Selon le Housing and Population Census de 2011 concernant l’appartenance religieuse, 115,000 individus seulement se déclaraient d’origine tamoule sur une population de 1,230,000 d’habitants, composée d’individus dont les ancêtres sont originaires des de la France métropolitaine, de l’Afrique, de Madagascar,  du sous-continent indien et d’Extrême-Orient. Cependant, en côtoyant au quotidien les mille visages de cette île Maurice multireligieuse et multiethnique, on est frappé par le nombre nettement supérieur d’individus dont les visages trahissent une appartenance tamoule.
Pour certains observateurs avisés, le nombre d’individus de forte origine tamoule serait bien au-delà de 200, 000 car dans le groupe dit Population Générale composé de chrétiens, fort de 404, 000 individus, bon nombre se réclament d’une ancestralité tamoule, ne serait-ce que par leur morphologie et leurs patronymes. Mais pour mieux comprendre l’inextricable écheveau inter-ethniques de cette nation arc- en-ciel, il convient de faire une incursion dans l’histoire. Maurice est une des rares nations ayant connudurant l’ère coloniale un peuplement qui a fait d’elle un véritable creuset de races, d’ethnies et de confessions religieuses.
Sous l’occupation française 1715 -1810
Si l’on exclut la présence de travailleurs venus du sud de l’Inde durant l’occupation hollandaise pour prêter mainforte dans l’exploitation du bois d’ébène lesquels sont tous repartis au terme de l’abandon de l’île en 1710, c’est durant l’occupation française que l’on assiste à l’arrivée massive de travailleurs originaires des comptoirs français aux Indes particulièrement du pays tamoul. Au vu des registres maritimes cité par Jean Michel Filliot concernant les expéditions en provenance des Indes aux 18ème et 19ème siècles, il en ressort que pas moins de 12,000 travailleurs sont venus sous différents régimes à l’ancienne Ile de France de 1721-1810.
Selon le professeur Philippe Haudrère, les premiers sont arrivés comme travailleurs contractuels sous l’impulsion de Mahé de La Bourdonnais, Gouverneur des Iles de France et de Bourbon (1735-1746): “Jusqu’en 1739, la Compagnie des Indes assurera régulièrement le remplacement des ouvriers en prenant soins que des nouveaux recrutés viennent avec tous les outils convenables à leur profession ; ces ouvriers dirigent une centaine d’ouvriers libres venus de l’Inde ; plus de la moitié sont des maçons, le reste des charpentiers et forgerons, ainsi qu’une centaine d’esclaves appartenant à la compagnie. Ils formèrent les premiers contingents des libres.”
D’autres travailleurs furent ramenés de gré ou de force à l’île de France en provenance des comptoirs français tout le long de l’occupation française suite à des razzias et qui furent frappés sous le coup des règlements régissant la main d’oeuvre servile. Toutefois, bon nombre de ces travailleurs furent affranchis comme le prévoit l’article 51 du Code Noir et du décret concernant les affranchissements en date du 20 août 1766. En 1807, selon le Baron d’Unienville, statisticien, on dénombre 5917 personnes libres par rapport à 6489 blancs et 65 367 esclaves.
Des Indiens issus des comptoirs français, particulièrement de Pondichéry, eurent un destin bien différents par rapport à leurs congénères frappés par le régime servile.  Ces derniers connaîtront tous les sévices et autres cruautés réservés aux esclaves. Avide de liberté, on les dénombre parmi les marrons les plus irréductibles, hommes et femmes confondus. 
Autre fait à mettre en exergue est cet ordre du Conseil de Pondichéry en date du 2 juillet 1747 qui se lit ainsi : “Obligation est faite aux autorités d’instruire les individus issus des différents comptoirs, de les instruire dans la religion catholique et de les administrer les sacrements de baptême dans un an de leur arrivée à l’île de France.”Soulignons que sous le Royaume de France et de Navarre, la seule religion permise étant celle de la religion catholique romaine quoique Louis XV1 permît la pratique d’autres religions.
S’agissant de ceux qui étaient libres et qui ont eu un cheminement différent, bon nombre sont des propriétaires fonciers etsont engagés dans une multitude d’activités tant agricoles que commerciales et possèdent des esclaves. Certains obtiennent des concessions au même titre que la population blanche mais de moindre contenance. Un quartier au nord de Port-Louis leur est réservé, c’est le quartier des Malabars. Ce quartier connaîra à la longue, une floraison de grands intellectuels. Ils contracteront des unions avec certains blancs et donneront naissance à un groupe métissé qui, plus tard, formera la population de couleur. De ce groupe sortira une élite qui, durant l’occupation britannique, produira des professionnels de grand talent, à l’instar de Marcelin Savrimootoo, lauréat du Collège Royale en 1897 devenu ingénieur civil, du Dr Xavier Nalletamby médecin, plus tard nommé au Conseil du gouvernement, des légistes et des hommes de lettres. En politique, ils joueront un rôle de tout premier plan avec des tribuns, tels Eugène Laurent et Eliacin François. Pratiquant une certaine endogamie, ces « Pondichériens » de l’occupation française ont longtemps constitué une élite à part entière qui, au fils des temps, s’assimilera à la culture française. Dans la société, des préjugés sur la hiérarchie de la couleur de la peau et du nom, un racisme ambiant, font que certaines familles se verront contraints de changer de nom et de prénoms pour se faire accepter dans la hiérarchie administrative coloniale.
