Une « full-fledged enquiry, suivie des mesures et sanctions » : c’est ce que réclame le POA, syndicat des officiers des prisons, dans le sillage de l’incident survenu dimanche soir à la prison de Beau-Bassin, section hommes. Un incident, et c’est une première, impliquant deux groupes d’officiers de la prison… Le syndicat déplore, à cet effet, « la manière de faire discriminatoire de certains hauts gradés qui créent un malaise parmi le personnel de la prison ». Dans le même ordre d’idées, la POA souhaite que « tous les employés de la prison soient sujets aux mêmes règlements et lois, ce qui n’est pas le cas actuellement ».
L’affaire remonte à ce dimanche 15 janvier. « Les officiers qui devaient relever ceux qui étaient de service durant la journée sont arrivés. Après s’être alimentés au “mess” qui se trouve à l’extérieur du bloc, ils se sont dirigés vers le secteur où ils sont soumis à une fouille réglementaire avant de prendre leur service. C’était aux alentours de 18 h 50. »
Dans ce groupe qui vient d’arriver se trouve un officier « qui compte quelques années de service déjà et qui était “on duty” la veille au soir ». « Quand ce Prison Officer, qui fait partie de l’unité General Section, arrive pour se soumettre au “rub down search” réglementaire, l’officier responsable de la fouille lui fait comprendre qu’il faut que sa nourriture également soit “searched”. Ce à quoi le Prison Officer s’est opposé, parce qu’il était clair qu’il était “singled out” et que cette manoeuvre visait à le nuire. L’officier était disposé à subir la fouille au corps réglementaire, mais n’était pas d’accord que les récipients qui contenaient sa nourriture soient retournés aux mêmes fins. »
Sur ce point, la POA explique : « Nous sommes conscients qu’il se peut que les officiers aient des soupçons et des doutes sur certains autres officiers. Nous savons pertinemment bien qu’il existe des brebis galeuses et qu’il faut absolument stopper ces pratiques. Cependant, ce que nous pensons, c’est que dans les cas où les hauts gradés ont des soupçons sur des officiers, il serait mieux d’emmener l’officier en question vers une autre salle, sous escorte et à l’abri des regards, et non pas le soumettre à cette fouille élaborée devant ses collègues. »
Dimanche soir, quand le Prison Officer a refusé que « sa nourriture soit soumise à un examen, alors que ses collègues en étaient exemptés, cela a créé un malaise. D’autant que la veille également, il avait été soumis au même traitement et que rien n’avait été trouvé de suspect ni de compromettant dans ses affaires. L’officier estime qu’il s’agit là d’une forme de harcèlement envers lui. »
La POA poursuit : « Le responsable de la Search Unit a alors sollicité l’intervention d’une quinzaine de PSS pour maîtriser le Prison Officer. Dans cette manoeuvre, le Prison Officer a été malmené. Les PSS ont fait usage de force et il était clairement “outnumbered” ! »
Intervention de l’ADSU
Dans le même souffle, ajoute la POA, « le responsable de la Search Unit a fait appel à un surintendant de la prison qui habite dans les quarters avoisinants. Celui-ci est arrivé et a demandé à ce que le Prison Officer soit carrément menotté ! Ces gestes ont inévitablement créé un brouhaha dans les couloirs de la prison. » La POA avance que « selon des officiers sur place, ce dimanche soir, ce surintendant était visiblement sous l’influence de l’alcool quand il est arrivé à la prison. Ils disent que son haleine en témoignait… »
Sur ces entrefaites, les officiers qui étaient de l’autre côté des barreaux et qui ont été attirés par les bruits « se sont rapprochés pour savoir ce qui se passait. Quand ils ont compris, ils étaient à leur tour assez irrités de la tournure des choses. Le ton est monté d’un cran et il s’en est fallu de peu pour que ces officiers n’en viennent aux mains ! »
Afin de calmer les choses, un DCP (Deputy Commissionner of Prison), un ACP (Assistant Commissionner of Prison) et un PMO (Prison Medical Officer) ont été mandés sur les lieux. « Ils sont arrivés aux alentours de 20 h 30. L’incident est survenu vers 18 h 50. Malgré l’intervention de ces trois éléments, la situation n’a pas pu être décantée. De fortes tensions étaient palpables entre les deux groupes d’officiers de la prison. Et il a fallu l’intervention de l’ADSU, qui est arrivée vers 21 h 30, pour que les choses reviennent à la normale. »
