A l’heure où la crise de l’euro polarise l’attention de nos décideurs politiques et économiques, nous risquons d’oublier un élément fondamental. Les plans de relance comme les initiatives tout azimut, tant dans le secteur du tourisme que le transport aérien en passant par l’industrie,  font largement l’impasse sur un fait indéniable. Même le projet Maurice Île Durable (MID),  relooké à coup de ‘E’s,  ne semble plus en faire sa priorité absolue. Il s’agit de notre dépendance sur les énergies fossiles, en particulier dans un contexte où le prix du baril connaît son niveau le plus élevé depuis  presque un an. Pire, jamais n’a-t-on vu ce prix se maintenir aussi longtemps à un tel niveau.
Au-delà de la dimension environnementale, il y a aussi l’impératif économique de réduire notre dépendance sur les énergies fossiles. Les mesures de sauvetage proposées jusqu’ici ressemblent beaucoup à un troisième Stimulus Package. Comme les deux précédents, et le dernier Budget, l’on note peu de considération quant à la question énergétique. Est-ce parce que celle-ci est une vache laitière, par excellence, dont le rendement sous forme de taxes et de contributions différentes ne fait qu’augmenter avec le prix du baril ?  Une telle approche est insoutenable surtout aux niveaux social et environnemental. Les acteurs économiques gagneraient  à réfléchir sur l’impact d’un baril de l’or noir à 150 dollars, voire plus.
 Espérons vivement que ceux qui planchent sur le MID Policy, Strategy and Action Plan ne se laissent pas berner par ceux qui ne font que du business-as-usual. La politique MID, en particulier son aspect énergétique, doit se situer dans le cadre d’une autre approche économique. L’intégration des coûts sociaux et environnementaux est désormais une nécessité.  Plus que des mesures cosmétiques, il nous faut un élan global vers la réduction de notre dépendance sur les énergies fossiles. L’opportunité d’une économie verte locale, même régionale, est bien présente. Cette tâche doit concerner tout le monde, pas uniquement un Ministère.  Il faut un changement culturel dans notre manière même de concevoir l’énergie qui passe aussi par l’éducation et la formation. Le renforcement des capacités doit être entrepris de toute urgence afin de permettre le fonctionnement des institutions de manière efficace.
 La volonté politique est présente, mais peut-être qu’elle n’est pas bien répartie à tous les niveaux. Il faudra maintenant s’armer de courage. Il est question d’un leadership qui nous permet de changer notre regard, surtout sur le lien entre l’économie et l’énergie. Il s’agit ainsi de réinventer notre modèle de développement. Ce n’est que de cette manière que nous pourrons alors passer d’une vision partagée à une transformation cohérente. Certes, les autorités doivent assumer leurs responsabilités ; mais celles des consommateurs et du secteur privé, entre autres, ne sont pas moindres.
Un appel donc tant au monde des finances, de l’économie et des affaires qu’à la société civile à s’engager pleinement dans un nouveau paradigme où l’énergie n’est pas qu’un « intrant » mais une valeur durable.