« Je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présente jamais sa candidature, il ne sera pas élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance…» Applaudissements frénétiques pour approuver ces propos porteurs d’espoir du candidat du Parti socialiste (PS) Hollande lors du fameux discours du Bourget en 2012. Aujourd’hui, cinq ans plus tard, son fils spirituel, d’ailleurs affublé de son surnom, Emmanuel ‘Hollande’, moulé à la banque d’affaires Rothschild, où il était qualifié de « Mozart de la finance », s’apprête à gravir les marches de l’Élysée. Quel talent ce Hollande pour dénicher le dépositaire du statu quo!
Les impostures de la gauche française avaient pourtant été stigmatisées en amont. Déjà en novembre 2015, dans l’hebdomadaire Le Point,  philosophes et penseurs de gauche dénonçaient les dérives. Pascal Bruckner soutenait : « Oui. La gauche universaliste n’est en effet plus qu’un souvenir. Son objectif, rappelons-le, était l’émancipation du genre humain tout entier. Cette ambition a été battue en brèche par la prédominance du racial sur le social, de l’ethnique sur le politique, du minoritaire sur la norme…» Edwy Plenel et Michel Onfray, eux, accusaient le gouvernement de trahir les idéaux. Emmanuel Todd ajoutait: « Il y a une subversion de ce qu’était la gauche française. Cette dernière, aujourd’hui dominée par le PS, est en vérité tout à fait autre chose que ce qu’elle prétend être. C’est une gauche qui n’adhère pas aux valeurs égalitaires et qui n’est pas claire sur la question de l’homme universel… » Il y était surtout question des grands enjeux sociétaux, notamment l’immigration, la laïcité, l’école, la banlieue, l’intégration des minorités, la lutte contre les fanatismes religieux. But it’s the economy, stupid ! Dans ce contexte, une politique en faveur des démunis avait été promise. Mais là aussi, l’échec! D’une part, le chômage n’aura pas reculé tandis que plusieurs millions de Français et de Françaises vivent en dessous du seuil de pauvreté relative. La boutade de Coluche trouve ici toute sa signification: « La gauche aime tellement les pauvres qu’elle en fabrique. » D’autre part, ceux qui ont déjà un emploi sont désormais soumis à la loi anti-travailleurs d’El Khomri passée au Parlement grâce à l’article 49.3, forceps sur lequel s’est appuyé le gouvernement ‘de gauche’ de Manuel Valls pour, entre autres, faciliter les licenciements économiques, payer moins cher les heures supplémentaires de 25% à 10%, rogner le pouvoir des syndicats par le biais de référendum.
Face à tout cela, Benoît Hamon empruntera le sentier de la fronde. Il en paiera le prix fort, lâché par ses collègues de parti, ceux-là mêmes qui s’étaient engagés à respecter le verdict des primaires. « Répugnants! » leur avait, à juste titre, lancé Jean-Luc Mélenchon. Aujourd’hui, la nécessité d’un front républicain est invoquée urbi et orbi pour barrer la route à Marine Le Pen, oubliant au passage que l’ascension de cet extrémisme est le fruit de leur propre déficit tant sur le plan économique que social. Mais aussi, ne l’oublions pas, le résultat d’un froid calcul de François Mitterrand qui, « ne laissant au hasard que la part qui lui revient », utilisait l’extrême droite comme contre-feu à la droite traditionnelle pour assurer un boulevard au PS. Mais présentement la configuration politique se trouve radicalement altérée, le sol se dérobant sous un PS sonné, proche du K.O. si ce n’est le chaos. La rançon des dérives! Les prochaines législatives porteront peut-être l’estocade. L’heure de Mélenchon?