Chitra Bhandu est l’unique élément féminin de la cuvée 2016 des officiers de la prison qui ont été promus à la fonction de Welfare Officers il y a quelques jours. Les quatre autres sont Josian Babet, Ramjotton Ramsing, Ali Ackbar Nazarally et Jitano Julie. Ils viennent renforcer une équipe de 15 autres officiers qui composent l’unité de Welfare de l’univers carcéral. Sudesh Ramassur, Principal Welfare Officer, déclare qu’« enfin, notre unité peut fonctionner à plein régime ! Maintenant nous avons suffisamment d’éléments pour pouvoir mener à bien une foule de projets qui s’inscrivent tous dans le souci principal de faciliter la réhabilitation et la réinsertion des détenus. »
« Le taux de rechute est élevé, retient, d’emblée, Sudesh Ramassur. C’est l’une des principales faiblesses de l’univers carcéral. » Les cinq nouveaux Welfare Officers approuvent : « Le souci premier, c’est quand le détenu retrouve sa liberté. Il retourne dans ce même environnement qui a été néfaste pour lui… Alors, quasiment automatiquement, il rechute ; il commet les mêmes erreurs et c’est retour à la case départ ! » La « mission » du Welfare Officer, souligne Sudesh Ramassur, « c’est d’être ce lien, cette passerelle pour le détenu, entre lui, sa famille, ses proches, les officiers de la prison et cet univers étranger dans lequel il vient d’être parachuté. »
Le Principal Welfare Officer, qui compte 27 ans de service au sein des prisons, dont 16 comme Welfare Officer, va droit au but : « Quand un être humain arrive en prison, il n’y vient pas de gaieté de coeur… D’accord, il a commis des erreurs et doit payer sa dette à la société. Mais ce n’est pas pour autant qu’il doit rester oisif durant le temps qu’il va se retrouver derrière les barreaux ! D’où l’importance des Welfare Officers. » C’est cette unité, continue notre interlocuteur, « qui a pour objectif de planifier et organiser le temps du détenu, selon la sentence qui a été prononcée, d’une part. Et de l’autre, dépendant des aptitudes, disponibilités et « skills » des détenus concernés. C’est ce qui s’appelle le « sentence planning » et qui a été introduit depuis peu dans les prisons mauriciennes. » Un projet auquel les Welfare Officers tiennent beaucoup « car cela va nous aider à apporter notre contribution au travail d’ensemble ! »
L’exercice de promotion d’un officier de la prison au statut de Welfare Officer n’est pas automatique. Il faut « que le gouvernement vote les fonds nécessaires à cet effet. Même si les postes vacants existent, il faut le financement », expliquent nos interlocuteurs. De fait, en 2014, un seul officier s’est retrouvé Welfare Officer. Sudesh Ramassur relève que « maintenant que notre équipe est au complet, avec deux femmes et 16 hommes, nous allons pouvoir mener à bien les divers projets destinés à soutenir, accompagner et encadrer les détenus. » Pour les cinq qui ont été fraîchement promus, « ce sont autant de nouveaux défis qui nous attendent, certes, mais nous avons chacun cette disposition à faire du social. Donc, c’est surtout une continuité de nos efforts… »
Tous les officiers de la prison n’ont pas la fibre sociale, rappellent nos interlocuteurs. Chitra Bhandu, Josian Babet, Ramjotton Ramsing, Ali Ackbar Nazarally et Jitano Julie semblent être de ceux qui sont tombés dans le chaudron depuis l’enfance… Ramjotton Ramsing explique qu’avant de rejoindre le milieu carcéral, il a été conseiller de village à Sébastopol, dont il est originaire. Ali Ackbar Nazarally est issu d’une famille modeste de Plaine-Verte, à Port-Louis : « Des jeunes qui poussent de travers et les problèmes qui en résultent : j’ai grandi avec ça devant les yeux ! » Idem pour les autres, qui, de par leurs jeunes années passées dans les localités différentes de l’île, ont tôt ressenti le besoin « de venir en aide aux autres. »
