Le premier trimestre dans le secteur Pre-Vocational Education s’est révélé déplorable contrairement aux changements annoncés avec éclats par le ministre de l’Éducation en décembre dernier. Les directeurs des collèges privés brossent un tableau sévère pour ce qui est du volet de la formation se déroulant dans les centres du MITD et destiné aux élèves de la 3e et 4e année d’études. Déjà, on note des répercussions sur le parcours scolaire des jeunes concernés. « Students are gradually losing interest in anything related to school. » À une semaine de la rentrée du deuxième trimestre le ministère réagit et a promis hier après-midi aux responsables des collèges lors d’une réunion de régler les problèmes.
À la fin de l’année dernière, le ministre de l’Éducation Vasant Bunwaree avait annoncé des changements majeurs et fort prometteurs dans la filière Prevocational Education et qui devaient, selon lui, révolutionner ce secteur d’études. En effet, sur papier, le projet proposé par le ministre est séduisant. Mais la réalité est tout autre en prenant connaissance des nombreuses critiques au sein des collèges s’agissant particulièrement de la 3e année et de la 4e année d’études.
« La situation est bien catastrophique », commente Tejnarain Chumroo, porte-parole de la Fédération des Managers des collèges privés. « Nous sommes très déçus de la manière dont cela se fait. C’est le sentiment qui habite l’ensemble de notre secteur », ajoute Brian Pitchen, un des enseignants en poste dans le secondaire catholique.
Pour les 3e et 4e années, les cours se déroulent dans les collèges pour la partie théorie et dans les centres de MITD pour le volet des travaux pratiques – deux fois par semaine pour les élèves de la Year 3 et deux fois par semaine pour la Year 4. C’est spécifiquement par rapport à la formation prise en charge par le MITD que le bât blesse. Et à l’unanimité les chefs d’établissements et les enseignants du Pre-voc dénoncent l’absence de planification pour la mise en pratique de ce volet. Une situation qui donne lieu à un désintéressement des élèves. « Il y a aujourd’hui un taux d’absentéisme plus élevé par manque d’intérêt, mais le plus grave est que certains décident d’arrêter l’école », constatent plusieurs recteurs qui le signalent d’ailleurs dans leurs rapports.
Les nombreux problèmes portés officiellement à la connaissance du ministère de l’Éducation sont communs à plusieurs centres de MITD qui accueillent les élèves de Pre-voc depuis le début de l’année. L’indiscipline et le changement de comportement des élèves choquent aujourd’hui leurs profs et les chefs d’établissement et sont parmi les principaux griefs. « Nos élèves de troisième année ont adopté les mauvaises habitudes qui règnent dans ces centres. Nous ne reconnaissons plus nos élèves quand ils retournent à l’école. Zot nepli respekter person, nou nepli ena kontrol lor zot », relate un directeur de collège. « Ce qu’ils nous racontent par rapport à l’indiscipline qui règne là-bas nous effraie. Ils affirment que ni les responsables de ces centres ni les enseignants n’exercent aucun contrôle en classe. D’après ce qu’ils nous racontent il y a un mismanagement. They tell us that pupils and teachers do as they wish », ajoute un autre chef d’établissement. Il est fréquent que des élèves quittent l’enceinte des centres de formation à l’heure de la récré ou des breaks sans que les responsables ne remarquent leur absence pour le reste de la journée. Des filles racontent qu’elles sont embarrassées par le harcèlement constant des garçons en classe et pendant la recréation au point que certaines d’entre elles n’éprouvent aucune envie de venir à l’école. Elles soutiennent qu’il y a souvent des clans qui se forment en raison du mélange des élèves venant de divers établissements. Elles font mention aussi des bagarres fréquentes entre les élèves et que les responsables des centres minimisent malheureusement. Depuis qu’ils vont dans les centres de MITD certains garçons et filles ont pris goût à la cigarette et fument en cachette dans les toilettes. Quand des enseignants consciencieux tentent de faire respecter la discipline et les règlements ils n’y parviennent pas.
Dans un des rapports envoyés au ministère, on fait état de « serious incidents » qui se sont déroulés au MITD Clairfonds le 13 mars et qui ont été rapportés à la police. Ce jour-là des individus ont fait irruption dans le centre peu après les cours et ont agressé physiquement un garçon. Les enseignants ont essayé de le protéger contre ses agresseurs mais n’ont pas réussi et ont été agressés verbalement pour leur part. Le bureau du directeur a été saccagé ce jour-là. Ces individus sont venus roder autour du centre les deux jours suivants pour terroriser les filles malgré une présence policière. À la suite de ces incidents, deux élèves ont abandonné l’école. Dans un autre centre, un jeune a balancé une chaise en direction d’un prof !
Il n’y a pas que les élèves qui se conduisent mal dans ces centres de MITD. Des jeunes se sont plaints à plusieurs reprises auprès de la direction de leur collège de « langage agressif, vulgaire et insultant » des instructeurs de MITD à leur égard.
Les responsables notent plusieurs faiblesses dans le programme d’études et la journée scolaire serait aussi peu attrayante dans les centres de MITD. Suffisant pour démotiver les élèves mais aussi quelques profs. Jusqu’ici il n’y a pas de programme d’études bien défini pour la Year 4. Les élèves se plaignent alors de similitudes avec les programmes d’études qu’ils ont déjà suivis à l’école et disent qu’ils n’apprennent rien de nouveau au MITD. D’autres dénoncent l’absence de travaux pratiques pour les cours de Design, de cuisine et de couture.
À l’heure où les élèves devraient avoir les classes de Physical Education, on les dirige vers les tables de carrom ou les jeux de dominos parce qu’il n’y a pas de prof de P.E. « There is no more motivation. They do not understand the need to go to MITD, where they say, nothing useful or even interesting is being done », peut-on lire dans un rapport soumis par un collège.
Dans leur constat, les responsables évoquent aussi l’état déplorable des locaux de plusieurs de ces centres MITD comme par exemple, les cours et toilettes sales, la mauvaise aération et le manque de clarté des salles de classe, l’eau sale provenant des robinets, le manque d’espace à l’heure de la récréation et de poubelles… Ils soulignent aussi un manque d’équipements dans les laboratoires et des outils de travail insuffisant à la disposition des enseignants.
L’absence de communication entre le ministère de l’Éducation – collèges privés – MITD est un sérieux problème que le ministère devrait résoudre au plus vite s’il veut que ce projet éducatif reparte sur des bonnes bases dès le début du prochain trimestre scolaire. Les responsables du ministère ont donné l’assurance hier après-midi à leurs partenaires du privé pour remédier aux failles, et ce en présence des membres de la direction de la PSSA.