Alors que les « injustices » causées par l’alignement salarial d’un groupe d’instituteurs seulement ont fait grand bruit, d’autres cas « d’inégalités » font aujourd’hui surface. Des enseignants et des assistants maîtres d’école déplorent les écarts dans le salaire entre les différents « batches » recrutés ces dernières années. D’autres ont été sommés de rembourser des sommes car ils auraient été « surpayés ». Si au niveau des écoles du gouvernement la résistance s’organise pour le « non remboursement » des sommes réclamées, dans les écoles catholiques, en revanche, le remboursement a été fait depuis l’année dernière. La colère gronde dans ce secteur.
Il existe en ce moment un véritable « désordre salarial » dans le secteur de l’éducation, pour reprendre l’expression de Vinod Seegum, président de la Government Teachers’ Union (GTU). Cette situation découlerait d’un cafouillage dans le dernier rapport du PRB. D’abord, seuls les enseignants avec le titre d’Educator ont obtenu l’alignement salarial avec les enseignants du secondaire. Ce qui a causé une grosse frustration dans le secteur car seuls ceux recrutés à partir de 2008 ont ce titre. Si les syndicats comptent sur le prochain rapport du PRB pour corriger cette anomalie, entre-temps, d’autres « inégalités » apparaissent, accentuant davantage la frustration.
L’année dernière, les assistants maîtres d’écoles ont reçu une lettre, leur indiquant qu’ils doivent rembourser la « travelling allowance » qui leur a été versée suite à « une mauvaise interprétation du PRB ». Ceux des écoles catholiques ont été avisés par la Roman Catholic Education Authority que la somme due allait être départagée en mensualités et déduite de leur salaire. « Aussitôt que nous avons reçu la lettre, nous avons dû commencer le remboursement », confient des assistants maîtres d’écoles, pris de court par une telle décision.
En revanche, ceux du gouvernement n’ont rien remboursé à ce jour. Aucune disposition n’avait d’ailleurs été prise pour cela. Si bien qu’en décembre 2015, le ministère a décidé de supprimer cette allocation. Ils ont été informés par une circulaire le 29 janvier dernier. Alors que certains craignent de devoir rembourser une somme colossale, Vinod Seegum, lui, rassure : « Il n’y aura aucun remboursement. J’ai parlé à des personnes du ministère qui m’ont donné l’assurance qu’aucun remboursement ne sera réclamé. De même, j’ai remis une copie de la circulaire au directeur du PRB pour lui montrer à quel point le dernier rapport provoque toujours des problèmes. J’espère que le prochain rapport viendra remédier à cela. »
Que se passera-t-il alors pour ceux qui ont déjà remboursé ? Une directive formelle du ministère de l’Education est attendue. Qui plus est, le cafouillage est à point tel qu’en même temps que certains remboursaient la « travelling allowance », ils continuaient à percevoir cette même allocation. « Cela démontre à quel point il y a un désordre dans ce secteur. »
Cette nouvelle demande de remboursement est venue remuer le couteau dans la plaie car certains estiment être « victimes » de mauvaises interprétations du PRB. À titre d’exemple, des assistants maîtres d’école du secteur catholique, promus au début des années 2 000 avec un salaire de Rs 36 575, n’ont même pas droit au « commuted travelling » de l’ordre de Rs 2 200, tandis que leurs collègues promus récemment, ainsi que ceux du gouvernement, y ont droit. Nous avons essayé de savoir auprès des autorités catholiques à quel niveau se situe le problème, mais tout le monde était pris dans une activité autour de la réforme. Il nous revient toutefois qu’une réunion est prévue au ministère de l’Education à ce sujet lundi. Ces assistants maîtres d’écoles se disent d’autant plus « découragés » qu’à chaque rapport du PRB, le seuil est repoussé.
Mais ce n’est pas tout : les écarts de salaire entre les différents « batches » d’enseignants recrutés demeurent également incompris. D’un batch à l’autre, il peut être de l’ordre de Rs 4 000 alors que, pour le suivant, il est seulement de Rs 900. « Nous avons l’impression que nos jeunes collègues nous rattrapent alors que nous piétinons. Et dire qu’on fait les promotions sur une base de mérite. A quoi sert la compétition alors ? »
Vinod Seegum indique, lui, que le salaire doit être uniforme dans tous les secteurs. « Qu’on soit enseignant du gouvernement, des écoles catholiques ou de Rodrigues, il y a un même barème pour tous. D’ailleurs, nous ne tolérerons jamais qu’il y ait des inégalités. Par le passé, nous sommes intervenus à Rodrigues pour corriger ce genre d’erreurs. »
De son côté, Clency Kelly, président du syndicat des enseignants des écoles catholiques, se dit également conscient du problème. « Comme le prochain rapport du PRB est attendu pour bientôt, nous espérons qu’il viendra corriger toutes ces anomalies. Autrement, nous n’aurons d’autres choix que de nous tourner vers d’autres instances. »
Mais les assistants maîtres d’écoles ne sont les seuls à qui on réclame des sommes. Des instituteurs des écoles catholiques recrutés en 2005-2007 se voient contraints ces jours-ci de rembourser des « surpaiements ». Là également, il y a eu un mauvais calcul des « increments » datant d’un an. Selon Clency Kelly, la question des calculs et des interprétations du PRB sont parfois compliquées. « Le BEC s’aligne sur les directives du ministère. Mais là également, les interprétations diffèrent car ce sont les zones qui travaillent dessus. Parfois, une zone a une interprétation qui n’est pas la même dans une autre zone. »
Les enseignants tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme car ils souhaitent que le prochain rapport du PRB vienne mettre de l’ordre dans ce secteur. « Nous travaillons tous de la même manière et avons les mêmes diplômes. Pourquoi alors les allocations diffèrent de zone en zone ou de batch en batch ? » se demandent-ils.