Même si les dernières prévisions de Statistics Mauritius, publiées en fin de semaine, misent sur un taux de croissance de 3,7% en 2014, les conditions d’une reprise susceptible d’insuffler un nouvel élan aux activités économiques se font encore désirer. En effet, les prévisions établies officiellement au niveau des principaux secteurs s’annoncent frileuses avec l’industrie du bâtiment, supportant un fardeau d’endettement de Rs 73,8 milliards, se préparant pour une quatrième année consécutive de contraction. Du côté du chômage, la tendance ne semble guère connaître de renversement avec les placements sous le Youth Employment Programme (YEP) assurant que le nombre de sans-emplois en cette fin d’année ne franchisse par la barre fatidique des 50 000. D’autre part, le Board of Investment (BOI) a déjà élaboré un calendrier d’activités sous forme de Roadshows et de conférences internationales en vue d’attirer des investissements pour la nouvelle année.
La croissance de 3,7% pour 2014, soit supérieure aux 3,2% de 2013, cache des facteurs qui auraient pu susciter des inquiétudes dans la conjoncture économique. Le fait incontournable est que la morosité, qui a gagné le secteur de la construction depuis 2011, se maintiendra l’année prochaine. Après des taux de contraction de 2%, 3% et 9,4%% respectivement au cours de ces trois dernières années, 2014 ne s’annonce guère différente avec une décélération de 2%. Ces prévisions sont sujettes au fait que les chantiers de construction dans le domaine public, annoncés dans le Budget 2014, se concrétisent dans les meilleurs délais pour contrebalancer la baisse des investissements privés dans le secteur.
Cette contreperformance dans le bâtiment est enregistrée en dépit du fait que le Board of Investment fait état d’accélération dans la mise à exécution de projets sous l’Integrated Resort Scheme (IRS) et de Real Estate Scheme (RES). Le BOI annonce avoir donné son feu vert à 18 projets RES en 2013, représentant des investissements de Rs 5,9 milliards contre Rs 1,6 milliards l’année dernière. Le nombre de villas en construction est passé à plus de 200 dans 41 projets contre 144 unités dans 22 en 2011.
Mais le facteur le plus inquiétant concerne le niveau d’endettement des opérateurs dans ce secteur économique. Les avertissements de la Banque de Maurice contre les risques d’un éclatement de la bulle immobilière ont eu pour effet que la progression de l’endettement du secteur de la construction a connu un net ralentissement depuis mai dernier. C’est ce qu’indiquent les données compilées par la Banque Centrale pour les besoins de la Sectorwise Distribution of Credit to the Private Sector.
A la fin d’octobre dernier, les crédits bancaires alloués à la construction se montaient à Rs 73,8 milliards, soit quelque Rs 400 millions de plus que pour le précédent mois. Entre avril et mai de cette année, la dette des compagnies de construction auprès des banques avaient progressé d’un peu plus de Rs 2 milliards. De ces Rs 73,8 milliards, Rs 41,1 milliards ont été avancées pour la construction de logements et Rs 14,1 millions pour des projets de développement commercial.
Les prévisions de croissance dans les autres secteurs économiques qui se comparent difficilement à la performance prévue pour 2013 sont comme suit :
Manufacture: des prévisions de 2,6% ont été établies pour 2014 contre 3,1% cette année même si la production sucrière progressera d’un point contre une baisse de 0,6% en 2013. Le statu quo, avec une croissance de 2%, est annoncé pour le secteur du textile à condition d’une nette reprise sur les marchés d’exportation traditionnels avec les « Other Manifacturing » se contentant d’un 2% contre 7% en 2013.
Entreprises d’exportation: un rebond de 1,5% en 2014 pour effacer la baisse de 0,9% de cette année. Le Board of Investment se félicite de l’implantation de deux nouvelles entités, soit Sun Packaging (Mauritius) Ltd, une société d’Oman spécialisée dans l’impression de l’emballage souple pour l’industrie alimentaire et Ji Yun Knits, un fabricant de tricots d’Afrique du Sud,
Tourisme: même si la barre du million de touristes sera une réalité confirmée en 2014, le taux de croissance dans ce secteur économique de 2,6% sera inférieur aux 3,5% de cette année. Pour l’année prochaine, les projections de Statistics Mauritius misent sur des recettes brutes touristiques de Rs 44,5 milliards contre Rs 41,5 milliards, soit un renversement de la tendance actuelle. Dans son dernier bulletin mensuel disponible sur son website depuis vendredi, la Banque de Maurice note que « tourism receipts for the period November 2012 to October 2013 decreased by 8,8 per cent to Rs 40,904 million from Rs 44,851 million in the corresponding period a year earlier ».
