Les remarques de la semaine dernière lors du forum national sur le Prevocational Sector au sujet des classes de “repeaters” du CPE ont relancé les discussions dans les écoles primaires sur la pertinence de telles classes. Des Head Teachers et des enseignants réclament carrément leur abolition en mettant en exergue la triste réalité de ces classes. D’autres proposent de sélectionner les redoublants ayant les capacités d’améliorer leurs performances. En attendant que les décideurs trouvent la bonne formule, le terme “CPE repeater” est un stigmate dur à porter chaque année pour quelque 4 000 enfants.
Si les syndicalistes du primaire participant au débat national consacré à la filière Prevocational Education (PVE), incluse dans le secondaire, n’ont pu s’empêcher d’évoquer la situation quelque peu désolante des repeaters au primaire, c’est parce qu’il y a un lien direct entre les deux secteurs. En effet, ce sont ceux qui n’arrivent pas à obtenir leur diplôme du CPE qui sont dirigés vers les classes du PVE. Or, année après année, la grande majorité des repeaters échouent à leur deuxième tentative aux examens du CPE. Sans compter que beaucoup d’entre eux échouent dans toutes les matières et n’ont toujours pas acquis, après sept ans de scolarisation, les notions de base de l’écriture, de la lecture et du calcul.
Il y a deux types d’opinion dans les écoles au sujet des classes de repeaters. L’un est très cruel, et dans ce registre voilà ce qu’on entend : « Ces élèves ne sont intéressés à rien. Ces classes ne sont ni plus ni moins que des garderies pour grands enfants » ; « c’est du gaspillage à tous les niveaux, envoyez-les directement dans les Prevocs » ; « ce sont eux qui font stagner le taux de réussite au CPE chaque année. Enlevez les repeaters et le taux de réussite grimpe à 90 % »… Il y a aussi des éducateurs plus compatissants et plus nuancés dans leurs propos : « Ce n’est pas de leur faute s’ils n’y arrivent pas, le programme n’est pas adapté à leurs besoins. Voilà le mal » ; « Tous ne sont pas mauvais académiquement. Il y a quelques-uns qui font de bonnes surprises à leur deuxième tentative ».
Ce qui est vrai, et qui ne peut être ignoré par les responsables de l’éducation nationale, c’est que le redoublement après la première tentative du CPE arrive trop tard pour les enfants concernés. « Comment un enfant qui a obtenu cinq “U” (NDLR : unclassified – moins que le minimum requis pour réussir) dans toutes les matières après six ans d’études pourra se rattraper en une année ? » s’interrogent enseignants, Head Teachers et inspecteurs du primaire ainsi que des travailleurs sociaux. « Il ne faut pas se voiler la face. Leur demander de repasser le CPE selon le même programme d’études et selon le même rythme de travail que les élèves brillants est une tâche herculéenne, voire impossible », affirme Moonsamy Sunassee, président de la Mauritius Head Teachers Union.
Difficultés d’apprentissage
Pour régler le problème, la GTU réclame sans détours l’abolition de la classe des repeaters et préconise à la place un système de redoublement beaucoup plus tôt, soit au niveau des Std III et IV. Elle souligne, en effet, qu’il est beaucoup plus facile d’y remédier à la base. À ce sujet, son président a interpellé le ministre de l’Éducation mercredi dernier sur l’existence d’une circulaire officielle datant de 1992 autorisant le redoublement au niveau de la Std III, soit à la dernière année du lower primary. Vinod Seegum demande au ministère d’informer les parents dont les enfants ont des difficultés d’apprentissage de cette possibilité qui, soutient-il, est une chance pour leurs enfants. « Qu’on abolisse ainsi la classe de repeaters et que les enfants soient dirigés directement vers le PVE », suggère le président de la GTU.
Mais tous les pédagogues ne sont pas foncièrement contre la classe de repeaters CPE. Alain Doolub, le responsable des écoles primaires catholiques, souligne un autre type d’échec au CPE : ceux qui réussissent dans deux ou trois matières ou même quatre mais qui ne parviennent pas à décrocher le diplôme du CPE car ils ont échoué en anglais ou en mathématiques ou en français. À souligner qu’il faut obligatoirement avoir réussi dans ces trois matières principales pour obtenir le CPE. « Si l’enfant n’a échoué que dans deux matières et si on voit qu’il s’intéresse aux études, pourquoi ne pas le laisser refaire le CPE ? » s’interroge Moonsamy Sunassee. « Ne soyons pas radicaux. Donnons sa chance à l’enfant qui a le potentiel pour mieux faire la prochaine fois », insiste Alain Doolub.
Le porte-parole des Head Teachers des écoles du gouvernement suggère au ministère de fixer des critères pour être admis dans une classe de redoublants au CPE. « Le redoublement ne doit pas être obligatoire », dit-il. « On peut par exemple tenir compte des résultats à la première tentative ainsi que de la présence à l’école durant les années passées », propose M. Sunassee. D’après son expérience d’une trentaine d’années dans l’enseignement, il y a quelques redoublants qui peuvent intégrer les classes de CPE normales pour la deuxième année, tandis que d’autres requièrent un programme d’études selon leurs besoins afin d’être mieux armés pour repasser une deuxième fois le CPE.