Comme aux États-Unis pour l’élection présidentielle et au Royaume-Uni pour le référendum sur le maintien ou non au sein de l’Europe, la France, à son tour, subit un grand balayage politique et électoral. Ont été successivement rejetés, chacun à son tour, nombre de ténors politiques à savoir le président sortant lui-même, François Hollande, son Premier ministre Manuel Valls, qui devait lui succéder, l’ancien président Nicolas Sarkozy et Alain Juppé aux primaires, et au premier tour, François Fillon et Benoît Hamon, les deux représentants des deux partis de gouvernement à droite et à gauche, les deux grands blocs politiques.
Les deux grands courants qui ont animé le clivage électoral depuis des décennies sont éliminés au second tour de la présidentielle. Ni la droite, ni la gauche n’y sont pour l’élection finale du président.
Le premier gagnant du premier tour est sans conteste Emmanuel Macron, dépourvu d’un parti mais soutenu par un mouvement qu’il a lancé tout récemment. Il incarne un renouvellement spectaculaire de la classe politique, de par sa jeunesse, en âge et en expérience. Emmanuel Macron n’a que 39 ans et a été ministre durant deux ans seulement sans avoir été au préalable député. Il a fait un réel strike, comme au bowling, de ses adversaires. Il a désormais toutes les chances de remporter les présidentielles, au deuxième tour, un peu à la manière de Jacques Chirac en 2002, sur une base électorale très élargie. Ce qui l’installerait confortablement au pouvoir en tant que Président, un peu par consensus.
Le plus grand perdant est, non pas François Fillon, mais bien Benoît Hamon et le Parti socialiste. Le score du candidat du Parti socialiste est infiniment bas, très en dessous des 10%, ce qui place ce parti dans une situation très inconfortable pour aborder d’autres échéances, notamment les législatives. Le Parti socialiste n’a pas, dans l’immédiat, de solution de rechange. Son seul objectif est de sauver les meubles aux prochaines législatives en juin 2017. Au-delà de la question électorale, l’existence politique même du Parti socialiste se pose tant il est divisé par au moins deux courants irréconciliables, et son électorat siphonné par Jean-Luc Mélenchon. Le Parti socialiste ne sera davantage plus en campagne qu’en procès. Des questions existentielles se poseront.
Si François Fillon est battu alors que la présidentielle était largement à sa portée au départ, il n’en demeure pas moins que la droite n’est pas hors jeu pour la suite. La droite a une explication simple à donner à sa défaite : les affaires ont éclaboussé son candidat et, comme ce dernier l’a indiqué, il assume seul la défaite. Les raisons de la défaite à gauche, au Parti socialiste, sont infiniment plus difficiles à expliquer et à synthétiser.
La droite, le parti « Les Républicains », se lance aussitôt dans la bataille aux législatives afin de les remporter. L’Exécutif est dit bicéphale, c’est-à-dire, composé à deux têtes. Le président de la République a un rôle primordial seulement s’il dispose d’une majorité parlementaire à son soutien et à celui de son gouvernement. Dans le cas contraire, il bascule dans un régime dit de « cohabitation », dans l’hypothèse où aux élections législatives, qui suivent immédiatement celles des présidentielles, les Français désignent une majorité contraire. Le président aurait, dans ce cas de figure, à collaborer avec un gouvernement, disposant d’une majorité parlementaire et qui, selon la Constitution, « détermine et conduit la politique de la Nation ». « Les Républicains » ont désormais pour objectif de remporter les législatives afin de diriger, malgré une défaite à la présidentielle, les destinées des Français. La droite pourrait compter sur François Baroin, personnalité susceptible, à ce jour, de réunir toutes les tendances au sein de « Les Républicains ».
Face à une telle volonté de revanche aux législatives par la droite, Emmanuel Macron, s’il était élu président dans deux semaines, devrait faire le choix d’un Premier ministre (l’actuel Premier ministre démissionnera au lendemain de la présidentielle) infiniment stratégique pour pouvoir, lors des législatives, les remporter et être reconduit à la Primature.
Le paysage politique n’est plus bipolaire, ni tripolaire, mais bien quadripolaire désormais. Face à l’extrême droite, la droite et le centre, Jean-Luc Mélenchon cherchera à pérenniser sa force dans la durée et absorber davantage le Parti socialiste pour créer une nouvelle gauche.