Leur décision de porter l’uniforme de la prison n’a pas toujours été un choix : « Ti bizin travay… Pa ti ena lot alternative ! » résument Ali Ackbar Nazarally, Jitano Julie et Josian Babet. Chitra Bhandu, elle, voulait « servir mon pays. J’avais pensé à la police, puis finalement, c’est la prison qui m’a ouvert ses portes ! » Aucun des cinq nouveaux promus ne regrette son choix. « Les gens ont beaucoup de préjugés et des a priori sur ceux qui travaillent à la prison », reconnaissent-ils. Cependant, pour eux, ce qui prime, « c’est qu’à sa sortie, le détenu a appris à se débrouiller seul ; à être indépendant, à reprendre une vie normale et active au sein de la société. »
Nos interlocuteurs sont conscients que « c’est plus facile de le dire que de le faire ! L’autre obstacle majeur, outre le fait qu’ils retournent dans le même environnement qui leur a été néfaste, c’est le certificat de moralité. Les détenus, hommes comme femmes, ont beau apprendre un métier et se sentir forts tant qu’ils sont dans la prison, une fois qu’ils se mettent en quête d’un boulot, on leur demande ce bout de papier dont ils ne disposent pas puisqu’ils ont enfreint la loi… C’est un sérieux problème. » Une partie de la solution, expliquent Josian Babet et Ali Nazarally, « c’est justement de leur enseigner des « new skills » ; des petits métiers qu’ils pourront pratiquer pendant deux ou trois ans, où ils n’ont pas besoin de produire de certificat de moralité. Entre-temps, les années auront passé, et s’ils se sont bien comportés, ils pourront à nouveau réclamer leur certificat de moralité et alors postuler pour un autre emploi dans une firme, par exemple. »
Le « self empowerment » des détenus, poursuivent nos interlocuteurs, va de pair avec les projets destinés à soutenir ces derniers dans leurs efforts de réhabilitation et de réinsertion. « Un élément qui fait cruellement défaut, soulignent les Welfare Officers, c’est la confiance. Le détenu est braqué face à l’uniforme… Que ce soit pour le policier ou l’officier de la prison. Quand il nous voit, on est en civil, et quand on s’adresse à lui, qu’on lui explique pourquoi cela l’aiderait de suivre une formation, apprendre un travail, entre autres, là on commence à gagner sa confiance… » Le travail est « de longue haleine, et requiert toute notre attention », soulignent nos interlocuteurs. Sudesh Ramassur rappelle aussi que « le Welfare Officer est le « social worker » de la prison. C’est à nous de familiariser un détenu avec son nouvel environnement qui, au départ, lui est antipathique. Et c’est aussi nous qui devons faire la liaison avec sa famille pour lui expliquer quand venir lui rendre visite, ce qu’elle peut lui apporter, entre autres. Et quand il faut rédiger des lettres et autres communications, c’est encore nous… » Et cela, « over and above les autres « duties » que nous avons ! »
Chitra Bhandu fait remarquer que « contrairement aux officiers qui sont affectés à l’administration, par exemple, nous sommes en « front line »… Ce n’est pas avec des dossiers que nous travaillons, mais avec des êtres humains ! On doit être forts et préparés pour nous occuper d’eux et de leurs nombreux soucis. » Même si, disent-ils, « nous ne sommes pas directement concernés par l’aspect sécurité de la prison, nous avons une contribution à faire que le détenu change sa manière de penser. Et en cela, nous aidons à maintenir l’équilibre… » L’équipe des 18 Welfare Officers souhaite surtout s’inscrire « dans un projet de continuité… Nous avons chacun, tant avec nos expériences que nos études réalisées à l’Université de Maurice, à partager et apprendre. C’est ce qui va nous aider à faire de nos prisons « a better place » pour tout le monde, détenus et officiers ! »