Le syndicat des officiers est « offusqué et outré par cette démarche ! On a traité un officier au même titre qu’un détenu ! C’est une violation de ses droits constitutionnels et nous dénonçons fortement de tels agissements. »
Les membres du syndicat des officiers de la prison précisent : « Nous sommes entièrement d’accord avec le fait que cette fouille soit pratiquée. Il en va de la sécurité de tout le monde et c’est une mesure importante pour le bon déroulement des choses. Mais il convient bien entendu que tous les officiers soient soumis au même règlement. Et non pas que certains en soient dispensés tandis que d’autres sont quasiment harcelés, comme dans le cas de ce Prison Officer dimanche. »
À l’issue de l’incident, « l’officier en question a été examiné par le médecin en fonction. Il a aussi été dirigé vers l’hôpital. Ses médecins ont trouvé qu’il a été psychologiquement bouleversé. C’est très dommage qu’on en soit arrivé là. L’officier a bénéficié de quelques jours de congé maladie et reprendra bientôt son travail. »
La POA a avisé le commissaire des prisons Jean Bruneau de l’affaire et « attend les conclusions de l’affaire. Nous ne voulons pas qu’à cause de certains hauts gradés et leur manière de faire discriminatoire, des malaises s’installent parmi le personnel de la prison. »
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« Rien de suspect ni compromettant »
À l’arrivée des membres de l’ADSU, dimanche soir, le Prison Officer « a été emmené, escorté par ces agents, vers son locker. Ses effets personnels et autres ont tous été soumis à des examens scrupuleux », soutiennent les membres de la POA. « Et à l’issue de cette fouille, rien de suspect ni de compromettant n’a été trouvé. Il n’y a donc aucun reproche envers ce Prison Officer ! »
De ce fait, relève la POA, « nous réclamons une full-fledged inquiry pour faire la lumière sur cet incident. Et il faut, selon ce que cette enquête trouvera, que les officiers concernés et responsables soient sanctionnés et des mesures prises pour que de telles situations ne se reproduisent pas. Cela nuit énormément au travail d’équipe. Les Prison Officers ont une grande responsabilité. Qu’ils se tiraillent entre eux est très révélateur d’un manque de leadership parmi les hauts gradés. »
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« Une même loi pour tous les officiers »
Plusieurs unités d’officiers travaillent dans l’enceinte de la prison, dont ceux de la General Section, la Prison Security Squad, la Trade Section, la Intelligence Unit, la 24/7 Search Team, ceux qui pratiquent les Office Duties, les Dynamic Security Officers ainsi que le personnel médical et les mécaniciens. Or, estime la POA, « ces subdivisions et les pratiques de certains hauts gradés à dispenser certaines personnes du respect des règlements, comme les PSS qui ne sont pas soumis au “rub down search” ou les membres de la Intelligence Unit qui ont le droit d’utiliser leurs portables à l’intérieur des blocs où sont gardés les détenus, ce type de situation finit par créer des malaises au sein du personnel. Ce n’est pas sain du tout. »
Le syndicat cite « le message du CP Bruneau à l’occasion du Nouvel An. Il a encouragé l’unité et l’esprit d’équipe au sein des prisons. Mais cela ne saurait être possible si certains officiers font la pluie et le beau temps et se permettent de dispenser certains officiers d’observer les règlements. Il n’y a qu’un règlement et tous les officiers doivent s’y soumettre ! »
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Bruneau « pris dans une réunion »
Sollicité pour une réaction ce matin par Le Mauricien, le commissaire des prisons Jean Bruneau n’a pu faire de déclarations. Il « ?tait pris dans une r?union durant toute la matin?e », nous affirme sa secrétaire. Il convient de souligner que la POA a soumis une correspondance au CP Bruneau en milieu de semaine où se retrouvent les éléments de l’incident survenu dimanche dernier et présentant les requêtes du syndicat.