Avec les nombreux problèmes que rencontre l’environnement et le besoin vital de le protéger, il est essentiel d’éveiller les consciences dès le plus jeune âge. À Maurice, on a tendance à initier des actions éphémères, non inscrites dans le long terme. Il convient de remédier à cette lacune pour donner aux enfants, adultes de demain, une conscience environnementale.
“Les Mauriciens jettent des déchets chez leurs voisins, dans les rivières et sur les plages. Au fil des années, c’est devenu une chose normale et acceptée. Le geste de polluer ne suscite aucune culpabilité chez les Mauriciens. Lorsqu’on observe ce comportement, on ne peut que conclure que cela découle d’un manque d’éducation. C’est un problème flagrant d’éducation environnementale”, soutient Vassen Kauppaymuthoo, ingénieur en environnement. Une analyse qui se tient et qui implique qu’il faut absolument pallier ce manque d’éducation et de conscientisation.
Éveil.
Cet éveil des consciences passe inéluctablement par l’éducation dès le plus jeune âge. Un enfant à qui on aura fait comprendre les fondamentaux de la protection de l’environnement est plus apte à se soucier du sort de son pays et de sa planète, dans l’immédiat comme dans le long terme. “En tant qu’éducatrice, nous devons savoir que les enfants apprennent principalement par imitation, surtout avant l’âge de cinq ans”, souligne Nancy Brochu, éducatrice au Canada et responsable de l’ONG Oceanyka. Cette ONG intervient sur trois volets principaux : éducation environnementale, recherche et protection de l’environnement. Avec, en toile de fond, des solutions pour la pauvreté extrême.
Le problème à Maurice, c’est que les actions sont spontanées et ponctuelles, et ne s’inscrivent que rarement dans la durée. Certes, un module est désormais consacré à l’environnement dans le cursus scolaire du primaire et du secondaire, mais cette initiative doit être accompagnée d’un suivi à long terme.
On ne peut que saluer certaines initiatives prises par des ONG ou des entreprises qui ont à coeur la protection de l’environnement. La MCB a récemment lancé un concours réservé aux écoles primaires sous la thématique Make A Wish. Il consiste à inciter les écoliers à soumettre un projet d’une valeur de Rs 100,000 à travers un voeu destiné à embellir l’établissement scolaire, améliorer leur qualité et celle du personnel ou encore protéger l’environnement.
Éphémère.
De telles initiatives ont une très grande importance, car elles amènent les enfants à réfléchir et, partant, les sensibilisent à la cause environnementale. C’est là que les autorités publiques auraient dû apporter leur contribution. Certes, elles encouragent de tels projets mais n’en initient que rarement. “Il est malheureux que dans notre système éducatif, nous n’enseignions pas aux enfants les fondamentaux de la protection de l’environnement. Il n’y a pas assez d’initiatives pour conscientiser les enfants depuis le plus jeune âge. Quand vous parlez de biodiversité à des jeunes, ils ne savent pas ce que c’est. Nous devons revoir notre système éducatif. Nous avons maintenant des modules sur l’environnement à l’école, mais ce n’est pas suffisant”, souligne Selven Govinden de FreeArt.
Nancy Brochu ajoute pour sa part qu’“il semble que pour des enfants d’âge préscolaire, on se contente trop souvent de faire des actions éphémères sans aucun sens véritable. Ces enfants n’ont donc aucune raison de poursuivre ces gestes, d’autant qu’ils n’ont guère l’occasion de rencontrer ces exemples de protection et de respect envers l’environnement au sein de leur famille”.
Dans la même optique, la conscientisation des enfants doit être poursuivie au fur et à mesure qu’ils grandissent, jusqu’à leur vie d’adulte. “C’est pourquoi Oceanyka vise à multiplier les actions pro-environnementales autour de ces jeunes, pour qui il faut rendre visibles et palpables ces gestes protectionnistes envers leur propre milieu afin qu’ils puissent les intégrer dans leur quotidien et ainsi prendre des habitudes de vie qui deviennent familières et automatiques”, souligne Nancy Brochu.
Valeurs et citoyenneté.
Outre la prise de conscience environnementale, c’est une véritable prise de conscience citoyenne et de valeurs qui doit être insufflée chez l’individu dès son plus jeune âge. “Il nous faut initier une éducation citoyenne et planétaire. Peu importe la méthode, il faut replacer la citoyenneté au centre du débat. Tant qu’on ne fait pas cela, on est à côté de la plaque”, dit Karim Jaufeerally de l’Institute for Environmental and Legal Studies.
“Les actions gouvernementales ne semblent pas adaptées du fait de leurs objectifs trop souvent axés sur le court terme et dirigés vers des gains financiers potentiels. En revanche, si on arrive à faire comprendre que le vrai statut d’un pays réside dans ses valeurs sociales, on arrivera peut-être alors un jour à faire des progrès ostensibles. Le développement de la conscience environnementale ne peut, selon moi, que venir de la population, de ces gens qui croient et qui sont prêts à réagir pour conscientiser ceux qui le sont moins. Le changement doit venir de la base, et des enfants”, soutient Nancy Brochu.