L’événement phare de la rentrée scolaire 2012 sera l’introduction du kreol comme matière optionnelle. Les écoles commencent à s’organiser, en attendant la publication des manuels. Au-delà de la polémique qui a alimenté ce dossier, tout le monde attend de voir quel sera l’impact de l’introduction de la langue maternelle dans le cursus scolaire.
Malgré les craintes et incertitudes, le kreol morisien fera bien son entrée à l’école en 2012. Quelque 3 000 parents ont choisi cette langue pour leurs enfants cette année. Selon nos informations, le guide de l’enseignant et le cahier de l’élève sont déjà prêts et seront distribués aux écoles dans les jours à venir. Entre-temps, les écoles s’organisent pour accommoder le kreol dans l’emploi du temps.
C’était le cas hier à la Roman Catholic Education Authority (RCEA) où une réunion des maîtres d’école a eu lieu au sujet de l’introduction du kreol à l’école. Selon Alain Doolub, secrétaire de la RCEA, cette réunion était particulièrement importante car les écoles catholiques n’ont enregistré que neuf demandes — sept enseignants et deux étudiants — pour l’enseignement du kreol. « Le ministère de l’Éducation nous a donné des enseignants comme c’est le cas pour les langues asiatiques, afin que nous puissions avoir les classes de kreol dans nos écoles comme prévu. Il fallait maintenant organiser le timetable afin que les classes dans différentes écoles ne coïncident pas. »
Dépendant du nombre de demandes, les élèves seront regroupés ou répartis en plusieurs groupes. Dans certaines écoles, le nombre de parents ayant opté pour le kreol s’élève à 72, alors que dans d’autres, il n’y en a que six.
Seul petit détail : vu que les cours de kreol se tiendront en même temps que ceux des langues asiatiques, certaines écoles n’ont pas d’espace pour des classes supplémentaires. Valeur du jour, on essaye de s’organiser pour voir si on peut alterner les cours.
Démarche historique
Pour les convaincus, l’entrée du kreol à l’école ne peut faire que du bien aux enfants. Jimmy Harmon, membre de l’Akademi Kreol Morisien, ne manque pas de souligner le caractère historique de cet événement. « Il y a d’abord la dimension de la reconnaissance de la langue. Mais ce qui est aussi important, c’est l’intérêt démontré par les parents. J’espère que ce programme va bien démarrer et permettra de rassurer les gens, afin que nous puissions passer à un autre niveau. Par exemple, l’utilisation du kreol comme médium d’enseignement. »
Tout en reconnaissant qu’il n’a pas été d’accord sur certains aspects de ce programme, Jimmy Harmon dit attendre avec intérêt les manuels. « Il y a eu déjà une première copie qui était intéressante. Nous avons donné notre point de vue pour l’améliorer et j’espère qu’il a été pris en considération. »
Du côté des syndicats, les réactions sont partagées. Vinod Seegum, président de la General Teachers Union, dit soutenir ce projet à 100 %. « Bien avant la décision du gouvernement nous avons toujours dit que l’utilisation du kreol était un moyen de combattre l’échec. Nous allons soutenir ce projet et y apporter notre collaboration pour que ce soit une réussite. »
Vinod Seegum précise que plusieurs membres de son syndicat ont suivi les cours de formation pour l’enseignement du kreol. Toutefois, il dit son désaccord sur la manière dont la formation a été faite. « Six mois de formation ce n’est pas suffisant. Nous aurions souhaité une formation sur trois ans pour un diplôme plus complet. » De même, Vinod Seegum se demande si les maîtres d’école, qui sont supposés superviser les cours ont été formés au kreol.
À la General Purpose Teachers Union, l’appréciation est différente. Selon Ashik Junglee, conseiller pédagogique, l’introduction du kreol se fera « en dents de scie » car beaucoup de parents et d’enseignants n’en sont pas convaincus. « La difficulté avec le kreol est qu’il n’offre pas d’ouverture sur le monde. De nos jours, tous les parents visent haut pour leurs enfants. Personnellement, j’aurais souhaité que le gouvernement consolide davantage les ressources humaines pour l’apprentissage des langues étrangères. »
Quoiqu’il en soit, le kreol fera bien son entrée à l’école en 2012. Pour Ledikasyon Pu Travayer, qui milite depuis 1976, c’est tout simplement le début d’une victoire pour la langue kreol à Maurice. Attendons voir toutefois dans le concret, comment le projet sera mis à exécution.