Le groupe Terra (anciennement Harel Frères), holding d’investissement coté sur le marché officiel de la Bourse, veut consolider ses assises à travers des projets d’expansion et de diversification de ses activités en vue de créer plus de valeur pour ses « stakeholders ». C’est ce qui ressort d’une présentation des opérations du groupe hier au siège de l’Aventure du Sucre à Beau-Plan, où la direction a annoncé les différentes pistes de développement futur du groupe : présence encore plus marquante dans le secteur énergétique, expansion de la production sucrière à travers l’acquisition d’une troisième unité, développement des activités dans le secteur du Global business, mise en route d’un partenariat entre Grays et une entreprise indienne pour l’embouteillage de spiritueux. L’immobilier ne sera pas en reste. Ayant à sa disposition de très grandes portions de terres dans le nord du pays, Terra compte mettre en chantier un ambitieux projet sur plusieurs dizaines d’hectares comportant bâtiments résidentiels, bureaux et espaces-loisirs.
Au cours de cette présentation du groupe Terra, à laquelle ont participé les directeurs des différents pôles d’activités, Cyril Mayer, Group managing director, s’est appesanti sur les valeurs (passion, respect, ténacité, innovation et intégrité) prônées par Terra, dont les origines remontent à 1838 avec la création d’un groupe sucrier familial. Cyril Mayer a également insisté sur la pratique de la bonne gouvernance au sein de l’entreprise et qui a valu à cette dernière d’être récompensée en trois occasions lors des PwC Corporate Reporting Awards. Le rebranding du groupe Harel Frères, en 2011, et le changement de nom en celui de Terra a été une étape marquante dans l’histoire du groupe qui, a souligné Cyril Mayer, se présente aujourd’hui comme une entité à vocation réellement publique, l’actionnaire de référence du groupe, la Société de Memours, ne possédant actuellement que 28% de l’actionnariat, contre 51% auparavant. « Terra fait partie du SEM-7 et détient la 5e capitalisation boursière du marché, soit Rs 8,5 milliards, avec un total de quelque 1 700 actionnaires. Le titre est liquide et nous pratiquons une politique de dividende soutenue », a indiqué le managing director du groupe Terra.
Sucres spéciaux
La stratégie d’investissement de Terra est bien réfléchie avec plusieurs axes de développement, ont annoncé les responsables des différents pôles d’activités. S’agissant de l’industrie cannière, la stratégie de Terragri et Terra Milling, a déclaré Jean Arthur Lagesse, est de se concentrer sur les sucres spéciaux, contrairement à d’autres groupes sucriers diversifiés qui, eux, se sont lancés dans le raffinage du sucre. Terra a produit l’année dernière environ 71% des sucres spéciaux du pays, soit quelque 85 000 tonnes que l’entreprise a exportées vers une quarantaine de pays. Terragri a aussi de la culture de la pomme de terre et de l’oignon et d’autres légumes, et espère pouvoir accroître sa production de sucres spéciaux et celle de légumes tout en renforçant sa coopération avec les planteurs de la région nord.
Fort de son expérience avec deux unités de production (environ 90 000 tonnes de sucre) exploitées en Côte d’Ivoire à travers Sucrivoire, Terra envisage une expansion dans cette filière en Afrique. « Nous regardons du côté de l’Afrique de l’Est ou centrale. Nous sommes au début de la phase de recherche. Le choix final dépendra des infrastructures disponibles, de la stabilité politique ainsi que de la politique de prix du sucre dans le pays prospecté », a indiqué Sébastien Mamet, responsable de la division des nouveaux projets chez Terra.
