Vendredi 17 janvier, ils étaient plus de 200 détenus, cette année, à célébrer le Thaipoosam Cavadee à la prison de Beau-Bassin. Pour la quatrième année consécutive, l’Achagar Soondarajen Maistry a officié aux prières et rites marquant cette fête religieuse. Neuf dévôts ont porté le cavadee, cette année, contre 7 l’an dernier. « Cette fête prend de plus en plus d’ampleur parmi les détenus », estime l’Achagar Maistry. Pour sa part, le Commissaire des Prisons (CP), Jean Bruneau, souligne que « la spiritualité permet au détenu de faire un pas de plus vers sa réhabilitation et sa réintégration sociale ».
« Nous avons partagé un moment très fort en émotions et une expérience très riche, cette année, avec les prières avant le Cavadee, la cérémonie de “Kodi”, le nettoyage du kovil, et tous les rites culminant vers la fête », explique l’Achagar Soondarajen Maistry. Le CP Jean Bruneau abonde dans le même sens : « Il y a eu un grand élan humain et de solidarité parmi les détenus, que nous avons noté cette année. Cela s’est traduit surtout au moment de remettre à neuf le temple, le nettoyage et la préparation pour accueillir la fête. »
Poursuivant dans cette même direction, le CP ajoute : « Nous encourageons fortement les détenus à se tourner vers la religion. La spiritualité est un pas en avant vers la réhabilitation et la réinsertion sociale. C’est une étape importante dans le cheminement du détenu. » Même son de cloche de la part du religieux Maistry qui précise : « Durant les dix jours qui précèdent la fête et qui sont marqués par les prières intenses, un grand nombre de dévôts ont manifesté leur désir sincère et un intérêt sans artifice pour la religion. » De ce fait, du côté de l’administration des services pénitentiaires, le nécessaire est fait pour « encourager tous les détenus, indépendamment de leurs appartenances religieuses, à avoir un espace particulier pour la chose religieuse ».
D’ailleurs devait encore ajouter le commissaire Bruneau, « quand nous nous sommes rendus compte que l’interaction avec les religieux et la spiritualité avait une incidence très positive sur les comportements des détenus, nous avons été encouragés à leur donner le plus de moyens pour observer chacun leurs cultes respectifs, pour ceux qui le souhaitent ».
Le vendredi 17 comme pour chaque Cavadee observé au sein de la prison, depuis ces quatre dernières années, l’Achagar Maistry s’est entouré des dévôts ainsi que du CP et d’autres officiers de la prison pour marquer le Thaipoosam Cavadee. « Chaque jour, précise le religieux, les détenus ont veillé à bien garder le lieu sacré très propre. Outre le nettoyage régulier, ils ont aussi accompli les rites comme porter le dieu Muruga autour du temple, au quotidien. »
La veille de la fête, les dévots ont également fabriqué leurs “cavadee”. « L’administration de la prison nous a beaucoup aidée, soutient encore l’Achagar Maistry. Nous la saluons d’ailleurs pour son soutien indéfectible. Les dévôts ont ainsi pu avec du rotin et des bambous fabriquer leurs cavadee. Pour avoir été à leur côtés et à les observer, je voyais qu’ils se sentaient très sereins et joyeux de pouvoir accomplir ces rites. Ils se sentaient presque chez eux… Il n’y avait aucune discrimination. Cela m’a mis les larmes aux yeux. Les dévôts ont ensuite participé aux rituels, dont faire trois fois le tour du temple et percer la langue et la bouche au moyen d’aiguilles en argent symbolisant le Vel de Muruga. Puis, nous avons versé le lait sur Muruga. Tout a été fait comme si ces personnes se trouvaient parmi les leurs. Sauf que leurs proches et parents ne pouvaient être présents, lors de l’accomplissement de ces rituels. »
Le Commissaire Bruneau relève que « la spiritualité dans le quotidien des détenus est une étape phare dans leur parcours. Nous serons toujours à leurs côtés dans ces moments ». Pour sa part, l’Achagar Soondarajen Maistry estime lui aussi qu’« autant que pour le Cavadee, qui est un moment fort du calendrier tamoul, mais aussi pour le Sittrai Cavadee, le nouvel an tamoul et d’autres dates importantes, nous allons concerter nos efforts pour que les détenus en bénéficient ». Les deux interlocuteurs soutiennent : « Notre souhait commun est que chaque détenu retourne dans la société active fort de ses convictions et ses principes acquis. »