Le gouvernement propose l’Enhancement Programme aux élèves des Std III et IV tandis que le Bureau de l’Éducation catholique offre l’Enrichment Programme pour la Std V, qu’il étendra à la Std VI l’an prochain. Sur le plan global, le bilan est mitigé quant à la participation  des élèves, mais la motivation des parents est plus prononcée dans les écoles RCA. Ces deux organismes déboursent gros pour l’organisation de ces cours, qui sont dispensés après les heures de classes. Pourquoi ces deux principaux partenaires de l’éducation nationale ne mettraient-ils pas en commun leurs ressources pour élaborer, ensemble, un programme d’accompagnement des élèves, lequel bénéficiera de l’adhésion de tous les parents ?
Dès son  introduction en octobre 2010, l’Enhancement Programme a été vigoureusement critiqué par les divers syndicats du primaire. Après trois ans, l’opinion du personnel enseignant et des Head Teachers n’a guère changé. Voilà ce qu’on entend dans les écoles dès qu’on questionne le personnel sur le déroulement de l’Enhancement Programme : « Faillite », « échec total », « décevante », « catastrophique », « enn fiasko », « sa pa finn mars ditou », « enn gapillaz kas… ». Les enseignants soulignent particulièrement le faible taux de présence des élèves à ces cours de l’après-midi. La Mauritius Head Masters Association a d’ailleurs fait une évaluation de ce projet et rendra public sous peu ses conclusions. Selon ce syndicat, la moyenne générale de participation des élèves est de 50%, mais un coup d’oeil aux taux de présence de chaque école révèle des différences marquante. « Ayo, zanfan pa vini. Si enn dizenn zanfan prezan li bokou », témoignent des professeurs en poste dans une high demand school des hautes Plaines-Wilhems.
Véritable tour de force du ministère de l’Éducation en ce troisième trimestre pour convaincre les parents à envoyer leurs enfants à l’Enhancement programme. Après les appels téléphoniques aux parents, le ministère a demandé aux chefs d’établissement  d’organiser des réunions pour expliquer la philosophie de ce programme éducatif. Les parents n’y ont toujours pas accroché. « D’après ce que me raconte mon enfant, c’est une perte de temps. C’est pourquoi après un mois, j’ai arrêté de l’envoyer », explique une mère de famille. Pourtant, sur papier, les objectifs de cet Enhancement programme sont fort louables : d’une part il vise à combattre les leçons particulières et, de l’autre, il propose une autre méthode d’apprentissage aux enfants à travers une panoplie d’activités.
L’Enrichment programme, dans les écoles RCA, est en vigueur depuis le début de l’année. Les responsables du BEC se disent « satisfaits » du bilan. « Cette première année va au delà de nos espérances », affirme ainsi Alain Doolub, responsable des écoles RCA. Ce dernier reste cependant honnête dans son analyse. « Dans les écoles où les parents ont bien compris l’objectif du projet, la présence des enfants frise les 100%. C’est le cas dans les écoles se trouvant dans les régions rurales. Mais dans les high demand schools des villes, des parents – qui sont toujours dans l’esprit de la compétition – sont réfractaires à ce que nous proposons », explique encore Alain Doolub. Certes, l’Enrichment Programme n’a pas eu l’adhésion de tous les parents, mais les classes ne sont pas clairsemées. C’est ce que nous avons pu constater jeudi dernier en nous rendant à l’école Notre Dame du Bon Secours RCA, située dans  la capitale. Le taux de présence varie non seulement d’une high demand School à l’autre, mais aussi d’une classe à l’autre. « Au sein d’une même école, la présence dans une classe pour l’Enrichment Programme peut dépasser les 90% alors que, dans une autre, elle tourne autour de 50%. C’est pour cette raison qu’il est faux de dire que les parents des écoles high demand boudent l’Enrichment programme », poursuit le responsable des écoles RCA.  Le BEC étendra ce programme éducatif  à partir de janvier prochain au Std VI,  mettant par là même fin à la pratique des leçons particulières dans ses écoles.  Les parents d’élèves du CPE ont déjà été informés depuis le début de l’année de cette décision.
Si les deux principaux partenaires de l’éducation nationale reconnaissent le besoin d’un soutien additionnel aux élèves après les heures normales de cours, une question s’impose d’emblée : pourquoi ne peuvent-ils pas travailler ensemble pour élaborer un nouveau projet commun dans ce sens, allant dans l’intérêt des enfants et de l’éducation et, surtout, visant à plus d’efficacité ? Sans compter que la mise en pratique de l’Enrichment Programme et de l’Enhancement Programme a un coût financier. Le personnel perçoit en effet les allocations mensuelles suivantes : Rs 3 300 (enseignant), Rs 4 100 (responsable de l’école), Rs 200 (par session pour le Ressource person) et Rs 800 (caretaker). « Depuis 15 ans, nous attendons une décision du ministère au sujet de l’abolition des leçons payantes dans les écoles. Le ministère a fait un pas au niveau du Std IV, mais ne donne aucune indication sur ce qu’il compte faire pour les Std V et VI. Pour notre part, nous sommes soulagés d’avoir franchi ce pas et nous allons améliorer notre Enrichment programme pour répondre aux besoins des élèves. Cet Enrichment programme est suffisamment étoffé et se déroule sous la supervision d’une autorité. Il n’y a pas lieu qu’un enfant prenne des leçons particulières. S’il n’y a pas de leçons particulières dans toutes les écoles primaires de Maurice, cette collaboration est possible », répond Alain Doolub.
Par ailleurs, il y a une semaine, l’évêque de Port-Louis, lors de la messe pour la fête de la St-Louis – à laquelle ont participé les dirigeants politiques –, lançait un appel au dialogue entre  l’Église catholique et l’État. Un dialogue qui permettrait de trouver, ensemble, des pistes de collaboration sur des questions concernant l’ensemble de la population. « Les institutions de l’Église ont des problèmes similaires à celles de la société civile (…) Mettons nos ressources en commun, car nous avons aussi un but commun : servir le peuple et nous entraider dans la recherche de ce qui est vraiment juste et droit », a vivement souhaité l’évêque de Port-Louis. « Nous sommes là simplement pour servir le développement humain du peuple mauricien dans toute sa diversité, chacun à partir de son lieu et avec ses responsabilités propres », avait ajouté Mgr Piat. L’éducation est un terrain sur lequel le ministère et l’Éducation catholique peuvent davantage oeuvrer ensemble. Une proposition conjointe ministère-BEC à partir d’une refonte de l’Enhancement programme/Enrichment programme  pourrait répondre à cet appel de l’évêque de Port-Louis.