Inévitablement dans une société éminemment multiethnique, vu la disproportion des sexes, la cohabitation des tamouls à donné naissance à un métissage intense. Il n’est par rare de rencontrer des individus que l’on peut qualifier d’afro-dravidiens ;  ce processus continue même, quoique sur une échelle réduite.  
S’agissant de l’acculturation des tamouls de l’occupation française, Kissonsingh Hazareesingh, auteur d’un ouvrage sur les Indiens de l’île Maurice, avance que les Indiens de l’occupation française avaient tous délaissé leur culture, us et coutumes ancestraux pour la culture française. Une opinion non partagée cependant par des voyageurs, dont Jacques Gérard Milbert, auteur d’un voyage à l’île de France en 1806, et par d’autres observateurs étrangers de la société mauricienne dont Allister Mac Millan, célèbre journaliste de Londres.
Aujourd’hui encore, en parcourant ce vieux Port-Louis de l’ancienne Ile de France, on est frappé par ces bâtiments datant de Mahé de La Bourdonnais, tels l’Hôtel du Gouvernement, l’Hôpital militaire, les murs du bagne à la rue Maillard, sans oublier ces fortifications côtières, qui portent encore le souvenir de ces braves contremaîres et autres tailleurs de pierre venus de pays tamouls.  
Occupation britannique 1810- 1968
Après la prise de l’île par les Britanniques et l’abolition de l’esclavage en 1835 suivi de la libération de quelque 65,000 individus d’origine africaine et malgache, compte tenu du pourrissement des relations entre maîtres et anciens esclaves, il fut décidé de faire appel à une main-d’oeuvre plus soumise, moins rébarbative et surtout moins onéreuse pour donner une nouvelle impulsion à l’industrie sucrière.  C’est dans ce contexte que les Britanniques accédèrent à la demande des colons planteurs de faire appel aux travailleurs engagés en provenance de la Grande Péninsule.
Ils y vinrent de différentes régions de l’Inde ; entre 1834 -1921 quelque 452,000 travailleurs contractuels, de ce nombre environ 167,000 retournèrent au pays natal au terme de la période contractuelle de cinq ans. La plupart décidèrent cependant d’y faire souche dans leur nouvelle patrie d’adoption. Les premiers travailleurs engagés furent originaires de la province de Madras (Madras Presidency) incluant les présents Etats de l’Andhra Pradesh, le Telangana et du Tamil Nadu, entres autres.   Environ 70,000 travailleurs furent embarqués du port de Madras entre 1834 et 1912,alors que d’autres travailleurs furent embarqués des ports de Calcutta, et de Bombay en provenance des provinces du Bihar, de Uttar Pradesh, du Madya Pradesh, du Maharastra, entre autres, ce qui fait que les tamouls seront une ethnie minoritaire au sein de la grande famille des immigrants indiens venus sous « l’engagisme ».
De cette frange de Tamouls, une infime minorité était des chrétiens, le reste étant des fidèles dévots du sivaïsme. A l’instar des Français qui prônaient une politique d’évangélisation, les Britanniques menèrent la même politique qu’ils avaient suivie aux Indes envers les travailleurs engagés qui avaient quitté leur sol natal, celle de ne pas pratiquer une politique de conversion au christianisme coûte que coûte. Il existe cependant unefrange de travailleurs contractuels venus sous l’occupation britannique de foi chrétienne alors que d’autres sont convertis au catholicisme au fils du temps et qui se sont regroupés autour de la Indo Mauritian Catholic Association – IMCA – dans les années50 au siècle dernier que l’on peut estimer à 15,000 tout au plus. Ceux-là ont conservé le rituel propre aux chrétiens du sud des Indes et n’ont pas abandonné pour autant les coutumes et traditions de la terre ancestrale. Mais la deuxième moitié du 20ème siècle sera témoin d’un phénomène qui affectera le nombre de tamouls pratiquant l’hindouisme : l’avènement des sectes pentecôtistes et charismatiques. Ceux-là n’ont pas nécessairement abandonné les us et coutumes ancestraux et n’ont pas abandonné leurs prenoms tamouls pour des prénoms chrétiens.
Les tamouls venus sous l’occupation britannique ont eu le même parcours que leurs coreligionnaires originaires des autres aires de la Grande Péninsule dans le domaine social, économique et politique. Valeur du jour,une élite tamoule issus des descendants de petits planteurs et de commerçants à donné naissance à des professionnels de grands talents : médecins, ingénieurs, homme de loi, économistes et pédagogues, artistes et fonctionnaires. Puis un prolétariat originaire des établissements sucriers et dans les régions urbaines et intra-urbaines ayant jalousement gardé les valeurs ancestrales en dépit souvent de leur situation de précarité mais restés fervents dévots du sivaïsme, lesquels sont présents dans tous les secteurs de l’emploi.
Les tamouls ont toujours joué un rôle de tout premier plan dans le domaine  politique et fait preuve d’ouverture envers les autres communautés. Un des plus célèbres tribuns ayant oeuvré pour l’accession du pays à l’indépendance fut le regretté Renganaden Seeneevasen mort à la fleur de l’âge.
L’exode massif des ethnies chrétiennes n’a pas épargné les ethnies tamoules, qu’elles soient chrétiennes ou pas.  Certains ont migré vers la France où l’on trouve une petite colonie de travailleurs dynamiques – à Strasbourg et à Paris. Une élite composée de professionnels surtout a choisi l’Australie et le Canada. Mais où qu’ils soient, ils ont tous gardé