’année de service et que cela donne lieu à une certaine frustration. « Nos membres souhaitent que le public sache notre mécontentement. Nous comptons protester et nous avons créé un Front commun de trois syndicats pour une action commune », annonce Artee Choytooa.