Dimanche 23 avril 2017. Le repas de famille dominical est tendu : les convives, silencieux, regardent leur assiette sale en attendant le fromage, écoutant le frère et la soeur se disputer leur favori. Lui a 24 ans, il vote Mélenchon. Il en a assez de cette oligarchie qui ment aux Français depuis trop longtemps, et il est horripilé tant par le Front national que par les méthodes populistes de François Fillon, et ne comprend pas la dynamique Macron. Elle a 27 ans, jeune entrepreneure. Elle a choisi le vote Macron, car il incarne le renouveau et l’optimisme français, sans pour autant verser dans les extrêmes qui lui font hérisser les poils. Cette situation incarne parfaitement la situation politique actuelle : des échanges passionnés entre militants face à des indécis toujours aussi silencieux.
Avec quatre candidats qui se disputent la première place à très peu de points d’écart dans des sondages toujours aussi moroses, impossible de prédire quels seront les grands gagnants du premier tour. La grande favorite des derniers sondages est encore l’abstention, estimée à près de 30% (contre 28% en 2002, lorsque la France découvrait avec stupeur un second tour entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen). J’essayerai donc, dans les lignes qui suivent, de donner un point de vue d’un citoyen, celui d’un étudiant qui, tous les jours, observe ce qui semble être une rupture définitive avec les règles d’un jeu politique usé.