Des adolescents de la filière Prevocational au Collège St Mary’s West en présence de leurs parents livrent des témoignages stupéfiants sur le déroulement de leurs journées scolaires au MITD-Maingard durant 2013. Ces jeunes n’ont pas eu la chance de faire partie du main stream académique mais témoignent d’un désir réel à se donner une chance pour réussir. Or, ils constatent amèrement qu’ils n’ont guère progressé dans la nouvelle formule d’apprentissage. D’où un appel pressant en direction du ministère de l’Éducation de les laisser poursuivre leur quatrième et dernière année d’études entièrement au sein de leur collège. Inquiet lui aussi, le BEC, à deux reprises, a demandé officiellement la prise en charge pendant toute la semaine des 3e et 4e “Prevoc”. Mais il n’y a eu aucune mention de cette requête lors du dernier management meeting du ministère durant la semaine écoulée et qui était consacré à la rentrée 2014.
« Sa sistem-la pa ti bon ditou … Nou finn rekile pandan enn lane… » confiaient au Mauricien avec tristesse mercredi dernier Sahir, Ivana, Julie, Jhameela et Annaëlle. Ces jeunes, âgés de quinze ans, se font le porte-parole de leurs amis de classe au Collège St Mary’s West et affirment qu’il y aurait aussi beaucoup de mécontents dans d’autres collèges mais que « bann lezot per pou koze … ». Ce qui donne lieu à la colère, tant parmi les élèves que les enseignants et les parents, c’est la formule d’apprentissage qui est comme suit depuis janvier de cette année : trois jours au collège et deux jours au MITD pour la 3rd Year et deux jours au collège et trois jours au MITD pour la 4th Year.
Plusieurs fois, des enseignants du Prevoc, des chefs d’établissements, des instructors du MITD ont critiqué la nouvelle formule qui a engendré des tas de problèmes à divers niveaux et qui sont de nature très grave dans plusieurs cas. Le ministère a été informé officiellement des griefs des protestataires. Et pas plus tard que mercredi dernier, Brian Pitchen, enseignant au Collège St Mary’s West, lors d’une conférence de presse à l’ICJM, a dénoncé la pagaille qui a prévalu dans cette filière durant l’année et a cloué au pilori le système. « J’ai trois mots pour qualifier ce secteur de l’éducation en 2013 — chaotique, désastreux et inquiétant. Les officiers du ministère qui sont sur le terrain sont parfaitement au courant des problèmes mais pourquoi ne disent-ils pas la vérité au ministre ? », demande avec colère ce jeune enseignant qui a soumis il y a quelque temps au ministère un document très élaboré sur ce secteur et qui contient des propositions pour une réforme.
C’est au tour de ces cinq jeunes de St Mary’s West de déballer leurs griefs sur un ton posé. Il y a deux faits qui les ont encouragés à faire entendre leurs voix à un mois de la prochaine rentrée scolaire ; d’une part le silence du ministère sur la demande du BEC pour cinq jours au collège et de l’autre, une régression notable dans des matières académiques qu’ils apprennent au collège. Ils ont mal travaillé aux examens internes et attribuent leur faible performance aux deux jours passés dans les locaux du MITD. « Le MITD a été une perte de temps… », disent sur un ton catégorique ces jeunes. « Akoz sa bann sanzman-la, mo finn bes dan matematik sa lane-la », dit une des filles. Ces jeunes ne sont pas non plus insensibles aux remarques négatives de leurs enseignants concernant leur comportement. « Nou bann profeser dan kolez dir ki nou finn sanze depi ki nou al MITD e kan nou analiz nou mem nou trouve ki li vre. » Ces jeunes décrient l’absence de discipline au MITD ayant eu pour conséquence un changement dans leur manière d’être.
Ces cinq jeunes disent par ailleurs qu’ils ont vite déchanté dès la fin du premier mois scolaire au centre MITD. « La réalité était bien différente de ce qu’on nous avait dit le premier jour de notre arrivée au sujet des cours. Bann-la pa ti pe swiv program ditou », affime Ivana, la porte-parole. Les travaux pratiques inscrits sur l’emploi du temps concernaient la menuiserie, la pâtisserie/la cuisine, la couture et l’agriculture. Or, ils confient n’avoir pas eu l’occasion au cours de l’année de toucher aux outils dans l’atelier de menuiserie. « Zot finn zist fer nou fer enn vizit dan latelyer-la e get li. Profeser-la dir pena dibwa pou travay. Alaplas nou finn aprann koup tiyo PVC », raconte une des filles. « Nou finn fer zist cookies », ajoute une autre élève concernant les cours pratiques en pâtisserie/cuisine. Ont-ils eu plus de chance dans le domaine du jardinage ? « Enn lane nou finn lev platband ; touseki finn fer nou plante pa finn pouse », poursuivent ces adolescents. S’agissant de la couture, ces jeunes ont confectionné un sac et ont appris à « tir patron ».
D’après les adolescents, les journées scolaires au MITD ne leur étaient d’aucun intérêt et justifient ainsi leurs absences régulières durant l’année écoulée. « Nou finn prefer rest lakaz », avouent-ils. En revanche, ils ont été très enthousiastes à se rendre au collège les mercredi, jeudi et vendredi.
L’autre principale critique de ces jeunes et de leurs parents concerne l’environnement physique de ce centre MITD. Ils affirment que les lieux seraient sales et qu’il y a un manque flagrant de sécurité dans la cour. Ce centre de formation se trouve dans une ancienne école primaire qui est mise à la disposition de plusieurs ONG pour diverses activités. De ce fait, il y a un va-et-vient incessant dans cet endroit. « Ena boukou lezot aktivite ki deroule dan sa batiman-la, dimounn rantre-sorti tout lazourne e personn pa pran kont », déplorent ces jeunes, qui se plaignent aussi de la présence de nombreux individus qui rôdent autour de ce bâtiment.
Pour leur part, les parents de ces jeunes reprochent sur un ton très sévère l’administration de ce centre MITD, son manque de communication alors qu’il y a, disent-ils, un contact permanent entre le collège et la famille. « Dan kolez sak fwa ki mo zanfan pa vinn lekol mo gagn kout telefonn pou demann mwa ki fer li pa la. Zot inform nou regilierman ki progre ki nou zanfan pe fer ou si ena lezot problem. Me zame mo finn gagn enn kominikasyon avek MITD, zot pa mem anvi kone ki fer zanfan absan », témoigne Samina Bakurally.
Ces jeunes expriment leur désir de compléter leur parcours de Prevoc mais craignent, disent-ils, une prochaine année « désastreuse » au sein du centre MITD. Ils souhaitent que la dernière étape se déroule dans de bonnes conditions, d’où leur demande insistante au ministère de permettre à leur collège de les accueillir l’an prochain durant les cinq jours de la semaine. Leurs parents sont au courant de la démarche entreprise par le BEC dans cette direction et souhaitent que le ministère ouvre le dialogue à ce sujet. L’organisme catholique qui prépare la rentrée scolaire 2014 pour ses écoles vient d’envoyer une nouvelle correspondance au ministère au sujet de sa demande mais n’a obtenu aucune réponse.