Au sein des collèges et dans les centres du Mauritius Institute of Training and Development (MITD), tous s’accordent à dire que la prise en charge des cours pour les troisième et quatrième années d’étude de la filière Prevocational Education par deux organismes distincts et totalement différents dans leur structure de gestion est loin de donner des résultats satisfaisants à tous les niveaux. « Sistem-la pa bon ditou » : voilà ce qu’on entend partout. Il y a environ quinze jours, lors d’une réunion des représentants de divers organismes tombant sous la tutelle du ministère de l’Éducation concernant la formule d’évaluation des élèves, des voix ont réclamé l’abandon de la formule actuelle. Elles souhaitent qu’on retourne à l’ancien système, soit les trois premières d’études au sein du collège et la quatrième année de formation confiée entièrement au MITD, au lieu que l’élève fasse le va-et-vient pendant la semaine entre ces deux institutions.
Il y a au total 1 900 élèves en troisième année de Prevoc et 1 700 autres en quatrième année, incluant Rodrigues. Quand ils ne sont pas dans leurs collèges respectifs à des jours fixés ils doivent se rendre vers des centres MITD. Il y en a 17 à travers le pays qui les accueillent. La situation a été si désastreuse et inquiétante au premier trimestre s’agissant du déroulement et de la qualité de la formation que des directeurs des collèges avaient envisagé de ne plus envoyer leurs élèves à la reprise des classes après les vacances de Pâques dans ces centres du MITD. Pendant une semaine, celles du Collège Lorette de Curepipe ne se sont pas rendues au MITD Clairfonds à cause d’un grave problème d’insécurité autour de l’école aussi bien que dans la cour de récréation. Il faut dire que le comportement indiscipliné des élèves, ceux de la troisième année en particulier, couplé au manque de fermeté des responsables de certains centres a favorisé la pagaille par moment.
Comparativement à cette situation chaotique qui a prévalu durant les quatre premiers mois de l’année, il y a eu quelques efforts dès le début du second trimestre de la part de l’administration centrale du MITD, pour redresser la situation. En effet, les critiques formulées par les collèges touchant plusieurs aspects — le contenu du cours, la gestion des classes, l’indiscipline et l’insécurité, l’absence de supervision, le manque de matériel, les relations, l’environnement physique, le manque de coordination – n’ont pas été vaines. L’on affirme que des mesures ont été prises au niveau de la discipline, de la présence en classe et de l’enseignement. « Nous sommes un peu plus en sécurité et ils ont durci les règlements. Les élèves récalcitrants sont renvoyés », témoignent quelques élèves de MITD Clairfonds. « Nous avons rendu les classes plus attrayantes et les élèves et les enseignants ont les outils nécessaires. Les enfants mettent la main à la pâte et ils s’absentent moins », tente de rassurer un instructeur. Toutefois les centres n’ont couvert à ce stade que 25 à 40 % du programme qui aurait dû avoir été accompli jusqu’ici. « Il y a eu une légère amélioration mais on est encore très loin », avoue un des responsables de ce projet éducatif.
Des Instructors, des responsables des centres et des cadres du MITD refusent d’endosser la responsabilité s’agissant des manquements dans l’organisation des cours à l’intention des élèves de Prevoc. Si le ministère a eu des discussions avec les responsables du MITD sur le contenu du projet et sa philosophie, les préparatifs pour sa mise en application ont fait cruellement défaut, aux dires de certains officiers. « Nou finn diskit boukou pandan enn lane lor “bizin fer ceci bizin fer cela”, me pa lor kouma pou fer li. Jusqu’à la rentrée, on était dans le flou », confient quelques-uns. L’absence totale de concertation avec les collèges, qui sont le principal partenaire dans ce programme de formation, a été un autre manquement de la part du ministère. « Il ne faut pas jeter le blâme sur le personnel travaillant dans les centres du MITD. Ils n’ont pas été préparés pour accueillir ces centaines d’élèves. Le ministère est en tort pour un manque de planification », soutient un directeur d’un collège privé.
À mi-chemin de ce deuxième trimestre scolaire, plus d’un au MITD souhaite vivement le retour à l’ancienne formule mais en proposant un nouveau cursus aux élèves. « Les élèves n’ont pas encore 15 ans en arrivant chez nous et le changement est trop brutal pour beaucoup d’entre eux. Laissons les élèves rester dans leur collège jusqu’à la fin de la troisième année et ils viendront chez nous pour une Foundation Course », plaide un officier du MITD ayant une longue carrière dans ce secteur de la formation. « Je suis d’accord qu’il faut réorganiser complètement cette Foundation Course afin qu’elle réponde aux besoins des jeunes », poursuit cet officier.
Il y a environ quinze jours, le ministère de l’Éducation a organisé une réunion avec les représentants des organismes suivants : le Mauritius Institute of Education, le Mauritius Examination Syndicate, la Mauritius Qualifications Authority, la Private Secondary School Authority et le MITD, pour discuter de la méthode d’évaluation des élèves en troisième et quatrième années de Prevoc. Or des participants ont mis en exergue les problèmes majeurs relatifs à la cogestion de ce programme d’études et ont réclamé le retour à l’ancienne formule dans l’intérêt des élèves. Mais selon nos informations les cadres du ministère refusent de voir en face les problèmes et dans les management meetings hebdomadaires ils préfèrent avancer : « Everything is under control. »
L’on apprend que les techniciens de la Banque mondiale seront à Maurice au cours du troisième trimestre scolaire pour une évaluation de ce programme de Prevocational Education. Un aspect qui, selon nos informations, les intéressera particulièrement, est le taux de présence des élèves.