KIPERO

Arrêtons, de grâce, de dire que la dame nous déçoit. En acceptant le poste de président, n’a-t-elle pas sciemment choisi de devenir la complice des politiques? On sait ce qu’ils sont et ce qu’ils valent. La véritable déception n’est-elle pas qu’une personne de son calibre, avec un beau parcours scientifique, ait choisi de devenir l’automate des politiques? Le reste appartient à l’histoire. Son silence sur l’affaire BAI et les innombrables scandales, sa proximité avec l’Angolais et maintenant ses dépenses confirment, si besoin est, un fait : s’associer de près ou de loin avec les politiciens traditionnels est véritablement perdre son âme. Et au lieu de s’époumoner à la critiquer, il faudrait plutôt interroger la mécanique d’un système qui permet de tels excès. Elle en est bien le symptôme. Ceux qui sont au pouvoir ou ceux qui évoluent dans le giron du pouvoir nous ont habitués à leurs frasques. Doit-on alors s’étonner du comportement de cette personnalité? Cette polémique à la limite est du vent. Les Mauriciens ont d’autres soucis bien plus urgents. Le coût de la vie ne cesse d’augmenter, nous sommes littéralement écrasés sous le poids des dépenses; il devient de plus en difficile pour les jeunes d’intégrer le marché de l’emploi sans parler de tous les problèmes systémiques qui gangrènent notre société, la corruption, un système éducatif vacillant et j’en passe.

C’est à se demander si on nous sert notre lot de scandales afi n de détourner notre attention de ce qui ne va pas. On peut, cependant, compter sur le peuple admirable pour élire, une fois encore, les mêmes. On dansera alors, comme des idiots bienheureux, au rythme des mêmes illusions. On parlera de changement, de progrès et, au bout de quelques mois, tous ces rêves s’évanouiront remplacés par l’amertume et la déception. Cessons donc d’être naïfs. Interrogeons donc le mal et non ceux qui en sont les symptômes. Ce n’est pas en remplaçant un président par un autre qu’on changera quoi que ce soit. Il s’agit de faire le choix d’une autre société, de démanteler les rouages d’une mécanique bien huilée qui perpétue les privilèges d’une “élite” au détriment du peuple, et ce, avec le soutien de ce dernier. Mais nous ne sommes vraisemblablement pas prêts. En attendant, perpétuons cet art très mauricien qui est de « manz pistas get sinema » en espérant que le ciel ne nous tombera pas dessus.