Un nouveau casse-tête
Statistics Mauritius prévoit que le secteur des services financiers et des assurances enregistrera une croissance de 5,2% en 2014 contre les 5,4% de cette année alors que la dernière édition des National Accounts Estimates prend le soin de préciser que « on basis of information gathered on key sectors of the economy and assuming the same implementation rate as in 2013 for measures announced in the last budget regarding public investment projects, GDP for 2014 would grow by around 3,7%, higher than the 3,2% growth in 2013 ».
L’évolution du chômage est suivie avec vigilance car la barre des 50 000 demandeurs d’emplois pourrait tomber. Les dernières statistiques indiquent qu’il faudra s’attendre à un taux de 8,2% cette année, soit 49 600 chômeurs. Des placements pour quelque 3 000 jeunes sous le Youth Employment Programme (YEP) auront permis de maintenir le nombre de chômeurs sous les 50 000 jusqu’ici. Mais le début de l’année, avec l’entrée sur le marché du travail des jeunes, ayant terminé leurs études, représentera un nouveau casse-tête pour les autorités, d’autant plus que 37% des chômeurs enregistrés sont âgés de moins de 25 ans.
De son côté, le Board of Investment a établi cinq priorités pour 2014, à savoir attirer des investissements directs étrangers à Maurice, stimuler les investissements locaux, améliorer la visibilité de Maurice sur les différents marchés étrangers, promouvoir les exportations de service et approfondir la Africa Strategy. Pour traduire dans la réalité ces objectifs, une campagne de promotions tous azimuts a été élaborée en ciblant des marchés-phares en Afrique, en Asie-Pacifique, en Europe et en Amérique du Nord.
Au niveau de sa participation dans des conférences internationales, le BOI signifie son intention d’être présent au Mining Indaba à Cape-Town entre le 3 et le 6 février de  l’année prochaine, à l’Africa CEO Forum à Genève du 17 au 19 mars, au Mines and Money de Hong Kong les 27 et 28 mars, au Property Investor Show de Londres les 11 et 12 avril, à la Global Private Equity Conference de Washington du 12 au 15 mai et à l’International Outsourcing Forum 2014 se déroulant en Espagne en octobre 2014.
Les Roadshows du BOI, assurant la promotion des secteurs comme les services financiers, l’éducation, la santé, les TICs, le port-franc et l’immobilier, se dérouleront comme suit: en Afrique du Sud (Durban, Johannesburg et Cape-Town) avec un séminaire d’investissements pour le secteur des services du 27 au 30 janvier, en Inde (Chennai/Hyderabad/Bangalore) conjointement avec la Chamber of Industry of India du 3 au 7 février, à Paris avec un séminaire organisé en collaboration avec la MEDEF les 20 et 21 mars, en République populaire de Chine du 31 mars au 5 avril, en Australie (Perth et Sydney) en juin, à Londres avec un séminaire sur le thème Business Passport for Africa en juin et retour en Afrique du Sud en août.
Par ailleurs, le BOI prévoit d’organiser sept Mauritius Conferences en Afrique en vue de « enhance the visibility of Mauritius as an investment, trading and business services plaform for Africa ». Les pays identifiés pour ce projet faisant partie du Budget 2014 sont le Gabon (février), le Nigeria (mars), le Kenya (mai), le Mozambique (juillet), l’Afrique du Sud (août), l’Ethiopie (octobre) et la Côte d’Ivoire (novembre).
Cette campagne de promotion du BOI comprendra également un volet sur le plan local, notamment consacré au secteur de la santé les 23 et 24 avril, à la finance islamique en marge d’une conférence internationale sous l’égide de la Banque de Maurice du 19 au 22 mai, aux services financiers et miniers en juin et un séminaire sur Private Equity Mauritius les 25 et 26 septembre de l’année prochaine.