Dans le cadre de la conférence internationale sur la diaspora tamoule, qui se déroule jusqu’au 25 juillet au MGI, une expo a été organisée sur l’histoire des manuscrits sur feuilles de palmier. Une riche incursion qui a permis au public de connaître un pan de l’histoire, mais aussi le processus par lequel doivent passer les spécialistes pour numériser et sauver ces précieux manuscrits, témoins des découvertes, us et coutumes contemporains.
« Autrefois, lorsque le papier n’existait pas encore, les manuscrits sur feuilles de palmier étaient de précieux supports utilisés en Inde pour la documentation, particulièrement dans le sud. Ils comprenaient des sujets aussi variés que la poésie, la médecine, l’astrologie, ainsi que des informations concernant les arts martiaux et autres commentaires », explique le responsable de l’exposition, M. Pramasivam, du Sona College of Technology de l’Inde.
La durée de vie d’un manuscrit sur feuille de palmier varie entre 350 à 400 ans dans le climat tropical de l’Inde. Aussi, nombre de ces documents importants n’ont pu résister au temps. Certains ont dépassé 400 ans et sont sur le point de se désintégrer. Aujourd’hui, près de 800 000 manuscrits sur feuilles de palmier sont toujours conservés, dont la moitié sont en sanskrit. Près de 100 000 d’entre eux, écrits en tamil, la première langue classique de l’Inde, ont été négligés. À ce jour, 25% des manuscrits en tamil sur feuilles de palmier ont été imprimés et, tragiquement, le reste est en voie de disparition, par ignorance de leur valeur et conséquence de leur négligence. L’Institute of Asian Studies a su profiter du soutien et de l’encouragement de l’Unesco, à travers son programme Memory of the World, ce qui a permis d’initier des activités en lien avec la préservation de ces manuscrits.
M. Pramasivam poursuit : « Écrire sur les feuilles de palmier comportait nombre de restrictions. Par exemple, on ne pouvait mettre aucun signe de ponctuation car le support se retrouverait endommagé. Au XIXe siècle, avec l’arrivée du papier, les gens ont délaissé cette méthode, mais les informations étaient encore très valables. »
S’agissant du processus de préservation et de numérisation, les spécialistes doivent d’abord connaître le siècle auquel se rapporte le manuscrit, explique M. Pramasivam. Ensuite, du charbon est appliqué sur la feuille de palmier pour une meilleure visualisation. Il faut ensuite le traduire en tamil moderne. Le hic, dans ce processus, selon notre intervenant, « c’est le temps que cela prend pour déchiffrer les informations », poursuivant : « Nous sommes en train d’essayer d’automatiser en partie le processus, avec un système pouvant reconnaître certaines graphies, et les retranscrire en tamil moderne. Mais toujours est-il qu’un spécialiste doit surveiller le système, car il y a des choses que le système ne reconnaît pas. »
Dans un premier temps, la feuille en palmier est scannée. Ensuite, la toile de fond est enlevée vu que seules les lettres sont nécessaires. Ensuite, chaque caractère est séparé pour être converti en forme lisible. Autre fait intéressant : outre les catastrophes naturelles et l’effet du temps, il y a eu aussi des croyances et superstitions rattachées à ces feuilles de palmier, qui ont conduit à leur perte. De nombreux Indiens ont longtemps cru que,, durant la fête Pongal, il fallait jeter ces feuilles à la rivière en vue d’apaiser la colère des divinités des fleuves…