La branche locale de Prison Fellowship International, une ONG regroupant une centaine de Prison Fellowships du monde, se propose d’introduire dans les centres de détention mauriciens un programme de réhabilitation basé sur un concept novateur prônant une approche de la justice restaurative. Ron Nikkel, président/CEO de PFI et le révérend Samuel N’tcho, envoyé régional pour l’Afrique, ont effectué un séjour de deux jours à Maurice à l’invitation du Diocèse anglican, fondateur de PFI Mauritius et porte-parole auprès des autorités ministérielles et pénitentiaires pour l’adoption du Sycamore Tree Programme, dont le succès a été attesté dans nombre de pays et également par des études scientifiques menées par une université aux États-Unis.
À un point de presse hier peu avant de reprendre l’avion, les deux dirigeants de Prison Fellowship International (PFI) ont fait une brève présentation de ce programme de réhabilitation, en présence de l’Évêque de Maurice, Mgr Ian Ernest. Ils étaient entourés de représentants de divers courants chrétiens à Maurice (Églises catholique, Adventiste, Presbytérienne, Assemblée de Dieu). L’ensemble des programmes de PFI destinés aux détenus, aux victimes et à leurs familles, sont basés sur la foi et le renouvellement spirituel sans pour autant être exclusifs aux seuls chrétiens ou même croyants ; ils sont ouverts aux personnes d’autres confessions qui n’ont aucune obligation de conversion. Il s’agit de réunir autour d’encadreurs bénévoles formés, un petit groupe de détenus et de victimes (autres que leurs victimes), tous des volontaires au programme. Durant huit sessions, les participants discutent des enseignements bibliques concernant la responsabilité, la confession, le pardon et la repentance, la réconciliation et la réhabilitation, entre autres. Mais surtout, ils sont amenés à raconter leurs expériences dans un échange qui fait appel à l’humilité et la compassion de l’une et l’autre parties. Cette confrontation directe permet au détenu une prise de conscience des conséquences humaines et sociales de ses actes et aux victimes et à leurs familles de se rendre compte de la détresse et du regret exprimés par un coupable. « En mettant un visage sur la souffrance jusque-là abstraite d’une victime et/ou de sa famille, le détenu partage avec elle (s) cette souffrance qui devient alors réelle et concrète », déclare en substance Ron Nikkel. Selon le directeur de FPI, cette approche humaine et « faith-based » déclenche un processus naturel de pardon et de réconciliation, amenant à la longue une forme de “guérison” psychologique et spirituelle chez les participants de deux bords.
Engagement de la communauté
Le Sycamore Tree Project se serait avéré de loin plus efficace en matière de prévention de la récidive que d’autres programmes de réhabilitation fondés sur la seule réinsertion sociale et professionnelle du détenu. Selon Ron Nikkel, « entre 70 et 75 % des détenus récidivent dans les trois ans qui suivent leur sortie de prison ». Cette réalité, il dit pouvoir en témoigner pour avoir visité les pénitenciers de pas moins d’une centaine de pays. Contrairement à la perception générale, « prisons are a failure in every society », soutient-il, car reposant sur la seule notion restrictive de justice légale et pénale. Le coupable paye pour son crime coupé du reste de la société. Or, il ne peut y avoir de réinsertion sociale par l’isolement du détenu du fonctionnement social et sans l’engagement de la communauté appelée à l’accueillir à sa sortie. « The offender cannot be disconnected from the community which needs to take responsibility. Breaking bridges is not the best way for him to get back except to reconnect with his old relationships. » Dans un monde axé de plus en plus sur l’individualisme, cet engagement de la communauté, souligne-t-il, demeure la pierre angulaire du succès du programme.
Mgr Ian Ernest a annoncé que des discussions ont été engagées avec les autorités pénitentiaires pour l’introduction à Maurice du Sycamore Tree Programme. « Nos deux visiteurs ont visité dimanche la Prison centrale de Beau-Bassin et ont rencontré le Commissaire des Prisons. Ils ont rendu des visites de courtoisie ce matin (NdlR : hier matin) au président de la République, au Premier ministre et à l’Attorney General. Nous sommes satisfaits du réel intérêt exprimé pour la mise en place d’un projet pilote dans nos prisons », indique l’Évêque de Maurice. Dans un premier temps, une assistance technique sera offerte pour la formation, dans des pays membres du FPI, d’encadreurs bénévoles mauriciens.