Présentant ce matin ses prévisions économiques pour l’année prochaine, la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI) dit anticiper un taux de croissance de 3,4%, soit une légère amélioration par rapport à son estimation pour 2013 (3,1%). Elle soutient cependant que ce taux est en dessous du potentiel de croissance de l’économie mauricienne qui, selon elle, se situerait à 3,7%. La MCCI prévoit par ailleurs que le taux de chômage resterait inchangé, soit à 8,3%, en 2014, alors que sur le front de l’inflation, elle estime que le taux tournerait autour de 4%.
Pour l’économiste de la Chambre, le Dr Renganaden Padayachy, la situation économique de Maurice devrait poursuivre sa stabilisation au cours des prochains trimestres « sans qu’intervienne une véritable reprise de l’activité ». Le modèle économétrique utilisé par la MCCI montre une progression de 3,4% du Produit intérieur brut (PIB) contre une estimation de 3,1% en 2013. La MCCI est d’avis que ce rythme de croissance de 3,4% est « insuffisant » et demeure éloigné du chemin que devrait normalement emprunter une économie en transition. Le Dr Renganaden Padayachy pense que le taux de croissance potentielle de notre économie pour 2014 est de 3,7%. Il relève que l’économie mauricienne évolue depuis quelques années en dessous de son potentiel réel. Analysant les causes de cette croissance inférieure, la MCCI observe que, depuis 2009, il y a eu un ralentissement du taux de croissance de la consommation, un taux d’investissement en baisse et, surtout, une aggravation du déficit des comptes courants. Elle fait ressortir que la demande ralentit les entreprises, qui ont tendance à repousser les recrutements, avec, pour résultat, une hausse du chômage qui, à son tour, contribue à accentuer le ralentissement économique.
« Lorsque la croissance de la demande ralentit, voire devient négative, l’écart entre la croissance effective et la croissance potentielle se creuse. Pour casser ce cycle vicieux, il faut mettre en place des politiques conjoncturelles de soutien à la croissance effective. Elles consistent en une politique budgétaire de relance par une hausse du déficit de l’Etat et une politique monétaire de soutien à l’investissement et au système bancaire par la baisse du taux d’intérêt. »
S’agissant de l’inflation, la MCCI fait ressortir que la persistance d’un écart de production négatif à Maurice limite les risques inflationnistes. Faisant référence à la dernière enquête de conjoncture qu’elle a entreprise pour le dernier trimestre 2013, la Chambre relève qu’environ 84% des chefs d’entreprise interrogés ont déclaré qu’ils n’augmenteront pas les prix de leurs produits ou services et que, de ce nombre, 18% des sondés ont annoncé leur intention de baisser leurs prix. La MCCI s’attend à ce que le taux d’inflation en 2014 s’élève à environ 4%.
Chômage : inverser la courbe
Concernant le chômage, la MCCI constate que la situation s’est aggravée depuis 2009, le taux augmentant de près d’un point de base par rapport à son niveau de 2008 (7,2%). « Cette montée devrait néanmoins être stoppée en 2014 du fait, d’une part, du regain de l’activité économique et, d’autre part, des dispositions prévues dans le budget 2014 avec des emplois aidés, en particulier pour les jeunes et les femmes », souligne le Dr Renganaden Padayachy. Cependant, poursuit-il, le regain d’activités, de faible ampleur, ne sera pas suffisant pour permettre au pays d’enregistrer une réduction significative du taux de chômage et pour inverser la courbe prise ces dernières années. La MCCI table de ce fait sur un taux de 8,3%, comme en 2013.
L’économiste de la MCCI observe que le taux de croissance de la consommation à Maurice s’est décéléré ces dernières années, ce qui résulte d’une situation d’incertitude quant à l’évolution de la situation économique. Le budget 2014 ne donnerait pas le coup de pouce nécessaire à une relance de la consommation et, dans la conjoncture, la MCCI estime que la croissance de la demande interne restera modeste en 2014, soit à 2,7%. Poussant la réflexion plus loin, la Chambre pense que « cette timide reprise de la consommation ne serait pas en mesure de permettre la mise en place d’un cercle vertueux de redémarrage généralisé de la croissance économique en 2014 ».
Au niveau de l’investissement également, les données ne sont pas très encourageantes. Le taux d’investissement en pourcentage du PIB a été, selon la MCCI, de 21,2% en 2013, alors qu’il se chiffrait à 26% en 2009. Idéalement, pour une économie en transition, souligne le Dr Renganaden Padayachy, Maurice aurait dû viser un taux supérieur à 25% pour pouvoir espérer atteindre un palier de développement plus élevé. Tenant compte des conclusions de l’enquête sur le climat des affaires, la Chambre anticipe une hausse moyenne d’un point de base de l’investissement privé. Pour ce qui est de l’investissement public, la MCCI est d’opinion que les dépenses d’investissements de Rs 18 milliards annoncées dans le budget 2014 ne représentent qu’une hausse minime comparativement à 2013. Ce qui amène la Chambre à conclure que le taux  d’investissement se situera autour de 21,5% l’année prochaine.
Passant en revue la situation par secteur d’activités, la MCCI fait les prévisions suivantes. Concernant le secteur manufacturier, un taux de croissance de 2,7% est attendu en 2014, soit le même niveau qu’en 2013. Cette estimation est conforme à la capacité de production de notre tissus industriel, dont le potentiel est de 2,5%. Dans le secteur commercial, la croissance serait de 3,3% l’année prochaine, le potentiel du secteur étant au même niveau. Les services financiers, eux, connaîtraient un taux de 5% en 2014, soit un niveau supérieur au potentiel de ce secteur (4,7%). La MCCI indique que le niveau des investissements continue de grimper dans ce secteur.
Du côté de l’industrie touristique, on note un redressement des perspectives depuis la fin du 3e trimestre 2013. Cette tendance devrait se poursuivre en 2014, à condition toutefois que le marché européen continue de se consolider. Le taux de croissance estimé est de 2,5%. Dans le domaine de la construction, une croissance de 3% est projetée en 2014, ce qui est encore loin du potentiel (6%). Enfin, dans les TICs, le taux de 7,5% est avancé pour l’année prochaine, la Chambre notant des investissements soutenus dans ce secteur depuis quelques années. Cependant, le potentiel de croissance a baissé, du fait de certaines difficultés : coûts des opérations en hausse, manque de main-d’oeuvre qualifiée…