« La presse ne doit faire aucun compromis avec la recherche des informations utiles aux citoyens, au risque de déplaire aux élus, administrateurs et ministres du peuple. La presse – il faut rompre avec cette idée – n’est pas un quatrième pouvoir, à côté des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire : elle est la servante libre de la démocratie »
Marc-Antoine Dilhac, professeur agrégé de philosophie, docteur en philosophie (Le Monde.fr)
Il est réconfortant de voir, ces jours-ci, avec quelle vigueur la presse indépendante mauricienne défend notre droit constitutionnel à l’information. Elle prouve, tous les jours, à quel point elle est éprise de sa mission de « servante libre de la démocratie ». Nul besoin de sorciers pour nous apprendre que des pans entiers de notre liberté seraient déjà au fond d’un précipice sans ce garde-fou que sont nos quelques journaux insoumis aux diktats des « grands du jour ». A voir la hargne et les tentatives d’intimidation de ces derniers face aux vérités effarantes qui sont, ces jours-ci étalées, nous avons des raisons de croire qu’ils rêvent d’un peuple ignare et naïf qu’ils vampiriseraient à souhait.
Nos politiciens adorent ces électrons libres que sont ces cireurs et ces « tout va très bien Madame la Marquise » qui hantent certaines rédactions fantoches et qui ne sont en fait que leurs pires ennemis. Quand ils le réaliseront, la vague tueuse aura peut-être déjà déferlé. La société civile, elle, préfère la vérité (même celle qui fait mal) et déteste le culte de l’opacité. Elle veut savoir si ses serviteurs payés des deniers publics sont au service du pays tout entier ou seulement à celui de quelques dindons de leur basse-cour particulière. Le chef de famille veut savoir si son labeur profite à ses enfants et à son pays ou à quelques concussionnaires qui ne connaissent pas la valeur et encore moins la beauté de l’honneur. Pour avoir ces réponses, le citoyen fait plus, et de loin, confiance à la presse libre. Il sait que son pays est vermoulu et que ce ne sont pas ceux qui en sont responsables qui lui diront l’ampleur.
Notre classe politique, dans sa totalité, cultive cette crainte de la vérité et tente de bâillonner cette presse indépendante. L’opposition, sainte-nitouche quand ça l’arrange, gagnerait, à coup sûr, des dividendes en condamnant cette tentative d’étouffement, mais elle fait sa timide. Elle hurle sous le molleton craignant que des échos ne viennent raviver quelques souvenirs douloureux de son passé intolérant vis-à-vis de cette même presse. Il est malheureux que nos élus, trop occupés à s’autoglorifier, n’arrivent pas à ressentir ce dédain grandissant du peuple face à leurs mensonges et à leur mégalomanie.