La Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI) estime, dans ses prévisions concernant la croissance économique de Maurice publiées ce matin, que le taux sera de 3 % cette année. Ce qui est inférieur aux prévisions de Statistics Mauritius (3,2 %) et de la MCB (3,1 %).
L’année 2013 sera encore moins bonne avec un taux de croissance de 2,9 %, ont observé Mahmood Cheeroo et Renganaden Padayachy, respectivement secrétaire général et manager de l’Economic Analysis and Industry Division de la MCCI. Comme devait l’expliquer M. Padayachy, les prévisions de la Chambre sont basées sur une série de variables exogènes : investissements, consommation, épargne, dépenses publiques, importations, exportations et le nombre de personnes sans emploi selon les données publiées par Statistics Mauritius. Ces informations indiquent une variation des investissements privés de -3,3 % contre 1,9 % l’année dernière, des investissements publics de 7,7 % (-4,7 % en 2011), des dépenses publiques de 2,8 % (2,3 %), des dépenses privées de 2,5 % (2,5 %), des importations de biens et services de 2,7 % (6,4 %), des exportations des biens et services de 4,4 % (6,7 %) et un taux de chômage de 8 % (7,9 %). Elles font aussi état d’une hausse de la valeur moyenne de la roupie en 2012 par rapport à 2011. C’est sur la base de ces données que la MCCI est parvenue à une prévision moyenne de 3 % pour 2012.
Mahmood Cheeroo et Renganaden Padayachy rappellent que depuis le début de l’année, Statistics Mauritius et la Banque de Maurice avaient annoncé des taux de croissance de 4 % et de 3,8 %; ces taux ont été régulièrement revus à la baisse et au troisième trimestre, les deux institutions prévoient des taux de croissance de 3,2 % et de 3,3 % respectivement.
« Ces chiffres démontrent le côté aléatoire de la prévisibilité économique en ces temps incertains, marqué par la succession des crises et où des données changent au fil des jours », constate Renganaden Padayachy.
« À la MCCI, nous avions annoncé en novembre 2011 un taux de croissance de 3,8 % et nous avons revu ce chiffre à la hausse en mai dernier. Cette dernière prévision était basée sur un retournement positif de la conjoncture mondiale observé par le FMI, caractérisé par la stabilisation des prix des produits pétroliers et surtout une baisse graduelle de la valeur de la roupie, qui de l’avis d’une grande majorité d’experts, avait été surévaluée d’au moins 15 %. »
Mahmood Padayachy constate que les faits ont été tout autres. La valeur de la roupie est en hausse en 2012 par rapport à celle de 2011 ; l’économie mondiale s’affaiblit depuis le début du deuxième trimestre ; la confiance des consommateurs est en déclin dans la plupart des grandes économies ; la progression de l’investissement des entreprises s’est aussi ralentie et la perte de dynamisme pourrait persister sous l’effet de la récession dans la zone euro et des vents contraires qu’elle fait souffler sur le commerce mondial.
S’agissant de 2013, les deux dirigeants de la MCCI constatent que la rentrée économique se présente plutôt mal. L’administration américaine n’a pas commencé à assainir ses finances publiques et le déficit budgétaire se creuse de nouveau ; la Chine est en net ralentissement ; la production industrielle chinoise a progressé en juillet à un rythme le plus faible depuis mai 2009 ; pour l’Europe, c’est la déprime ; l’Allemagne, la France et l’Italie ont connu deux trimestres d’affilée de croissance négative ; au Royaume Uni c’est la récession ; la mise en place de nouvelles politiques d’austérité, notamment en France, en Espagne et en Italie, risque d’avoir des répercussions sur la demande interne et d’affaiblir les échanges extérieurs ; l’assainissement budgétaire exerce un effet de freinage sur l’activité économique à court terme.
Mahmood Padayachy considère que ces différents éléments demeurent préoccupants pour Maurice. L’année prochaine sera toutefois meilleure que cette année ; l’OCDE prévoit que les interventions des pouvoirs publics seront suffisantes pour empêcher des événements encore plus déstabilisants dans la zone euro ; les cours du pétrole ne subiront pas de dérèglements majeurs ; l’assainissement budgétaire aux États-Unis ne sera pas trop perturbateur. Il estime qu’à Maurice le taux d’inflation sera de 5,5 % et celui du chômage de 8,4 % ; les investissements privés devraient connaître une variation de -4 % ; les investissements publics une variation de 7 % ; les importations de biens et services (+2 %) ; les exportations de biens et services (+3 %).
Sur la base de cette analyse macro-économique, la MCCI anticipe un taux de croissance de 2,9 % pour 2013, « toutes choses égales par ailleurs ».
Selon M. Cheeroo, cette analyse des faits indique qu’il « faudra prendre des mesures rigoureuses dès maintenant. La croissance de l’année prochaine se construit cette année », insiste M. Cheeroo.