• « Nos enfants nous ont appris qu’ils ont été battus et verbalement malmenés, en sus du fait qu’ils n’ont plus droit aux cigarettes ni aux produits de la cantine »
  • Des officiers : « C’est au moment où l’on s’y attend le moins que les “détenus-vagabonds” frapperont ! »

Aux voix des officiers des Mauritius Prisons Services (MPS) et des ex-détenus est venue s’ajouter celle des parents de prisonniers. Plusieurs d’entre eux se sont tournés vers la Human Rights’ Commission (HRC), depuis hier. « C’est un premier pas. Nous réclamons une enquête sur le traitement infligé à nos enfants qui sont détenus dans les diverses prisons de l’État, » disent-ils. Certaines mères de détenus rencontrées par Le Mauricien allèguent que : « nos enfants nous ont appris qu’ils sont battus et malmenés verbalement. Comment pouvons-nous rester les bras croisés ? »

Ces parents et proches de détenus n’en démordent pas : « C’est l’escalade ! Cela fait un bout de temps depuis que nos enfants se plaignent de mauvais traitements. Mais depuis quelques jours, la situation a empiré. Quoi qu’il arrive, nous irons jusqu’au bout. S’il faut descendre dans la rue, manifester, nous le ferons. S’il faut manifester devant les prisons, nous le ferons. Nou pa pou res trankil alor ki nou bann zanfan pe gayn maltrete andan. »

L’interdiction de la cigarette et la décision de l’administration des prisons de ne plus permettre aux parents de verser de l’argent sur les comptes des détenus sont remises en question. « D’accord, certains souhaitent arrêter de fumer. D’accord aussi quand le commissaire des prisons, Vinod Appadoo, dit qu’il faut stopper le trafic qui se déroule concernant les cigarettes et l’argent. Mais est-ce une raison pour pénaliser tout le monde ? »

Mélanie rajoute : « Kan zot pe kapav telefone, pe tann zot lavwa, gayn zot nouvel. Me kan ou zanfan rakont ou an larm gran gran zom kouma zot finn gayn bate, zoure… li pa fasil pou aksepte sa ! »

Elle fait allusion à un « exercice » qui se serait déroulé et lors duquel « des officiers cagoulés ont forcé les détenus à se mettre à plat ventre, allongés les uns à côté des autres ». Elle poursuit : « Ces officiers ont alors roué de coups de pied certains détenus en leur disant “Koze, to fer m… twa ! Kisanla ki m… aster-la ?”. Nos enfants ont dû répondre un par un. Peut-on imaginer une telle torture ? »

Deepak, le frère d’un détenu, renchérit : « Ce sont des êtres humains, même s’ils ont fauté. Ils paient pour ces erreurs. Ce n’est pas une raison pour les traiter comme ça. »

De leur côté, des gardiens de prisons, « mécontents de cette politique brutale et extrémiste imposée par le commissaire des prisons Appadoo », relèvent : « Bann detenu-vagabon, ena sa. Pa zordi, pa dimin, zot pou pass a laksion… C’est au moment le moins attendu qu’ils frapperont. Et nous n’avons aucune idée de ce qu’ils peuvent faire. Tant qu’ils voient qu’il y a une vigilance, ils resteront tranquilles et vont se tapir. Mais dès qu’ils auront noté une faille et qu’on aura baissé la garde, ils n’hésiteront pas ! »

Ces officiers indiquent aussi que « l’administration de la prison a fait circuler une communication officielle selon laquelle tous les congés, “sick leaves” et autres sont interdits » pour les prochaines semaines. « Cela parce qu’ils savent que la situation peut barder à tout moment. »

Leur crainte principale : « Encore une fois, ce sont nous, les officiers, qui seront envoyés en première ligne. Touletan ti gard ki gayn kraze… Sa em pou rearive enkor la ! » Nos interlocuteurs ajoutent : « Quand viendra le moment de casquer, les autorités enverront les petits officiers au casse-pipe ! Ce n’est pas juste. Ce n’est pas nous qui avons demandé ces mesures radicales et extrémistes. »