Steve F., 40 ans, est actuellement incarcéré à la prison de Petit Verger. Il y purge une peine de 15 ans avec rémission pour l’assassinat de sa première femme. Le meurtre avait été perpétré en 2002. Cette semaine, Steve et plusieurs autres détenus des prisons locales se sont vus remettre des trophées, prix et certificats de participation par la Natresa (National Agency for the Treatment and Rehabilitation of Substance Abusers). En effet, 35 détenus (hommes et femmes) avaient participé à un concours de dessin autour du thème “A Drug Free Society”, organisé par cette agence de l’État à l’intention des détenus des prisons en marge du 26 juin dernier, qui marque la Journée Internationale de la Lutte contre le trafic et les abus de drogues. Rencontre…
Steve F. est issu d’une fratrie de 10 enfants. Originaire du sud du pays, sa mère est femme au foyer tandis que son père était employé dans l’industrie sucrière. Steve grandit comme nombre d’enfants issus de foyers modestes et nombreux. Il a complété ses études du cycle primaire et poursuivait ses études en Form 1 quand un premier drame bouleversa sa vie : « Nou ti pe viv dan enn extrem povrete, explique-t-il. Avec ce que gagnait mon père, c’était à peine suffisant pour nourrir tout le monde… » De plus, il devait « marse au moin 2-3 kilomet pou ariv lekol… »
Finalement, il laisse tomber l’école et prend de l’emploi comme aide-mécanicien dans la région où il vivait. Alors qu’il est âgé de 14 ans, un autre drame vient chambouler sa vie : son père meurt noyé. « Avek seki mo ti pe gagne kom mecanicien, li pa ti ase. Akoz lerla, kan papa finn mor, mo finn sanz travay pou kapav grandi bann ti frer ek ti ser… »
Il enchaîne alors les petits boulots : maçon pendant cinq ans et coupeur de cannes pendant deux ans. « J’ai même été pêcheur… Il fallait tout faire, car c’était difficile de joindre les deux bouts avec autant d’enfants ! »
1999 : Steve, épris d’une jeune femme, emménage avec celle-ci. Ils n’ont pas d’enfants mais, convient-il, « nous nous disputions assez fréquemment… » Un jour, c’est le cauchemar : « Dan la colere, mo finn tap mo madam ek monn donn li enn kout couto… » Huit jours après son hospitalisation, la femme décède.
Entretemps, Steve était en cavale. « Monn sove ek monn ale kasiett, partou partou. » Sa cavale dure 99 jours. Puis, finalement, la police lui met la main au collet. « Zot ti mett enn prime lor mo latet, tou ! » se remémore-t-il.
Après quatre ans et six mois en “remand”, Steve est condamné à 15 ans d’emprisonnement, avec rémission.
Quand il découvre l’univers carcéral, Steve va à la rencontre d’un tout nouveau monde. Ce qui le frappe, après un certain temps, c’est le nombre de détenus ayant des délits liés à la drogue ainsi que les détenus séropositifs. « Monn ale dan diferan latelye ki prison ofer ban deteni », explique-t-il. Et au Centre Lotus, il rencontre les toxicomanes et séropositifs. « Ce sont des personnes bien. Je n’ai jamais eu de problèmes avec elles. »
Tout au long de son parcours, Steve garde, caché au fond de lui, sa passion pour le dessin : « Toule tan, mo finn kontan dessiner… » Tout l’inspire : ce qu’il voit autour de lui, ce qu’il ressent… Bref, avoue-t-il, « je crois que j’ai ce don en moi. Quand je dessine, je sens émerger en moi des énergies positives. »
S’il n’a jamais donné libre cours à sa passion, il y a quelques semaines, quand est lancé le concours de dessins par la Natresa à l’intention des détenus, Steve est fortement encouragé « autant par les officiers que mes amis de détention. » Il convient de savoir que Steve s’est, entretemps, à l’intérieur des prisons, attiré l’amitié de plusieurs détenus : « Kan zot finn truv mo bann dessin, zot inn appros moi ek deman moi dessine zot madam, zot zanfan, zot copine… Enfin, zot ti truv sa enn moyen pou ena zot bann proches avek zot… »
Quand il décide de participer au concours de dessin ayant pour thème “A drug free society”, Steve F. reçoit non seulement les encouragements des autres détenus et des officiers, mais aussi l’aide de ces derniers : « J’ai eu du papier à dessin, de la peinture afin de travailler. » (Voir plus loin)
En 2008, Steve a fait la connaissance de Laura, mère de deux enfants. « Elle me soutient énormément. On s’est rapprochés alors que je passais par des moments très, très difficiles. » En effet, quand il a été condamné et emprisonné, Steve s’est retrouvé « très seul. Toute ma famille m’a rejeté. Personne n’a gardé contact avec moi. Isolé et seul, je me suis tourné vers dieu. La spiritualité est ma seule force. Pena narien pli for ki bondie ! »
Et parallèlement, note-il, « mem si mo fami nepli oule moi, isi, dan prison, monn dekuver enn lot fami avec bann lezot prisonye ek ban ofisye. Se zot mo fami, aster. »
D’ici deux à trois ans, Steve F. sortira de prison et pourra recommencer une vie nouvelle : « Mo oule travay ek fer viv mo fam, Laura, ek nou de zanfan, kan mo sorti ! » L’homme ferme les yeux quelques secondes, comme s’il se voyait déjà libre et occupé à prendre soin des siens. Un petit sourire aux lèvres et Steve confie que « c’est l’un de mes projets. Parce qu’il y en a beaucoup qui fourmillent dans ma tête ! »
À sa sortie, Steve souhaite que lui et Laura, « qui est actuellement serveuse dans un restaurant », lancent ensemble « enn ti bizness. Monn pense enn snack kot Laura pou kapav travay, pou nou mem. En mem tan, mo pou osi kumans enn ti bizness serigrafi. Se kumsa ki mo pense pou gard mo passion pou dessin vivan… »
Pour l’heure, Steve F. continue à purger sa peine, tout en optimisant son temps via les ateliers ouverts aux détenus au sein des prisons.