Dans le secteur de l’énergie également, le groupe Terra compte affirmer sa présence. Sa filiale Terragen s’est lancée dans la production d’énergie renouvelable depuis une quinzaine d’années à partir de la bagasse et du charbon. Environ 17% de la production ont été exportés sur le réseau du CEB en 2011. Jean Michel Gérard, directeur de Terragen, a parlé de la mise en place en 2013 du système QSE (Qualité, Sécurité, Environnement), du projet de substitution du charbon par la biomasse sous forme de pellets issus de plantations forestières et du projet d’amélioration du rendement en fibres de la canne à sucre. Terragen a aussi dans le collimateur un projet d’installations de deux centrales de 50 megawatts et se dit prête à répondre favorablement à tout appel du gouvernement pour accroître la production d’énergie électrique dans le pays. Cyril Mayer a annoncé que le groupe a préparé un projet de création de deux parcs photovoltaïques d’un megawatt chacun, répondant à un appel d’offres du CEB. « On est un producteur d’expérience dans le secteur de l’énergie. On a l’expertise voulue. On est prêt à participer au développement de ce secteur », a soutenu Cyril Mayer.
Grays : diversification
Terra peut aussi compter sur Grays Inc Ltd., pionnière de l’industrie de la distillation à Maurice, pour donner un coup de pouce à sa politique de diversification et d’expansion de ses opérations, autant localement qu’à l’étranger. Avec un chiffre d’affaires approchant les Rs 1,4 milliard en 2011 (contre Rs 450 millions en 2002), Grays s’est lancée dans une diversification tous azimuts (ouverture de boutiques à Bagatelle, Beau-Plan et La Croisette, consolidation des activités dans la région, dont l’Afrique du Sud, commercialisation de nouveaux produits, dont des spiritueux et parfums) et se prépare à concrétiser un partenariat avec une société indienne pour l’embouteillage de spiritueux produits par la société mauricienne.
Fort de son gros potentiel foncier, Terra, par le truchement de Sagiterra, compte à son actif plusieurs réalisations, la valeur cumulée des projets réalisés depuis l’incorporation de cette dernière, en 2001, étant estimée à Rs 2,2 milliards. De nouveaux projets immobiliers – dont ceux de « Harmony », « Le Vieux Tamarinier » et « Le Domaine de Belle île » – sont en cours. « Sagiterra a forgé sa réputation sur les valeurs d’intégrité, de confidentialité et de professionnalisme de son équipe », a fait ressortir le directeur, Bernard Desvaux de Marigny. Sagiterra, a-t-il poursuivi, apporte son soutien au projet Maurice île Durable. Pour le groupe Terra, l’exécution du plan directeur de développement immobilier dans le nord constituera un point culminant. « Nous mettons la dernière main à ce plan », a laissé entendre Cyril Mayer, qui se réconforte de l’impact éventuel du projet routier Ebène–Terre-Rouge sur le développement immobilier dans la région nord.
La direction de Terra considère que le groupe a aujourd’hui des assises financières très solides pour pouvoir envisager un programme d’expansion et d’investissements viables. Avec des capitaux propres de l’ordre de Rs 12 milliards, et un taux d’endettement jugé faible par le directeur financier, Henri Harel, une trésorerie évaluée à Rs 159 millions, Terra, fait-on ressortir, peut se permettre de se lancer dans des projets d’envergure à Maurice ainsi qu’à l’étranger, et plus particulièrement en Afrique. « Le groupe a enregistré un chiffre d’affaires de Rs 4,2 milliards en 2011, contre Rs 3,6 milliards en 2010. Les profits se sont élevés à Rs 760,6 millions, contre Rs 400,2 millions pour le précédent exercice. Le gros des revenus est assuré par l’activité sucre et la production énergétique », a annoncé Henri Harel.
« Nous continuerons à ajouter de la valeur à l’entreprise. Des investissements conséquents sont à venir », a déclaré Cyril Mayer. La direction de Terra a fait état de développements des activités dans l’offshore et de la recherche d’opportunités dans le secteur de la technologie et des télécommunications, tant à Maurice qu’en Afrique. Le secteur touristique, a fait comprendre Cyril Mayer, ne sera pas négligé, même si on reconnaît que ce secteur passe actuellement par des moments difficiles.