Les détenus de Melrose fabriquent du pain non seulement pour la prison, mais aussi pour le personnel soignant et les patients en quarantaine

À l’Eastern High Security Prison (EHSP) de Melrose, les officiers et les détenus mettent les bouchées doubles afin que cette période de confinement se déroule dans les meilleures conditions. « Nous sommes parvenus à une situation où tant les officiers que les détenus s’entendent bien, et multiplient les efforts, chacun de leur côté, pour aider dans cette période de crise. » Les propos du SP Praveen Bhogun, Second in Charge de la prison de Melrose, trouvent écho dans ceux du Principal Welfare Officer Mahesh Ramassur : « Nous avons compris que c’est en informant nos détenus que nous pouvons éviter des situations difficiles. »

Se référant au récent « dérapage » qui a eu lieu à la prison de Beau-Bassin, il explique : « On a compris que, à la base, ce mouvement de panique venait du fait que les détenus étaient dans le flou et voulaient des informations. Nous avons compris cette demande, et nous nous alignons ainsi sur les recommandations de l’OMS, qui demande que l’information soit adéquatement disséminée pour éviter ce type de situations. » De fait, « il faut se mettre à la place du détenu », continue notre interlocuteur. « Depuis que le pays est passé en mode de confinement, à la prison, nous avons stoppé toutes les visites des parents, proches, hommes religieux, ONG, avocats… Ce qui fait que les détenus sont doublement isolés, et évidemment très préoccupés quant à avoir des nouvelles de leurs familles. Couper ces contacts physiques a une répercussion directe et impacte sur leur comportement. Il nous faut donc travailler pour désamorcer cette tension et cette pression latentes. »

De ce fait, intervient le SP Bhogun, « l’administration de la prison a pris les devants et a augmenté les facilités de communication ». Il poursuit : « Le ‘phone time’ est plus long afin que les détenus puissent régulièrement prendre des nouvelles de leurs proches. » Dans le même esprit, continue Mahesh Ramassur, « nous encourageons fortement l’usage de Skype, qui est initialement destiné aux détenus étrangers, afin qu’ils puissent communiquer avec leurs parents, dans leurs pays d’origine respectifs ». Via Skype, continue le Principal Welfare Officer, « les détenus locaux voient leurs proches et peuvent être davantage rassurés ».

Par ailleurs, la prison de haute sécurité de Melrose est construite de telle façon que « chaque bloc a sa propre cour, avec ses aires de pratiques sportives, sa télé, son espace de marche… » Les détenus peuvent donc « se dégourdir les jambes et discuter un peu, histoire de décompresser ». Pour autant, « ils sont tous obligés de porter des masques et d’observer les gestes barrières ». De même, « le quota de savons/savonnettes a également été revu à la hausse, et les ‘handwashing facilities’ ont été étendues afin que les détenus peuvent régulièrement se laver et faire leur lessive ».

L’EHSP de Melrose héberge actuellement 753 détenus dans ses différents quartiers. Sur les 3 000 personnes composant la population carcérale actuelle, quand on compte celles qui sont dans les CYC, RYC, prisons pour femmes ainsi que les principales institutions pénitentiaires du pays. « Depuis le début de l’année, indique le SP Bhogun, avec le soutien d’une cellule spéciale et comprenant des éléments de l’unité médicale de la prison, nous avons démarré une série de formations, de causeries, d’affichages de posters explicatifs. Cela afin de mieux préparer tant les détenus que les officiers au Covid-19. »

Cet officier en charge de la prison de Melrose précise : « Nous sommes tous, détenus et officiers, logés à la même enseigne. Il convient de ce fait que nous prenions toutes les précautions universelles et respections les gestes barrières afin d’éviter que le virus fasse des victimes parmi nous. » Ce haut gradé des services de la prison rappelle qu’en temps normal, « selon sa définition, la prison est d’emblée un lieu de confinement ». Mais avec l’avènement d’une épidémie telle que le Covid-19, « et les dégâts que cette maladie cause dans le monde entier, on n’a pas voulu prendre le risque d’avoir de mauvaises surprises ». D’où « la mise sur pied de différents comités, d’une part, continue-t-il, qui étudie et examine la situation au jour le jour, et ce depuis bien avant que l’on ne détecte les trois premiers cas à Maurice », le 18 mars dernier. Mais également, des mesures qui ont été prises afin d’écarter les risques de transmission du virus.

Sur ce plan, « tous les détenus qui entrent dans nos prisons, donc essentiellement à la New Wing, à Beau-Bassin, sont placés en isolement pendant 21 jours, durant lesquels ils sont sous observation » médicale. « Bien qu’ici à Melrose, on est sensiblement à l’abri de la contamination, cela n’empêche que nous observons scrupuleusement toutes les consignes d’hygiène et de protection face au virus. »

Le SP Bhogun ajoute dans le même souffle : « Tous les officiers, quand ils entrent dans une prison, sont soumis au scanner thermique. Personne n’en est exempté, des hauts gradés aux nouvelles recrues. » Cette mesure, complète Mahesh Ramassur, « a été prise pour s’assurer que l’on ne se retrouve pas avec un officier qui ramène le virus » en prison. « Mais elle vise aussi à rassurer les détenus. Ces derniers nous ont d’ailleurs fait part de leurs appréhensions que quand les officiers repartent chez eux et reviennent, ils peuvent avoir contracté le virus et le ramènent, ici… »

Dans la même optique, le Principal Welfare Officer poursuit : « Dans le cadre de cette période de confinement, le commissaire des prisons Vinod Appadoo et la direction des services pénitentiaires ont élaboré un nouvel horaire de travail pour les officiers. Ceux-ci travaillent sur un shift d’environ 10 à 11 heures, puis partent se reposer chez eux, et reviennent. Cela a été décidé ainsi afin qu’il n’y ait pas de va-et-vient incessants et fréquents, mettant ainsi tout le monde à risque, dans la prison. » Cette décision, signale le SP Bhogun, « a rapidement fait l’unanimité, et les officiers comme les détenus sont conscients de ses avantages ».

Fabrication de pains et de masques

Les détenus de nos prisons ne chôment pas ! Et pour preuve, à Melrose, « plusieurs unités ont été mises à contribution pour fabriquer des masques, en ces temps difficiles, et avec la pénurie qu’il y avait sur le marché », indiquent nos interlocuteurs. « Ainsi, nos détenus ont aidé dans cette opération, et nous avons pu fournir des masques de protection à la force policière ainsi qu’au personnel soignant. »

Dans le même esprit, continuent Praveen Bhogun et Mahesh Ramassur, « nous avons également mis à profit nos ressources pour la fabrication de pains ». Ils poursuivent : « D’une part, cela permet une autosuffisance pour la prison, et de l’autre, cela nous permet d’aider dans la mobilisation nationale en cette épreuve difficile. Nous fournissons le pain par exemple également au personnel médical, ainsi que pour les patients qui se trouvent en quarantaine. »

Ces deux officiers de nos services pénitentiaires font remarquer : « Au même titre que la police et le personnel médical, la prison et les pompiers font partie des services essentiels. Cependant, la majeure partie du temps, les gens oublient ce détail… Nous sommes, nous aussi, là, chaque jour, au front, à veiller à ce que tout se passe comme il le faut. »