Quelque 7,8 millions d’électeurs malgaches seront appelés aux urnes demain pour effectuer une première sélection parmi les 33 candidats en lice pour l’élection présidentielle malgache. Ils seront appelés le 20 décembre à arrêter leur choix définitif quant au nouveau président de la République qui mettra fin à la période de transition et d’instabilité qui dure depuis 2009 lorsque Marc Ravalomanana a été forcé de quitter le pouvoir pour le remettre à l’armée qui à son tour l’a remis à une autorité de transition précisée par Andry Rajoelina. « C’est le processus électoral le mieux organisé de toute l’histoire de Madagascar », a déclaré ce matin au Mauricien Jean Claude de l’Estrac, secrétaire de la COI qui se rend aujourd’hui dans la Grande Île.
La campagne électorale a pris fin officiellement hier après-midi, marquée par des meetings à travers le pays et une forte présence médiatique avec des journalistes des grands journaux et des chaînes de télévision internationales. Quelque 800 observateurs y ont également été déployés. Ils représentent les Nations unies, l’Union africaine, la SADC, la Francophonie et la COI, entre autres. Cette dernière a déployé une importante équipe d’observateurs comprenant des hauts officiels venant de Maurice, de La Réunion, des Comores, dirigée par l’ancien président de la République des Comores, M. Assoumani. L’ex-président de la République Cassam Uteem se trouve également à Madagascar à la tête d’une mission d’observateurs.
Ces élections sont suivies avec intérêt à Maurice non seulement par les autorités politiques qui ont été partie prenante tant au niveau du groupe de contact qu’au niveau de la SADC et de la COI dans la recherche d’une solution en vue d’un retour d’un régime conforme à la Constitution à Madagascar. Les nombreuses entreprises mauriciennes ont ouvert des succursales commerciales dans la Grande Île où des entrepreneurs comme CIEL Group disposent de plusieurs unités de production. Les dirigeants de CIEL Textiles, qui emploie plusieurs milliers de Malgaches, comptent beaucoup sur un retour à la normalité constitutionnelle qui entraînera immédiatement la levée des sanctions imposées par les grandes puissances économiques dont les États-Unis qui ont suspendu Madagascar de l’AGOA. « Grâce à l’AGOA qui permettait de toucher le marché américain, les unités de textile d’Aquarelle et de Floreal Knitwear à Madagascar étaient devenues les plus efficientes dans tout le groupe », a fait comprendre un dirigeant de CIEL Groupe samedi.
Plusieurs grands projets régionaux et bilatéraux dont celle visant à faire de Madagascar un grenier de la région sur le plan de production alimentaire sont en attente du déblocage de la situation dans la Grande Île. C’est également le cas pour le développement de la connectivité aérienne et maritime de la région.
Pour la première fois dans les annales de Madagascar, les élections sont organisées par une commission électorale (La CENIT). Jusqu’ici, les élections étaient organisées par le ministère malgache de l’Intérieur avec la méfiance que cela pouvait créer. Contrairement aux élections précédentes où les candidats avaient à imprimer leurs propres bulletins de vote, ces bulletins ont été imprimés cette fois par la Commission électorale. Ainsi, trente-trois candidats sont représentés sur un bulletin de vote unique. Chaque électeur sera appelé à marquer son choix devant le nom et la photo du candidats choisi. Les premiers résultats seront annoncés par la Commission électorale dans une semaine. Autour de 20 000 bureaux de vote ont été répartis sur le territoire malgache.
Madagascar compte une population de 22 millions de personnes dont la moitié de jeunes
Selon les observateurs politiques, on s’attend à ce qu’une demi-douzaine de candidats soient qualifiés pour le deuxième tour. « Ce sera l’entre-deux-tours de tous les dangers », fait-on ressortir. La CENIT aura la tâche très ingrate d’expliquer à la population les raisons pour lesquelles certains n’ont pas été choisis.
L’avenir de Madagascar dépendra de ces deux mois jusqu’au 20 décembre pour le deuxième tour qui coïncidera avec les élections législatives pour élire les députés au parlement. Il n’est pas impossible qu’Andry Rajoelina se présente aux élections législatives dans l’idée de devenir le prochain Premier ministre malgache.